Communiqués de presse

La décentralisation des pouvoirs de gestion vers l’école publique: un remède à l’effondrement de la démocratie scolaire selon deux chercheurs

Montréal, 28 avril 2004 – En choisissant l’école de leur enfant plutôt qu’en participant aux élections scolaires, les parents confèrent en pratique à l’école un statut central qui devrait se refléter dans la manière dont le gouvernement les finance. C’est ce qui ressort d’une étude publiée hier par Richard Marceau et Sylvain Bernier, respectivement professeur et chercheur à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) et également chercheurs associés à l’Institut économique de Montréal.

Au moment où la Fédération des commissions scolaires remet en question la pertinence des CÉGEP et où la Commission scolaire de Montréal retire aux écoles publiques la plus grande part de leur autonomie de gestion, les deux chercheurs analysent les données de vote des élections scolaires de l’automne dernier et constatent l’épuisement quasi-complet de la démocratie à l’échelle des commissions scolaires. Ils observent que le choix de l’école par les parents a remplacé la dynamique électorale dans la plupart des cas.

La démocratie scolaire désertée

Le taux de participation aux dernières élections scolaires pour l’ensemble du Québec a été fort décevant: à peine 8,4% de la population s’est exprimée le 16 novembre 2003 pour choisir ses représentants aux plus hautes instances des commissions scolaires du Québec. Le cas des grands centres urbains est encore plus désolant puisque la Commission scolaire de Montréal obtient un maigre 4,5% de taux de participation et la Commission scolaire de la Capitale, 4,1%.

À l’aide d’analyses statistiques à l’échelle des régions administratives et à l’échelle des commissions scolaires Richard Marceau et Sylvain Bernier montrent que le sort des élections scolaires a été influencé par trois facteurs soit la décroissance démographique, la grande taille des commissions scolaires – qui nuit à la vie politique scolaire, et le «vote avec les pieds», c’est-à-dire le choix de l’école par les parents qui a remplacé leur intérêt pour les élections scolaires.

87% de la population en faveur du choix de l’école publique

Cette volonté de «voter avec les pieds» est d’ailleurs confirmée par les résultats d’un sondage CROP/ÉNAP dévoilé dans l’étude des deux chercheurs. Les gens veulent du choix et pas seulement entre l’école publique et l’école privée: 87% des répondants veulent pouvoir choisir leur école publique. Les répondants de la région métropolitaine appuient la proposition à 91% alors que les répondants à l’extérieur de Montréal appuient la proposition à 83%. La région qui vit avec le plus d’intensité l’expérience du choix approuve donc plus que la moyenne québécoise le choix de l’école publique.

Redéfinir les rôles de la commission scolaire et de l’école

«En exerçant un vote avec les pieds à l’échelle des écoles plutôt qu’en votant à l’échelle d’une commission scolaire, les parents ont spontanément conféré à l’école un nouveau statut, un statut central. L’action se passe désormais sur le terrain de l’école», affirme Richard Marceau.

La contrepartie au libre choix des parents devrait être le contrôle des ressources par les écoles publiques elles-mêmes. L’étude propose donc que les subventions du ministère de l’Éducation actuellement versées aux commissions scolaires soient remplacées par des subventions directes aux écoles, ce qui renforcerait la capacité de chaque école à s’adapter aux besoins de leurs clientèles tels que manifestés clairement par les parents.

«Décentraliser les ressources vers les écoles publiques confirmerait la nouvelle gouvernance scolaire qui s’est peu à peu imposée d’elle-même. Cette décentralisation permettrait l’accélération d’un changement bénéfique qui s’est opéré spontanément», conclut Richard Marceau.

Intitulée La démocratie scolaire à la croisée des chemins, l’étude de Richard Marceau et Sylvain Bernier constitue le chapitre VIII du livre L’État québécois au XXIe siècle, un collectif sous la direction de Robert Bernier qui regroupe les écrits de plusieurs chercheurs reconnus et qui vient d’être publié aux Presses de l’Université du Québec.

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Renseignements et entrevues: Richard Marceau, Professeur, École nationale d’administration publique / Tél.: (418) 641-3000, poste 6461 / Courriel: richard_marceau@enap.uquebec.ca / Sylvain Bernier, Chercheur, École nationale d’administration publique  / Tél.: (418) 641-3000, poste 6181 / Courriel: sylvain_bernier@enap.uquebec.ca

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