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Riche et prospère: où est passé notre Québec d’autrefois?

Quel Québec avez-vous fêté ce week-end? Celui plus libre, dynamique, des années 1950? Ou celui interventionniste, bureaucratisé et endetté d'aujourd'hui?

On n'en parle pas souvent, mais le Québec existait bel et bien avant la Révolution bureaucratique des années 1960 (plus généralement appelée Révolution tranquille). Avant que l'État ne commence à intervenir dans à peu près toutes les sphères économiques et sociales. Plusieurs historiens décrivent de manière très négative la période qui l'a précédée – qualifiée de « Grande Noirceur » – et l'image qu'on retient est celle d'une société presque moyenâgeuse, sous le joug de l'Église, en retard économiquement et socialement. La Révolution tranquille et l'interventionnisme du gouvernement auraient ainsi permis au Québec d'effectuer un rattrapage économique et social.

Cette description ne colle toutefois pas à la réalité de l'époque. Loin de connaître le déclin relatif et le retard croissant suggérés par plusieurs livres d'histoire, le Québec a plutôt vécu une période de « Grand Rattrapage » économique et social de 1945 à 1960, comme le montrait Vincent Geloso, doctorant en histoire économique à la London School of Economics, dans une publication qu'il a signée en 2013 avec l'IEDM. Cette note économique était elle-même un extrait adapté de son livre Grand rattrapage et déclin tranquille : Une histoire économique et sociale du Québec depuis 1900, paru en février 2013.

Quelques faits saillants:

• Pour chaque tranche de 100 Ontariens qui possèdent un diplôme universitaire, seulement 71 Québécois en détiennent un en 1951. Dix ans de « Grande Noirceur » plus tard, cette proportion passe à 85.

• Durant la Révolution tranquille, le Québec recommence à perdre du terrain et ce chiffre baisse à 78 en 1981. Les plus récentes données disponibles indiquent que ce ratio est maintenant de 80.

• L'écart entre le revenu personnel disponible par habitant du Québec et celui du reste du Canada a été réduit de 8,8 points de pourcentage de 1945 à 1960, mais seulement de 3,7 points additionnels de 1960 à 1975.

En bref, concluait M. Geloso dans sa Note, « la situation relative du Québec au sein du Canada s'est améliorée à un rythme soutenu durant les deux périodes, mais la plupart des gains en termes de résultats éducationnels et de niveau de vie ont été réalisés avant 1960, et non après. C'est le contraire de ce que des générations d'étudiants ont appris dans les cours d'histoire, et de ce que les termes ''Grande Noirceur'' et ''Révolution tranquille'' sont censés signifier ».

C'est difficile à imaginer, mais le Québec était auparavant une société où l'État intervenait le moins en Amérique du Nord. Où en serions-nous aujourd'hui si l'histoire avait suivi un cours différent, et sans la Révolution tranquille? Difficile d'y répondre, mais si on se fie aux statistiques officielles, le Québec s'en porterait peut-être mieux.

Jean-Luc Migué, professeur émérite à l'ENAP a publié il y a 20 ans Étatisme et déclin du Québec: Bilan de la Révolution tranquille. Il y montre, chiffres à l'appui, que la Révolution tranquille ne fut pas la période d'effervescence qui a permis au Québec d'accéder à la modernité et de rattraper ses retards. Elle s'est plutôt soldée par une dégénérescence économique, politique et sociale suite à une croissance incontrôlée de l'État.

« C'est à partir de ce moment que l'écart entre le niveau de vie des Québécois et des Ontariens a commencé à s'accroître, que le déclin de Montréal s'est accéléré au profit de Toronto, que les conflits linguistiques et politiques ont empiré, que des secteurs comme la santé et l'éducation ont subi les assauts d'une bureaucratie toujours plus envahissante. Le Québec reste bien sûr une société dynamique avec un niveau de vie enviable, mais c'est notre intégration à l'économie capitaliste nord-américaine qui nous apporte ces bienfaits. Tous les secteurs contrôlés par l'État sont, eux, perpétuellement en crise. » (Source)

Bien sûr, tout n'est pas noir ou blanc. La Révolution tranquille a permis certaines avancées au plan social ou économique pour certains groupes. Mais elle marque tout de même le début d'un élargissement progressif de l'écart entre la croissance de l'Ontario, du Canada et des États-Unis, d'une part, et celle du Québec, de l'autre.

Elle marque aussi le début d'un endettement public colossal. De quasi inexistante au tournant des années 1970, la dette du Québec a explosé depuis et s'élève maintenant à plus de 278 milliards $ (il s'agit de la dette du secteur public, la mesure la plus exhaustive de la dette du Québec).

Oui, il y avait un Québec libre, qui s'enrichissait, qui s'épanouissait et qui s'en sortait pas mal bien avant la Révolution tranquille. Ne l'oublions pas, et levons-lui notre verre en cette fête de la Saint-Jean-Baptiste!

Jasmin Guénette is Vice President of the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.

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