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La Suisse est un exemple

Imaginez un moment un petit pays dont la population est équivalente à celle du Québec, divisé en 26 minuscules régions, chacune s’occupant de l’organisation des soins de santé pour ses habitants.

Un pays où il y a ni budget préétabli pour les institutions de santé ni rationnement par ligne d’attente. Un pays où l’intervention publique se borne à garantir les soins de santé uniquement lorsque les initiatives privées ne parviennent pas à produire des résultats satisfaisants.

Un non-sens, dites-vous? Détrompez-vous! Cette situation est propre à la Suisse. Son évolution est à l’opposé de celle du Canada, où la tendance a plutôt été celle d’une réglementation et d’un financement public de plus en plus centralisés.

L’expérience de la Suisse prouve qu’il est possible d’avoir un système de santé efficace, basé sur des mécanismes de marché donnant la liberté de choix aux individus, tout en préservant un accès aux soins universel et équitable. Depuis 1994, les Suisses peuvent choisir librement leur fournisseur d’assurance maladie – en plus de leurs établissements de soins de santé et de leurs médecins. Cela permet une plus grande liberté de choix des individus et un haut degré de concurrence entre les 93 différents assureurs, sur le plan des prix et de la qualité des services.

La décentralisation des pouvoirs politiques en matière de soins de santé est une autre caractéristique du système suisse qui explique en partie son succès. Il n’existe pas de ministère fédéral de la Santé. Chaque canton a son système autonome et garantit à tous ses habitants disposent une couverture médicale de base.

En 2001,19% des citoyens parmi les plus pauvres du pays ont reçu une assistance complète du gouvernement. Ce sont donc les patients les moins fortunés qui sont subventionnés plutôt qu’un système hospitalier offrant des soins médiocres comme ici. Les cantons ne prennent en charge que le tiers des coûts des hôpitaux.

Évidemment, certains diront que le système suisse est plus coûteux. En effet, les Suisses dépensent plus que nous pour les services de santé. En 2002, les dépenses totales de santé représentaient 11,2% du PIB de la Suisse, comparativement à 9,6% au Canada. Ces chiffres sont cependant trompeurs puisqu’ils traduisent vraisemblablement les préférences des consommateurs pour des services de santé de qualité. Il est tout à fait normal que les habitants d’un pays riche comme la Suisse soient disposés à payer davantage pour des services de santé s’ils figurent au haut de la liste de leurs priorités.

Et force est de constater que les Suisses en reçoivent plus pour leur argent. Par exemple, comparativement au Canada, la Suisse possède quatre fois et demi de lits d’hôpitaux de plus par millier d’habitants et beaucoup plus de médecins et de personnel infirmier.

Le système de santé suisse n’est évidemment pas sans faille. Par exemple, les consommateurs disposent de peu d’indicateurs pour comparer la qualité des services dans les différents hôpitaux et cliniques. Néanmoins, il laisse très peu de patients insatisfaits. C’est en bonne partie parce leurs préférences déterminent les montants d’argent qui sont injectés dans le réseau, et non les choix des décideurs politiques.

Ce texte a été rédigé grâce à la collaboration de l’Institut Constant de Lausanne.

 


Michel Kelly Gagnon is President of the Montreal Economic Institute.

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