Environnement

Les « faux débats » sur le transport du pétrole

Dans le cadre d’une consultation publique sur le projet d’Oléoduc Énergie Est, l’organisme Équiterre dénonce ce qui serait, à leurs yeux, un « faux » débat entre pipelines et trains.

Un « faux » débat parce « qu’il est faux d’affirmer que si le projet de pipeline Énergie Est est rejeté, le pétrole qui devrait circuler dans le tuyau sera transporté par train », selon Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

Pourtant, plus loin dans l'article, ce même Guilbeault dit que la croissance rapide des sables bitumineux « se reflète dans le transport de pétrole par train, qui a connu une croissance de 300 % depuis six ans. Les producteurs auraient donc plus que jamais besoin des projets de pipelines. »

Cherchez l'erreur.

Selon le mémoire d'Équiterre, la quantité de pétrole transportée par train est beaucoup plus faible que celle transportée par pipelines au pays, ce qui est tout à fait vrai. Il serait donc impensable, pour compenser, de faire circuler autant de convois de train au Québec chaque jour vers le Nouveau-Brunswick.

Peut-être, mais la quantité de pétrole transportée par train, ou par d’autres moyens, va augmenter quand même s’il n’y a pas de pipeline. De combien? Par quels moyens de transport et à quel coût? Nul ne le sait, mais ce n’est donc pas un faux débat d’opposer pipelines et transport par train. Le faux débat serait de croire que sans pipeline, la consommation de pétrole des êtres humains va soudainement se mettre à diminuer drastiquement, ou que l’Alberta va cesser de développer son pétrole. Le pétrole va continuer de se rendre aux consommateurs, mais par des moyens de transport plus dangereux. Et aussi plus coûteux, et la facture sera refilée aux citoyens, ce qui constituera en quelque sorte une nouvelle « taxe sur l’essence » – comme s’il n’y en avait pas déjà assez!

Rappelons à cet effet que seulement 12 % des Canadiens sont prêts à faire les sacrifices nécessaires pour se « libérer du pétrole ». Et comme l’a déjà expliqué sur cette tribune mon collègue Youri Chassin, consommer et transporter le pétrole sont deux débats à ne pas confondre.

Par ailleurs, je voudrais être clair : je ne suis pas « contre » le transport de pétrole par train, ou par camion-citerne, ou par bateau. Ce sont là tous des modes relativement sécuritaires de toute façon. Mais relativement parlant, les chiffres ont démontré qu’ils sont moins sécuritaires que le pipeline.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Lire la chronique sur le site du Journal de Montréal

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