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Textes d'opinion

Augmentation des prix des aliments: Ottawa se cherche un bouc émissaire

L’augmentation des prix des aliments fait des ravages dans le portefeuille des familles canadiennes. Trop nombreux sont ceux qui sont confrontés à des choix déchirants dans les allées des supermarchés.

Flairant une occasion politique, les libéraux et le NPD à Ottawa ont choisi de cibler « l’avarice » des grandes chaînes d’épiceries afin d’expliquer la triste situation.

En effet, le premier ministre Justin Trudeau a convoqué les dirigeants des grandes chaînes d’épiceries pour qu’ils répondent aux questions – toutes plus orientées les unes que les autres – de deux de ses ministres. Une opération médiatique réussie, aux dires du gouvernement fédéral.

Le problème est que, quoi qu’en disent nos élus, les dirigeants des chaînes d’alimentation ne sont pas en soi responsables de l’inflation. La situation est encore plus complexe, et elle mérite qu’on s’y attarde réellement plutôt que de se livrer en spectacle.

Produits de la ferme

La Banque du Canada s’est penchée sur la question ce printemps et a conclu que l’augmentation rapide des prix ne découlait pas d’une augmentation de la marge de profit des entreprises, mais bien d’une augmentation de leurs coûts d’exploitation.

En fait, c’est encore plus clair lorsqu’on observe les données. Les prix à l’épicerie sont aujourd’hui 21 % plus hauts qu’ils ne l’étaient avant le début de la pandémie. Si les marges des épiciers n’avaient pas augmenté, ils ne seraient que 20 % plus hauts.

Loin d’être le résultat de l’avarice des épiciers, l’augmentation des prix à épicerie est plutôt le symptôme d’une augmentation des prix des produits à la ferme et des produits nécessaires pour la production agricole.

La bonne nouvelle, c’est que les coûts pour les agriculteurs commencent à descendre, comme l’explique l’économiste Trevor Tombe.

La potasse, élément essentiel pour fabriquer de l’engrais, se vend aujourd’hui à 465 $ US par tonne métrique, en baisse de son sommet de 809 $ US atteint en novembre 2022. Cela se répercute sur le prix des fertilisants. Le carburant pour la machinerie se négocie aujourd’hui 27 % moins cher qu’il ne se négociait l’an dernier.

La baisse du prix des intrants commence à se traduire en baisse des prix à la ferme, qui sont en baisse de 11 % en moyenne par rapport à l’an dernier.

Le professeur Tombe explique que, généralement, un changement des prix à la ferme prend à peu près six mois avant de se manifester sur les tablettes des commerces.

Baisse observée

Déjà, les chiffres de l’inflation du mois d’août – quelques semaines avant les menaces du gouvernement Trudeau – indiquaient que les prix des aliments à l’épicerie commençaient à fléchir, en baisse de 0,4 % par rapport à leur niveau de juillet dernier. L’expérience passée porte à croire que cette diminution continuera au cours des prochains mois.

Il n’en faudra pas plus pour que les responsables des communications au gouvernement Trudeau s’attribuent l’entièreté du mérite pour cette diminution, même si les données montrent qu’elle a commencé bien avant qu’ils se montrent les dents.

Pendant qu’Ottawa cherche son bouc émissaire, les familles canadiennes doivent continuer à se serrer la ceinture.

Daniel Dufort est président et directeur général de l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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