Services sociaux

La commercialisation des garderies

La «privatophobie», vous connaissez? Il s’agit d’une crainte maladive et irrationnelle du secteur privé. Les cas de privatophobie sont faciles à diagnostiquer: le principal symptôme en est l’indignation, laquelle atteint son paroxysme à la seule mention du mot «profit».

Les réactions qu’a suscitées l’article 9 du projet de loi 124 sur les services de garde laissent croire que la privatophobie est contagieuse. On pouvait lire et entendre presque partout que la ministre de la Famille, Mme Carole Théberge, devrait empêcher la création de chaînes de garderies privées, car l’arrivée de grands entrepreneurs qui se spécialiseraient dans ce genre de service ne peut qu’être néfaste. Face à cette levée de boucliers, la ministre s’est engagée à amender son projet de loi pour limiter la commercialisation des garderies.

Mais est-il justifié de craindre le secteur privé et de lui attribuer les pires intentions? C’est pourtant le secteur privé, et non l’État, qui nous fournit les précieux médicaments pour soigner nos petits. C’est lui également qui produit les manuels scolaires grâce auxquels nos enfants sont éduqués. C’est le secteur privé qui investit des milliards pour concevoir les sièges d’auto les plus sécuritaires possible, des vêtements ininflammables, des jouets éducatifs et des interphones de surveillance. Plusieurs parents choisissent également les écoles privées parce qu’ils jugent que l’enseignement et l’encadrement y sont de meilleure qualité.

Si le secteur privé réussit à nous offrir tous les produits indispensables au bien-être, à la santé et à l’éducation de nos bambins, pourquoi devient-il impératif de l’exclure des services de garde? Nous ne sommes pourtant pas choqués qu’une firme fasse des bénéfices chaque fois que nous achetons du Tempra, des couches ou du lait.

Si, comme on voudrait nous le faire croire, l’entreprise privée était effectivement un démon qui entretient des plans machiavéliques dans l’unique objectif de nous détrousser, ne faudrait-il pas dénoncer tous les produits qu’elle nous propose? Que tous les parents prêts à renoncer à Dimetapp, Pampers et Québon lèvent la main et s’inscrivent sur la nouvelle liste d’attente pour obtenir tous ces produits directement de l’État.

La crainte de voir apparaître des chaînes de garderies étrangères a également motivé l’amendement à l’article 9. Mais de quoi Mme Théberge et les CPE ont-ils peur? D’être incapables de rivaliser avec de nouveaux joueurs? Pourtant, nul n’ignore que c’est précisément la présence de concurrents qui contraint les entreprises à offrir le meilleur service au plus bas prix possible. Le système public québécois ne serait-il pas à la hauteur? Auquel cas, les Québécois ont le droit d’être informé!

Favoriser la concurrence

Si la ministre est sincère quand elle prétend vouloir améliorer les services de garde, elle devrait favoriser la concurrence dans ce domaine et non tenter de préserver le quasi-monopole détenu par l’État. Il ne s’agit pas d’abolir les garderies publiques, mais simplement de permettre aux parents de choisir le système qu’ils jugent le plus avantageux. Il faut également se demander en quoi un système unique et homogène est dans l’intérêt de nos enfants.

Le monopole public de la santé présente des lacunes importantes, le système public d’éducation est incapable de réduire le décrochage scolaire, les programmes sociaux ne réussissent pas à réduire la pauvreté, nos routes entretenues par l’État sont parsemées de nids de poules et le réseau d’aqueducs de la Ville de Montréal est une véritable passoire. Est-il alors raisonnable de suivre Mme Théberge dans sa phobie de la privatisation, et faut-il la croire quand elle vante les mérites du secteur public? Après tout, il en va de l’avenir de nos enfants!

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal.

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