Éducation

Enseigner l’économie aux jeunes : oui, mais…

Le fondateur d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, réclame des cours d'économie pour les jeunes Québécois.

Comme d’autres personnalités du monde des affaires, il croit que les Québécois seraient mieux outillés pour comprendre le fonctionnement de l'économie et les questions financières s'ils avaient accès à une formation. Si les gens comprennent comment l'économie fonctionne, ils vont peut-être économiser eux même et mieux articuler leurs demandes aux gouvernements, dit-il, ajoutant que les gens « de gauche, qui critiquent actuellement l'austérité, seraient en mesure de mieux articuler leurs demandes. »

Je suis bien d’accord avec le principe. Nos jeunes, et la population en général, bénéficieraient d’une meilleure compréhension des principes économiques de base. Et je parle ici des principes universellement reconnus, qui font consensus chez les économistes de tout horizon, tels qu’enseignés dans les cours d’économie 101 de nos universités.

Cependant… tout en appuyant les intentions de M. Bouchard, je lui répondrais : be careful what you wish for.

Car si l’idée d’enseigner l’économie à nos jeunes est louable et souhaitable, le défi serait de trouver des canaux d’enseignement qui n’impliqueraient pas nécessairement le système scolaire tel qu’on le connaît. C’est-à-dire extrêmement bureaucratisé, fonctionnarisé, syndiqué, et, n’ayons pas peur des mots : dont l’employé médian est certainement plus à gauche qu’à droite sur l’échiquier idéologique…

Or en éducation, il est toujours plus facile d’enseigner de nouvelles connaissances sur une page blanche, que d’avoir d’abord à déconstruire des faussetés et des préjugés tenaces, pour ensuite enseigner la nouvelle matière.

Enseigner l’économie, oui. Mais tout dépendant de qui l’enseigne, et à quel établissement, on pourrait se retrouver avec des jeunes non seulement toujours ignorants de certains principes de base, mais en plus, avec une formation de base solidement ancrée en « études anticapitalistes »…

Ce n’est sûrement pas l’objectif recherché par M. Bouchard, ni par quiconque ayant à cœur l’enseignement de l’économie à nos jeunes.

Ceci dit, je suis convaincu qu’une majorité de gens au ministère de l’Éducation sont de bonne foi et professionnels. Mais je crois que pour atteindre cet objectif, il faut « sortir de la boîte » et penser à des moyens différents d’intéresser nos jeunes à l’économie (pas seulement dans la salle de classe), afin de leur inculquer des notions de base qui leur serviront toute leur vie. 

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Lire la chronique sur le site du Journal de Montréal

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