Éducation

On a nationalisé nos enfants!

L’enseignement religieux dans les écoles indispose. Après l’avoir supprimé dans les écoles publiques, on s’attaque maintenant aux écoles privées subventionnées.

Or, pourquoi pareil acharnement? À l’instar du réseau public, les écoles privées acceptent de se faire imposer les programmes, l’approche pédagogique, les bulletins et autres directives ministérielles. Elles font l’objet d’inspections et doivent prouver qu’elles se conforment à toutes les exigences.

Certes, les écoles privées sont financées à 60% par l’État. Toutefois, si l’on considère le degré élevé de standardisation et les rares prérogatives dont jouissent ces établissements, il serait plus honnête de dire que les écoles privées n’existent pas! On a plutôt l’impression qu’il s’agit d’écoles publiques financées à 40% par les parents.

Or, pourquoi les parents défraieraient-ils plusieurs milliers de dollars sinon parce que ces établissements répondent à des besoins que écoles publiques laïques négligent? Certains mettent l’accent sur les sports, ou les langues; d’autres garantissent un milieu de vie sain ou préparent au baccalauréat français. Évidemment, certains dispensent un enseignement religieux. Pourquoi est-il donc acceptable que des écoles offrent des cours de tout acabit, exception faite des cours de religion?

On dit que la religion est un choix privé qui ne devrait pas être financé par l’État. La formule, certes ronflante, repose sur une logique boiteuse. Dans notre système étatique, l’argent de nos impôts sert à financer une multitude de programmes et de services que nous n’approuvons pas nécessairement. Les pacifistes paient pour l’armée. Les végétariens subventionnent l’industrie porcine. Des militants pro-vie supportent financièrement les avortements tandis que les impôts de citoyens sans enfants sont destinés à la publication d’un guide sur les devoirs.

À chaque instant, les uns financent les désirs des autres, et on trouve cela normal. Dans le vocabulaire néosocialiste, c’est ce qu’on appelle la «solidarité»! Or, si la solidarité justifie qu’on finance, par exemple, le festival du cowboy, pourquoi tant d’indignation face à l’enseignement religieux?

Et puis, rappelons que, dans les faits, l’État ne paie rien. Ce sont les contribuables qui financent tout. Les parents croyants qui souhaitent un enseignement religieux paient aussi leur juste part d’impôt. En vertu de quel principe n’auraient-ils donc pas également droit au service éducatif de leur choix?

Certes, il est légitime de soumettre tous les élèves de la province à des examens uniformes pour l’enseignement séculaire. C’est un moyen efficace de s’assurer que les objectifs pédagogiques sont atteints. Si les résultats sont probants, en quoi un enseignement religieux additionnel constitue-t-il un problème?

Mais nos bureaucrates semblent malheureusement plus préoccupés par la méthode que par le résultat. En plus de décider des objectifs communs à respecter, ils veulent imposer leur conception de l’école ainsi que le type d’enseignement qu’ils jugent moralement acceptable. Dans les faits, l’État a volé aux parents la liberté de choisir l’éducation de leurs enfants. La classe politique, convaincue de sa supériorité morale, agit comme si les jeunes Québécois étaient la propriété de l’État et veut imposer sa volonté. C’est la dictature dans l’enseignement!

Or, pourquoi un modèle étatique universel serait-il supérieur à un système où les écoles laïques côtoieraient les écoles confessionnelles? Une société qui respecte les principes, les convictions et les choix de chacun, sans nuire à personne, serait incontestablement préférable à une société où un groupe impose par la force sa volonté à l’ensemble de la population. Mais nos dirigeants semblent insensibles au gros bon sens. À l’insu des parents, ils ont «nationalisés» la jeunesse québécoise pour assurer le règne de l’école publique laïque. C’est du néosocialisme, et c’est carrément sauvage!

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

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