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Financement Institut économique de Montréal – Constant et cohérent

Le dossier d’Isabelle Hachey publié hier dans La Presse+ soulève plusieurs questions pertinentes sur le financement et l’indépendance des think tanks, et en particulier de l’institut que je dirige. J’aimerais réitérer, au profit des lecteurs de La Presse, certains points cruciaux permettant de mieux comprendre le fonctionnement de notre organisation.

Tout d’abord, la grande majorité du financement de l’Institut économique de Montréal (IEDM) provient de fondations charitables à but non lucratif, et non d’entreprises. Qui plus est, parmi les entreprises qui nous appuient, la majorité financent l’ensemble de notre programme de recherche.

Les recherches de l’IEDM sont réalisées sans aucune ingérence de la part des donateurs et s’appuient sur des pratiques qui garantissent que cette indépendance sera maintenue. Lorsque des ententes sont signées concernant des projets sur un sujet particulier, une clause centrale stipule que l’IEDM maintient « une muraille de Chine entre ses chercheurs et ses donateurs ». Le texte d’une étude n’est jamais soumis au donateur ou membre pour lui permettre de le commenter ou encore de demander des amendements. Le donateur ou membre n’a non plus aucun droit de regard sur la décision de publier ou non.

Cette constance, de même que la qualité de nos publications, a permis à l’IEDM de se tailler une place enviable dans les débats publics, au Québec, mais aussi à travers le Canada. Elle a cependant aussi un prix. En effet, au fil des ans, notre indépendance intellectuelle nous a à plusieurs reprises fait perdre, ou empêché d’obtenir, le soutien financier d’entreprises qui n’appréciaient pas nos travaux sur des questions les concernant.

Chaque fois que le dilemme s’est posé entre financement et liberté intellectuelle, nous avons choisi sans la moindre hésitation la seconde.

Nous n’avons jamais dérogé à notre mission pour faire plaisir à certains donateurs qui auraient voulu que l’IEDM défende une position plus conforme à leurs intérêts.

À l’inverse, l’IEDM est très heureux de recevoir du financement de la part d’entreprises dont certaines positions sur des politiques publiques coïncident par ailleurs avec le fruit de ses réflexions indépendantes. Si nous ne divulguons pas le nom de nos donateurs, ce n’est pas pour cacher nos liens avec ces entreprises, mais afin de respecter le désir de confidentialité de la majorité de nos donateurs et en raison de la concurrence qui existe avec d’autres think tanks canadiens qui font des campagnes de financement à Montréal.

Qui plus est, l’IEDM fait aussi des campagnes de financement au Canada anglais. Les pratiques de l’IEDM sont conformes à celles de plusieurs autres think tanks canadiens, qui ne dévoilent pas eux non plus les noms de leurs donateurs.

Mme Hachey a par ailleurs recensé au moins une erreur qui s’est glissée dans nos publications. Il serait irréaliste de penser que ça n’arrive jamais, puisque l’erreur est humaine et que nos chercheurs sont des généralistes qui se doivent de toucher à des dossiers très divers. Elle cite également d’autres chercheurs qui sont en désaccord avec certaines de nos hypothèses de calcul. Cela est tout à fait normal et peu surprenant, puisqu’il s’agit de sujets controversés sur lesquels on retrouve des opinions divergentes. La mission de l’IEDM est justement d’offrir une perspective moins présente dans les débats publics et de permettre à chacun de se faire une opinion.

Chacune de nos publications est en fait soumise à un processus rigoureux de révision impliquant plusieurs personnes, dont des experts externes lorsqu’une expertise supplémentaire est requise et disponible en temps utile.

Sur l’ensemble de nos publications, soit environ 275 à ce jour, celles qui ont fait l’objet de contestations sur des faits, des chiffres ou des hypothèses de calcul se comptent sur les doigts d’une main. Cela est d’autant plus remarquable compte tenu de notre mission de vulgarisation et de la nécessité pour nous d’intervenir rapidement en fonction de l’actualité courante.

Pour conclure, nous n’avons jamais cédé aux pressions ou fait de recommandations de politique publique qui n’allaient pas dans le sens de ce que nous croyons être dans le meilleur intérêt de l’ensemble des citoyens. Quiconque a suivi nos travaux depuis une quinzaine d’années a pu constater que nous avons toujours été constants et intellectuellement cohérents. Qu’on se le dise : notre indépendance et nos principes ne sont tout simplement pas à vendre.

Michel Kelly-Gagnon is President and CEO of the Montreal Economic Institute. 

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