Textes d'opinion

Le seul mystère est à Montréal!

Depuis le raz-de-marée conservateur dans la région de la Vieille Capitale, les médias montréalais semblent obsédés par le «mystère de Québec», un mystère qu’ils se sont donné pour mission d’élucider. C’est ainsi que nous avons eu droit à une pléiade d’analyses politiques et sociologiques, et que certains se sont lancés dans une ambitieuse entreprise d’anthropologie collective. On a laissé entendre que le vote de Québec et de la Beauce est un phénomène curieux, un accident, qui mérite d’être étudié.

Montréal et Québec ont affiché des couleurs différentes, mais le fait que des Montréalais manifestent une telle stupeur face au choix d’autres électeurs est d’une arrogance inqualifiable. Par leur perplexité, nos intellectuels et pseudo intellectuels insinuent qu’il est anormal et carrément étrange que certains ne partagent pas leur opinion. Aux yeux des bien-pensants montréalais, Québec et sa région constituent un «mystère» parce que leurs habitants ont eu l’audace, ou la démence, de ne pas voter comme eux.

Cette «élite» montréalaise devrait cesser de se vautrer dans ses certitudes et accepter que si les électeurs de la région de Québec n’adhèrent pas à son idéologie, ce n’est pas parce que ces malheureux n’ont rien compris, mais peut-être simplement parce qu’ils jugent médiocres toutes ces idées qui forment la pensée universelle en vogue. Chose certaine, les électeurs de Québec ont eu la largesse d’esprit d’écouter ce que les candidats conservateurs avaient à leur proposer plutôt que de les condamner sans réserve sur des a priori.

Quand on sait que Maxime Bernier et Josée Verner ont obtenu respectivement 67% et 57% des votes de leur circonscription, il ne faut pas s’interroger sur le message que les électeurs ont voulu envoyer au pouvoir en place, mais plutôt sur le message que les candidats ont réussi à faire passer à la population. Contrairement aux autres, le parti conservateur promet de ralentir un peu la croissance de l’État au lieu de se lancer dans une autre orgie de dépenses et de création de nouveaux programmes.

Créer de la richesse

Est-il donc impossible que les gens de Québec en aient eu ras le bol de l’intrusion tentaculaire des gouvernements dans toutes les sphères de l’activité économique? Peut-être ont-il compris qu’il faut créer de la richesse avant de songer à la redistribuer! Peut-être veulent-ils un gouvernement plus respectueux du travailleur et de l’entrepreneur, qui est conscient que le fardeau fiscal et des réglementations excessives découragent le travail et étouffent l’initiative privée? Peut-être en ont-ils assez des bien-pensants qui censurent les radios et qui tentent d’imposer aux gens une ligne de pensée?

Je suis également tentée de croire que plusieurs électeurs de Québec ont compris que les projets proposés par les progressistes, syndicalistes et autres penseurs éclairés et bien intentionnés renferment en fait les conditions idéales pour appauvrir une société. Et que la proximité du pouvoir leur a fait prendre conscience que même si le marché présente quelquefois des faiblesses, les défaillances de l’État sont bien pires.

Le vote de Québec n’est ni réactionnaire, ni opportuniste. Il symbolise simplement le fait que les gens souhaitent un gouvernement moins interventionniste qui les laisserait voler de leurs propres ailes. Est-ce si difficile à comprendre?

Le seul mystère se trouve peut-être à Montréal. Comment une ville qui s’enorgueillit de sa diversité peut-elle s’indigner à l’idée que certains pensent différemment? Et comment expliquer que si peu de Montréalais soient capables de percevoir la même chose que les électeurs de la région de Québec?

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec, le 8 février 2006, en page 13.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal.

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