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Textes d'opinion

Il faut aller de l’avant avec les mini-hôpitaux

Vendredi dernier, nous apprenions dans un article d’Ariane Lacoursière et de Fanny Lévesque que le ministère de la Santé et des Services sociaux pourrait être sur le point d’affaiblir un des engagements électoraux phares du gouvernement caquiste en santé, soit celui des mini-hôpitaux gérés par des entrepreneurs indépendants.

Le projet édulcoré se ferait donc sans blocs opératoires, un recul par rapport au succès des centres médicaux spécialisés dans l’aide à l’exécution d’opérations mineures. Un tel recul représenterait une victoire de l’immobilisme sur le désir des Québécois et des Québécoises de voir leur système de santé s’adapter et offrir une plus grande place à la gestion indépendante. En effet, selon un sondage Ipsos que l’Institut économique de Montréal a publié en avril, 69 % des Québécois appuient le projet de mini-hôpitaux.

On comprendra que le ministère de la Santé et des Services sociaux – déjà échaudé par le projet de l’agence Santé Québec – tente de préserver le plus de pouvoirs de gestion et de contrôle possible sur le système de santé. Or, la rigidité du système actuellement en place mène inexorablement à des résultats faméliques pour nos concitoyens en matière d’accès au réseau de la santé. Dans un système comme le nôtre, le rationnement des soins s’effectue par l’entremise de longues listes d’attente. Bref, 18 ans après que la Cour suprême du Canada a claironné, dans l’arrêt Chaoulli, que l’accès à une liste d’attente ne représente pas l’accès à des soins de santé, bien peu a changé.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’un mode de gestion dynamique permettant rapidement aux établissements de santé de s’adapter à la réalité du terrain. C’est pourquoi la promesse de deux premiers mini-hôpitaux, gérés par des entrepreneurs indépendants, mais accessibles avec la carte soleil, représente un pas dans la bonne direction. Mais encore faut-il aller jusqu’au bout de cette logique.

L’implantation du financement des hôpitaux basé sur le nombre d’actes médicaux exécutés représente une nouvelle importante. Cela fera en sorte que les établissements de santé pourront considérer les nouveaux patients comme une source de revenus plutôt que comme un coût à défrayer à même un budget fixe et immuable. Les mini-hôpitaux gérés par des entrepreneurs indépendants, plus agiles et à même d’explorer des possibilités, représentent une occasion de bâtir quelque chose de solide sur ces nouvelles fondations.

L’idée de confier au secteur entrepreneurial la gestion de certains soins de santé est pourtant loin de représenter une hérésie au sein des pays industrialisés. Le Canada et le Québec font en réalité figure d’exceptions à ce chapitre.

La France, à titre d’exemple, confie la gestion d’environ un tiers de ses hôpitaux à des entrepreneurs. Aux Pays-Bas, on parle de près de 80 %. Et c’est sans compter la place qui est réservée au secteur indépendant sans but lucratif dans les pays européens.

La réalité est que le mode de gestion auquel nous avons présentement recours de façon quasi systématique peine à explorer des possibilités et à optimiser ses façons de faire. Pendant ce temps, 49 % des patients ayant besoin d’une arthroplastie du genou poireautent depuis plus de six mois sur une liste d’attente. Clairement, nous avons besoin d’établissements de santé qui sauront faire une utilisation judicieuse de leurs blocs opératoires, à l’instar des cliniques médicales spécialisées. Malheureusement, le système bureaucratique actuel démontre depuis des décennies son incapacité à s’adapter à la demande en soins de santé et à y répondre en temps opportun.

Le ministre Christian Dubé montre une belle volonté de se tenir debout face à la véritable soupe alphabet d’acronymes de la bureaucratie de la santé. S’il désire toujours respecter l’engagement électoral pris en septembre dernier, l’heure est venue pour lui de dompter le monstre étatique dont il a hérité comme ministre de la Santé et de confier des missions encore plus importantes à nos entrepreneurs.

Daniel Dufort est président et directeur général de l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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