Libéralisation des marchés

À contre-courant

Ma chronique de la semaine passée été consacrée à la privatisation d’Hydro-Québec. Comme il fallait s’y attendre, elle a suscité bien des réactions.

Plusieurs lecteurs ont notamment cité l’importante crise énergétique que la Californie a vécue en 2001 pour prouver que la privatisation ne peut aboutir qu’à un échec.

Or, il suffit d’un minimum de recherches pour comprendre que le chaos énergétique de la Californie était le résultat d’une déréglementation partielle et non celui du libre marché. Alors que les prix de gros exigés par les producteurs fluctuaient librement à la Bourse, ceux à la vente par les distributeurs étaient maintenus fixes par l’état de Californie.

Évidemment, quand le prix de gros était supérieur au prix de vente aux consommateurs, les distributeurs, pour ne pas vendre à perte, n’avaient d’autre choix que de cesser d’approvisionner leurs clients. Ce n’est donc pas la déréglementation qu’il faut craindre, mais plutôt ces fonctionnaires «bienveillants» qui entravent sa mise en application.

Il est donc injustifié de craindre l’arrivée du secteur privé dans le marché de l’électricité. Les expériences concluantes de la Grande Bretagne, de la Nouvelle Zélande et de l’Australie prouvent que la privatisation peut être bénéfique aux consommateurs. Mais que les Québécois soient inquiets de se lancer dans la privatisation totale d’Hydro-Québec est tout à fait compréhensible. Personne n’aime l’inconnu.

On pourrait y aller graduellement et commencer par vendre la division Hydro-Québec Distribution. Cette division, chargée de la mise en marché, est celle qui compte le plus d’employés et qui est relativement facile à vendre, car c’est elle qui exige le moins d’investissements.

Les villes de Westmount et de Sherbrooke sont d’ailleurs déjà propriétaires de leur réseau de distribution. Si les citoyens sont bien servis par Hydro-Westmount et Hydro-Sherbrooke, pourquoi ne le seraient-ils pas tout autant par une entreprise privée?

Évidemment, le spectre du secteur privé laisse présager une hausse du prix de l’électricité. Alors, tous les protecteurs de la veuve et de l’orphelin se liguent pour préserver le monopole d’État et empêcher ainsi les hausses de prix.

Absurdité

Ne pas vouloir causer de préjudice aux ménages défavorisés est certes un objectif noble et légitime, mais vouloir l’atteindre en maintenant le prix de l’électricité artificiellement bas est carrément absurde et contreproductif.

Il faut savoir que lorsque le prix de l’électricité est maintenu bas, on subventionne surtout les riches, car ce sont eux qui consomment le plus d’énergie! On pense assister le pauvre qui vit dans un deux et demi et qui ne possède que quelques appareils électriques, mais on aide surtout le riche qui vit dans une vaste demeure et qui tient à chauffer ses planchers et sa piscine, sans oublier celui qui gaspille notre richesse «collective» en chauffant son entrée de garage pour que la neige fonde dès qu’elle touche le sol! Les partisans du monopole d’État ont donc raison d’affirmer qu’HQ contribue à la redistribution des richesses, mais ils omettent de préciser que cette redistribution est essentiellement effectuée à l’avantage des utilisateurs les mieux nantis!

Ce n’est pas en bradant notre électricité et en subventionnant la consommation quelquefois extravagante des plus riches que nous exprimons notre solidarité avec les plus défavorisés. Mieux vaut laisser les prix refléter les conditions du marché et aider directement et uniquement ceux qui sont réellement dans le besoin. Une aide ciblée plutôt qu’un tarif bas qui profite à 100% de la population: est-ce une idée à ce point à «contre-courant»?!

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal et auteure du livre La face cachée des politiques publiques.

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