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14 août 2014août 14, 2014

La forêt est-elle menacée au Québec?

Note économique expliquant l'impact de l'exploitation forestière sur l'avenir de la forêt et la survie du caribou forestier

La forêt est-elle menacée au Québec?

Des groupes écologistes prétendent que l'exploitation forestière compromet l'avenir de la forêt ainsi que la survie des espèces qui l'habitent. Cette image correspond-elle bien à la réalité de l'exploitation de la forêt au Québec? Les données globales n'indiquent aucun recul de la forêt. Au contraire, le couvert forestier a légèrement augmenté entre le premier inventaire forestier en 1979 et le plus récent en 2002. La répartition générale des différents stades de développement de la forêt est quant à elle demeurée presque identique depuis le premier inventaire, les forêts jeunes, mûres et régénérées occupant en gros la même portion de territoire des forêts publiques.

Communiqué de presse : Des groupes écologistes exagèrent : la forêt québécoise n'est pas menacée, selon un documentaire et une Note économique de l'IEDM

Annexe technique

Courts documentaires : « Les effets positifs de la récolte forestière » (14 août 2014) et « L'état de la forêt au Québec » (3 octobre 2013)

 

En lien avec cette publication

La forêt va bien selon l'IEDM (Journal Métro, 14 août 2014)

Le nouveau régime forestier crée de l'incertitude (Le Nouvelliste, 14 août 2014)

Un régime forestier inquiétant (Le Quotidien, 15 août 2014)

Les écolos exagèrent les problèmes (Le Quotidien, 15 août 2014)

Le nouveau régime forestier inquiète (Le Soleil, 18 août 2014)

Forêts : un discours alarmiste injustifié (Blogue de l'IEDM du Journal de Montréal, 10 septembre 2014)

Quand le mensonge devient un danger pour votre industrie (Les Affaires, 13 septembre 2014)

Don't Believe the Alarmist Talk About Forests (The Huffington Post, 16 septembre 2014)
Entrevue avec Jasmin Guénette (CHOI FM, 13 août 2014)

Entrevue avec Jasmin Guénette (Radio-Canada, 15 août 2014)

Entrevue avec Jasmin Guénette (Radio-Canada, 15 août 2014)
Débat avec Jasmin Guénette (Canal ARGENT, 14 août 2014)

Cette Note économique a été préparée par Jasmin Guénette, vice-président de l’IEDM, et Pierre Desrochers, professeur associé de géographie à l’Université de Toronto Mississauga et chercheur associé à l’IEDM, avec la collaboration d’Alexandre Moreau, analyste des politiques publiques à l’IEDM.

Des groupes écologistes prétendent que l’exploitation forestière compromet l’avenir de la forêt(1) ainsi que la survie des espèces qui l’habitent. Cette image correspond-elle bien à la réalité de l’exploitation de la forêt au Québec? Les données globales n’indiquent aucun recul de la forêt. Au contraire, le couvert forestier a légèrement augmenté entre le premier inventaire forestier en 1979 et le plus récent en 2002(2). La répartition générale des différents stades de développement de la forêt est quant à elle demeurée presque identique depuis le premier inventaire, les forêts jeunes, mûres et régénérées occupant en gros la même portion de territoire des forêts publiques(3).

La préservation du couvert forestier s’explique par diverses raisons. En premier lieu, l’augmentation de la productivité des terres agricoles fait en sorte qu’on peut produire plus d’aliments sur une moindre surface, ce qui réduit la nécessité de défricher des forêts. La superficie des aires protégées, qui incluent notamment les forêts anciennes, les forêts rares et les forêts refuges, a également augmenté. En date du 31 mars 2014, elles couvraient 9,11 % du territoire alors que cette proportion n’était que de 2,84 % en 1999(4).

Par ailleurs, même là où la forêt est exploitée, les nouvelles techniques de coupe, de reboisement et de préparation des sols permettent de réduire l’écart entre la forêt aménagée et la forêt naturelle, en créant des paysages qui reproduisent la diversité et l’irrégularité de cette dernière(5). La presque totalité de la forêt publique québécoise est aujourd’hui exploitée selon les normes rigoureuses des certifications FSC, CSA et SFI, qui garantissent des pratiques de gestion durable(6).

Les différents régimes forestiers

Au-delà de ces grandes tendances, l’état de la forêt dépend également des attentes du gouvernement en ce qui a trait à l’exploitation forestière, qui se manifestent par le biais du régime forestier.

Sous le régime des concessions, qui a été en vigueur de 1826 à 1987, les concessionnaires avaient de larges responsabilités, soit celles d’attribuer les volumes de bois, de gérer les inventaires, de confectionner les plans d’aménagement et de protéger leur territoire contre le feu. Ces concessions étaient octroyées aux entreprises sans limite de temps, dans la mesure où les conditions préétablies par le gouvernement étaient respectées(7).

Étant l’équivalent d’un propriétaire du territoire, le concessionnaire avait avantage à investir et à aménager celui-ci dans une perspective de long terme. Il avait également intérêt à exploiter durablement les forêts qui lui étaient octroyées puisque la profitabilité de son entreprise en dépendait.

Comme le souligne le rapport Duchesneau, préparé pour la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise en 2004, à l’exception de quelques cas de moindre importance, il était généralement admis que les concessionnaires s’acquittaient convenablement de leurs responsabilités(8).

Toutefois, les gouvernements dans les années 1970 et 1980 considéraient que le système des concessions était incompatible avec l’objectif de maximisation des retombées économiques et donc, incapable de répondre à l’augmentation anticipée de la demande en papier et en bois de construction sur le marché mondial. Non seulement les concessionnaires ne surexploitaient pas la forêt, mais on les accusait de ne pas l’exploiter suffisamment. Le niveau d’exploitation de la « possibilité forestière », qui correspond au volume maximum des récoltes annuelles que l’on peut prélever sans diminuer la capacité productive du milieu forestier, était évalué par le gouvernement à seulement 65 % en 1971(9).

Cette perception que les entreprises forestières n’exploitaient pas suffisamment la forêt a amené les gouvernements à abolir graduellement le régime des concessions à partir de 1974. Ce processus aboutira en 1987 avec l’adoption de la Loi sur les forêts, qui introduisait des contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) d’une durée de 25 ans. Le gouvernement prenait ainsi le contrôle de l’attribution de la matière ligneuse et instaurait de nouvelles règles encadrant l’aménagement forestier(10).

La révocation des concessions forestières s’est aussi faite en parallèle avec l’attribution de droits de coupe dans les forêts domaniales, un type de territoire qui devait servir spécifiquement de réserves pour les besoins de l’industrie forestière. La superficie de ces forêts domaniales a plus que triplé entre 1971 et 1985, pour finalement atteindre le double de la superficie des concessions forestières(11).

À la suite de ces réformes, la récolte annuelle de bois en forêt publique a substantiellement augmenté. Entre 1970 et 2000, la récolte de bois provenant d’essences résineuses a crû de 72 %, dépassant même la possibilité forestière en 1985 pour ce type de récolte(12).

Une étude sur l’évolution de la récolte et de la possibilité forestière en forêt publique n’a constaté aucune surexploitation lors de la période des concessions (voir Figure 1 sur iedm.org). Ce n’est qu’après l’abolition des concessions que l’on observe quelques dépassements de la possibilité forestière au tournant du 21e siècle, avant que la récolte ne chute à partir du milieu des années 2000 à cause de la baisse de la demande aux États-Unis(13).

Cette hausse de la récolte survenue sous le régime des CAAF marquera un tournant dans la gestion de la forêt publique, alors que différents rapports évoquent la difficulté d’évaluer adéquatement la possibilité forestière réelle et l’hypothèse d’une surexploitation(14). Étonnamment, bien que cette situation ait été en majeure partie attribuable à l’intervention gouvernementale, elle justifiera une centralisation pratiquement complète de la gestion forestière entre les mains des organismes gouvernementaux.

Le nouveau régime forestier entré en vigueur le 1er avril 2013 a remplacé les CAAF par des garanties d’approvisionnement d’une durée de cinq ans ou moins, selon la volonté du ministre. Ce nouveau régime accorde au gouvernement la quasi-totalité des responsabilités reliées à la forêt, soit la planification forestière, le suivi et le contrôle des interventions forestières, l’attribution des droits forestiers, le mesurage des bois et la mise aux enchères d’une partie des bois(15).

Alors que les entreprises avaient des incitations financières à long terme à aménager la forêt en considérant sa pérennité sous le régime des concessions et, jusqu’à un certain point, sous celui des CAAF, elles n’ont plus aujourd’hui aucune autonomie et doivent se contenter de suivre les directives des agences du gouvernement d’une année à l’autre (voir Tableau 1 sur iedm.org).

Ce nouveau régime suscite déjà l’inquiétude quant à sa capacité de concilier la protection de la forêt et le dynamisme de l’industrie. D’une part, l’exploitation durable de la forêt dépend uniquement de la prévoyance des fonctionnaires et des intérêts électoraux des politiciens. D’autre part, l’incertitude quant à la durée des garanties d’approvisionnement pourrait décourager l’investissement et entraîner des pertes d’emplois.

Le comité chargé d’établir un bilan de la première année de mise en œuvre du nouveau régime forestier a récemment mis en lumière son efficacité douteuse en soulignant le manque de communication de la part des organismes gouvernementaux concernés et de transparence dans le processus de mise en marché du bois(16). Des groupes d’exploitants ont quant à eux déploré l’augmentation des coûts d’exploitation et des délais d’opération, ainsi qu’une duplication des tâches(17).

Pour répondre à ses objectifs économiques et politiques, le gouvernement a contribué à la surexploitation de la forêt sous le régime des CAAF. Aujourd’hui, bien que le couvert forestier se maintienne, le nouveau régime forestier laisse planer des doutes quant à son impact économique sur l’industrie. Le secteur forestier employait 60 082 personnes en 2013 et représentait environ 2,1 % de l’économie québécoise, soit plus que les secteurs des mines et de l’énergie(18).

Le caribou forestier

Une autre critique des groupes écologistes est que les activités liées à la coupe forestière menacent la survie des quelques milliers de caribous forestiers présents dans les forêts aménagées québécoises(19).

Dans les faits cependant, d’autres activités humaines telles que la chasse ont historiquement eu une plus grande importance. De plus, les méthodes récentes d’aménagement forestier écosystémique cherchent à recréer des conditions similaires aux perturbations naturelles telles que les feux, auxquels l’espèce a toujours réussi à s’adapter. Selon les spécialistes, le principal problème de l’activité forestière est qu’elle facilite le mouvement et l’arrivée d’autres cervidés (orignaux et cerfs de Virginie) et de leurs prédateurs (loups gris et ours noirs) qui s’attaquent également au caribou forestier(20).

Bien que la question soit complexe, des études d’Environnement Canada ont souligné le fait que « des activités peuvent avoir lieu dans l’habitat du caribou sans menacer l’espèce, tant que leurs effets cumulatifs ne détruisent pas les attributs biologiques et physiques nécessaires à sa survie et à son rétablissement »(21).

Le ministère des Ressources naturelles du Québec a procédé durant l’hiver 2012 à un inventaire de population du caribou forestier au Saguenay—Lac-Saint-Jean permettant de comparer pour la première fois l’état des populations dans le temps sur une même superficie. Le résultat est que la population a doublé entre l’inventaire de 1999 et celui de 2012, de 115 à 247 individus(22). Ceci est survenu alors que le territoire a été perturbé, sur près de 70 % de sa superficie globale, par des opérations forestières(23). L’étude souligne le fait qu’il est difficile d’identifier avec précision la ou les raisons qui expliquent l’augmentation de population observée.

Il est important de noter que les rapports réalisés par l’Équipe de rétablissement du caribou forestier au Québec et par Environnement Canada soulignent une marge d’erreur significative qui laisse planer des doutes quant à l’exactitude des observations sur l’évolution de l’espèce. Bien que la population de caribous forestiers diminue dans certaines zones, on observe des augmentations dans d’autres zones, sans que les causes soient connues avec certitude. Les critiques qui pointent spécifiquement du doigt l’industrie forestière tirent donc des conclusions injustifiées des données disponibles.

Conclusion

La forêt québécoise n’est pas en voie de disparaître et le couvert forestier a même légèrement augmenté depuis 1979. Par ailleurs, contrairement à ce qui est souvent affirmé, loin d’imposer leur loi, les compagnies forestières ont, depuis l’abolition du régime des concessions, une marge de manœuvre extrêmement limitée. C’est essentiellement l’État qui gère aujourd’hui la forêt au Québec, une situation qui soulève de nombreuses inquiétudes en ce qui a trait à l’avenir de l’industrie.

Cette activité économique importante n’a pas l’impact environnemental désastreux sur l’écosystème que véhiculent certains mythes. Elle devrait plutôt être comparée à l’agriculture dans la mesure où elle permet à la forêt de se régénérer constamment récolte après récolte.

Références

1. Voir par exemple Nicolas Mainville, « Tapis rouge pour les coupes à blanc : ne faisons pas une croix sur nos dernières forêts vierges », Le Huffington Post Québec, 21 mars 2014.
2. De 0,51 point de pourcentage. Données compilées par le ministère des Ressources naturelles et transmises aux auteurs.
3. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Directions des inventaires forestiers, Portrait de l’évolution de la forêt publique sous aménagement du Québec méridional des années 1970 aux années 2000, décembre 2009, p. 17.
4. Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques, « Registre des aires protégées ».
5. Centre d’enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy Inc. et ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Direction de l’environnement et de la protection des forêts, Manuel de référence pour l’aménagement écosystémique des forêts au Québec, février 2010, p. 8, 31-36.
6. Conseil de l’industrie forestière du Québec, « La certification forestière au Québec », juin 2011, p. 2.
7. Michel Duchesneau, Gestion de la forêt publique et modes d’allocation de la matière ligneuse avant 1986, Rapport préparé pour la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, mai 2004, p. 1-2.
8. Ibid., p. 10.
9. Eric Alvarez, Influence d’un siècle de récolte forestière sur la forêt mélangée tempérée de la Mauricie, Thèse de l’université Laval, mai 2009, p. 124.
10. Pierre Brochu, « Le régime juridique du contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier », Les Cahiers de droit, vol. 31, no 3, 1990, p. 739.
11. Michel Duchesneau, op. cit., note 7, p. 11.
12. Gilbert Paillé et al., Analyse du rapport du Forestier en chef sur la possibilité forestière 2008-2013, Rapport du Comité Paillé au Bureau de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, mars 2007, p. 7-8.
13. Eric Alvarez, « Regards sur l’histoire de l’aménagement forestier au Québec — 1 : la surexploitation des forêts », La Forêt à Cœur, juin 2014.
14. Voir en particulier le documentaire L’Erreur boréale réalisé par Richard Desjardins en 1999; Vérificateur général du Québec, Gestion de la ressource forestière : Vérification menée auprès du ministère des Ressources naturelles, Rapport à l’Assemblée nationale pour l’année 2001-2002, Tome II, chapitre 4; Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, Rapport, chapitre 5, décembre 2004.
15. Gouvernement du Québec, Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier, article 104 et 52, juillet 2014.
16. Mariève Paradis, « Les lacunes du nouveau régime forestier », Opérations forestières et de scierie, mai 2014.
17. Fédération québécoise des coopératives forestières et Association québécoise des entrepreneurs en aménagement forestier, « Les entrepreneurs forestiers craignent pour la prochaine saison », Communiqué de presse, Le Cyberjournal du Saguenay—Lac-Saint-Jean, 17 février 2014.
18. Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, « Importance des ressources naturelles dans l’économie québécoise », mai 2014.
19. Voir Société pour la nature et les parcs du Canada et Fondation David Suzuki, Populations menacées : Comment le caribou s’en sort-il?, décembre 2013, p. 6-7; Greenpeace Canada, « Produits forestiers Résolu ».
20. Équipe de rétablissement du caribou forestier au Québec, Plan de rétablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Québec - 2013-2023, mai 2013, p. 31-32, 47.
21. Ibid., p. 29.
22. Ministère des Ressources naturelles, Direction de l’expertise du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Inventaire du caribou forestier à l’hiver 2012 au Saguenay—Lac-Saint-Jean, février 2013, p. 16.
23. Louis Tremblay, « La population de caribou forestier a doublé », La Presse, 15 février 2014.


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