Textes d'opinion

Ne votez pas, ignorants!

De cruciales élections vont se tenir mardi prochain aux États-Unis. Les républicains pourraient reprendre le contrôle politique à Washington, et bloquer les projets d’Obama. Bryan Caplan, professeur d’économie à la George Mason University, a un conseil pour les millions d’électeurs américains qui voteront ce jour-là: si vous ne comprenez pas grand-chose aux principes économiques de base, restez donc chez vous.

Dans son livre The Myth of the Rational Voter, Caplan affirme qu’il est faux de croire que les politiciens n’écoutent pas les citoyens. Au contraire, les politiciens les écoutent… et c’est ça le problème! Les électeurs sont bourrés de préjugés, dit Caplan. Et ont tout faux à propos de l’économie.

Plusieurs sondages effectués aux États-Unis ont dévoilé, entre autres, que la moitié des électeurs ignorent le nom de leur sénateur ou de leur représentant. Une bonne partie du public croit que l’aide aux pays pauvres représente 24% du budget américain. (La bonne réponse: 1%).

«Plusieurs personnes ont des idées très arrêtées sur l’économie, alors qu’elles n’ont jamais étudié cette matière. Et leurs vues sont généralement à l’opposé de ce qu’un cours d’économie enseigne», m’avait répondu Caplan lorsque je l’avais interviewé pour une publication d’affaires. Par exemple, les gens qui n’ont pas étudié l’économie pensent généralement que le protectionnisme est une bonne chose. «Au lieu de dire: « je ne sais pas, je n’ai jamais étudié ça », ils affirment avec conviction: « les étrangers volent nos jobs! Nous devons faire quelque chose, peu importe ce qu’en disent les économistes! »»

L’électeur moyen souffre de nombreux préjugés en matière d’économie, selon les recherches de Caplan. Entre autres, il sous-estime les avantages des mécanismes de marché (par exemple, l’apport de la concurrence et du privé pour aider à désengorger le système de santé). Ou les bienfaits de l’immigration et du libre-échange. Les gens aiment aussi blâmer des boucs émissaires pour les problèmes économiques – les méchants spéculateurs, les entreprises pétrolières, Wal-Mart, les Chinois…

Résultat: afin de plaire à ces électeurs, les politiciens mettent en place des lois qui vont, entre autres, persécuter ces boucs émissaires, ou vont ériger des barrières protectionnistes (taxes et tarifs) pour limiter le libre-échange. Des politiques qui, selon Caplan, appauvrissent l’économie dans son ensemble.

Le professeur, qui ne craint pas la controverse, est conséquent dans ses recommandations: encourager les gens à voter est une mauvaise idée, dit-il. «Ceux qui s’abstiennent de voter sont, en moyenne, moins éduqués et moins informés. Si tous ces gens votaient, l’électeur moyen serait encore plus ignorant en matière d’économie.» Les politiciens ajusteraient leur programme électoral pour plaire à ces électeurs, et accoucheraient de politiques encore pires. «Si vous pensez qu’en ce moment les politiciens s’adressent au plus petit dénominateur commun chez les citoyens, vous n’avez rien vu. Ce dénominateur peut descendre encore!»

Le devoir de citoyen, c’est de voter… ou de s’en abstenir?

David Descôteaux est chercheur associé à l’Institut économique de Montréal.

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