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Vendre du vin n’est pas une mission de l’État

S’il fallait demain matin réinventer les missions de l’État québécois à partir de zéro, personne n’évoquerait spontanément qu’il devrait s’occuper de vendre du vin. Assurer la justice et la sécurité, d’accord. Jouer un rôle dans l’égalité des chances en santé et en éducation, bien sûr. Offrir des programmes sociaux de soutien aux plus démunis, certainement. Mais vendre du vin? Non.

Tout l’intérêt de l’idée lancée par les jeunes libéraux la fin de semaine dernière vient du contexte actuel. En ce moment même, des experts s’activent à réviser les « programmes » du gouvernement, c’est-à-dire à les évaluer et à voir leur importance respective. La Société des alcools du Québec prend alors un peu une valeur de symbole. Si le gouvernement conserve la SAQ, n’importe quel programme jugé superflu ou trop coûteux pourra toujours avoir l’air plus pertinent que la vente d’alcool par le gouvernement.

Réglementer et taxer : OK

Le gouvernement ne fait pas que vendre du vin, il encadre le commerce de l’alcool dans son ensemble. Les épiceries, les restaurants et les dépanneurs aussi offrent des boissons alcoolisées, après tout. Le Régie des alcools détermine qui peut vendre quoi comme alcool à quelles conditions à travers 3 lois et 13 règlements.

Bref, ce n’est pas parce que la SAQ change de propriétaires ou change de nom que ce sera le chaos pour autant. Ni même que le gouvernement obtiendra moins de revenu. Outre les bénéfices de la SAQ, le gouvernement impose différentes taxes sur la vente d’alcool (taxe de vente, taxe d’accise, consigne). En Alberta, où il n’y a pas de monopole, les recettes du gouvernement sur la vente d’alcool sont comparables au dividende versé par la SAQ.

De toute façon, le niveau de recettes gouvernementales provenant de la vente d’alcool constitue une question totalement différente de celle concernant la mission de l’État de vendre du vin par l’entremise d’un monopole public.

Des structures et des conventions collectives

Ce sont des raisons historiques particulières qui ont motivé la création de la SAQ, en offrant notamment une alternative à la prohibition.

Une société d’État comme la SAQ, qui œuvre dans le commerce de détail sans concurrence directe, ne constitue ni plus ni moins qu’une relique désuète d’un passé révolu.

Mettre sur pied une société d’État lourde, répondant à des contraintes politiques (comme lorsqu’on tente de fermer une succursale moins rentable) et qui gère des conventions collectives complexes n’est pour le moins pas optimale.

Comme le disait le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux : « Il y a des choses qu’on a peut-être créé il y a 20 ou 30 ans et qui n’ont plus leur raison d’être. Si on se pose la question aujourd’hui par rapport à un organisme : ‘’est-ce qu’on le créerait en 2014 dans le contexte d’aujourd’hui?’’ et si la réponse à cette question c’est non, bien, ça nous indique qu’on doit l’abolir ».

Les partisans du « tout à l’État » continueront de défendre ce modèle, mais personne ne croit de bonne foi qu’un gouvernement nationaliserait aujourd’hui le marché du vin et des spiritueux.

Youri Chassin is Economist and Research Director at the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.

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