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4 November 2016November 4, 2016

Douglass North, l'un des économistes les plus originaux

www.quebec.huffingtonpost.ca/jasmin-guenette, p. web

Douglass North, l'un des économistes les plus originaux

Parmi les économistes qui ont été nobélisés, Douglass North est probablement l'un des plus originaux de tous. Né le 5 novembre 1920 et mort il y a moins d'un an (il aurait 96 ans aujourd'hui), Douglass North peut être considéré comme l'économiste qui a voulu répondre à la question la plus fondamentale de l'histoire humaine: comment certains pays deviennent-ils riches alors que les conditions de vie matérielles ne s'améliorent pas dans d'autres?

Jusqu'à la révolution industrielle, le bien-être matériel de l'humanité a bien peu changé. L'espérance de vie, le revenu par personne et la qualité de vie n'ont presque pas augmenté pendant des siècles. Les périodes de progrès étaient longues et modestes. Elles étaient généralement suivies d'effondrements catastrophiques et de reprises lentes et pénibles. Malgré les différences entre certaines régions du monde (l'Inde et la Chine ont été longtemps plus riches que l'Europe), la pauvreté était plus ou moins la norme partout.

Puis, au 17e siècle, les Pays-Bas ont commencé à se démarquer en tant que première société où l'on peut reconnaître une prospérité beaucoup plus largement répandue au sein de la population. La Grande-Bretagne a ensuite connu sa révolution industrielle à partir de la fin du 18e siècle. Et dans le siècle qui a suivi, la France, l'Italie, l'Allemagne, les pays scandinaves, le Canada, l'Australie, le Japon, les États-Unis et quelques autres pays ont connu une croissance qui a permis d'extirper des centaines de millions de personnes de la pauvreté abjecte dans laquelle ils se trouvaient. Mais pourquoi seulement ces pays? Pourquoi a-t-il fallu attendre jusqu'à tout récemment pour que d'autres sociétés, en Asie et en Afrique par exemple, se joignent à ces pionniers de la croissance économique?

Au cours de sa carrière, dont la grande partie s'est déroulée à l'Université de Washington, Douglass North a encouragé ses étudiants à mesurer cette « grande divergence ». Plusieurs d'entre eux se sont convertis au métier d'historien et ont développé des séries statistiques afin de mesurer les économies du passé. À partir de ces données, il est possible de comprendre plusieurs des raisons de la grande divergence.

C'est ici que se trouve la plus grande contribution de Douglass North. Sa réponse se résume en fait en un mot: les institutions.

Selon North, il y a des contraintes auxquelles nous faisons face tous les jours qui nous empêchent de maximiser notre bien-être. Afin de minimiser les problèmes causés par ces contraintes, nous concevons des institutions.

Considérons le cas du commerce international. Avant l'ère des télécommunications, il était difficile de communiquer rapidement des informations cruciales à propos d'échanges profitables. Par exemple, un marchand londonien n'avait aucune façon simple de confirmer l'honnêteté d'un marchand turc (et vice versa). En développant des institutions qui permettent de résoudre ces problèmes, les marchands peuvent plus facilement effectuer des échanges mutuellement bénéfiques.

Il y a plusieurs exemples de ce genre d'institution: des codes de conduite à l'intérieur de réseaux de marchands qui partageaient une religion commune, des rites d'initiation afin de mieux identifier ceux qui n'étaient pas prêts à se commettre pleinement ou même des codes de lois privés. Ces institutions peuvent aussi prendre la forme de lois et réglementations mises en place par les gouvernements. Mais très simplement, le but d'une institution est de créer des « règles du jeu » qui punissent les tricheurs, permettant ainsi à des échanges de se produire.

North a développé cette pensée dans une dizaine de livres et en est venu à affirmer que les sociétés qui s'enrichissent sont celles qui développent des institutions qui permettent aux marchés de fonctionner. Si les institutions assurent la sécurité de la propriété privée, protègent les individus contre la violence arbitraire et permettent aux prix de véhiculer l'information nécessaire quant aux meilleures utilisations des ressources disponibles, elles assureront un développement économique considérable. Si elles ne réussissent à créer cet environnement stable, le développement ne se produira pas.

North a aussi expliqué en détail comment certaines sociétés peuvent persister dans le maintien d'institutions inefficaces. C'est le cas lorsqu'une institution produit des gains importants concentrés au sein d'une petite minorité qui a intérêt à militer pour son maintien, alors que les coûts sont largement répartis de telle sorte que presque personne n'a intérêt à s'opposer à cette institution.

À son décès, North essayait encore de raffiner quelques éléments de sa pensée. L'essence de son propos est déjà largement acceptée au sein de la profession. On peut mesurer cette influence en observant la grande popularité du livre Why Nations Fail, qui explique pour un grand public le rôle des institutions. Son auteur, Daron Acemoglu, se situe dans la tradition de North par son approche théorique. Clairement, Douglass North a laissé une marque indélébile sur la profession économique.

Jasmin Guénette is Vice President of the Montreal Economic Institute. The views reflected in this op-ed are his own.


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