Textes d'opinion

L’avantage québécois

Vous croisez une personne qui incarne toutes les qualités que vous cherchez et vous vous imaginez déjà convoler en justes noces, vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Mais pour que le conte de fées puisse se réaliser, il faut que cette personne partage vos sentiments. C’est alors que le jeu de la séduction commence, car il ne vous suffit pas de vouloir épouser l’élu(e) de votre coeur, encore faut-il qu’il (elle) le veuille aussi.

Quand le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, M. Claude Béchard, a dévoilé jeudi dernier les détails de son plan quinquennal intitulé l’Avantage québécois, on a pu y voir autant de fantaisie que s’il planifiait un mariage sans l’accord de sa Dulcinée.

Entre autres, il souhaite augmenter de 10% le nombre de diplômés en formation professionnelle et technique. À supposer qu’il n’envisage pas de réduire les exigences, ce qui dévaloriserait les diplômes, il faudrait que les étudiants s’entendent pour exaucer le voeu du ministre et s’inscrivent massivement dans les disciplines visées.

Il envisage également d’accroître de 25% le nombre d’exportateurs. Voilà un objectif ambitieux, surtout quand on réalise que les exportations dépendent de l’intérêt de nos partenaires commerciaux pour nos produits, un aspect qui échappe au contrôle du ministre Béchard.

Il prétend aussi vouloir créer 1000 entreprises et doubler la croissance des investissements en équipements. Mais ce n’est pas lui qui crée les entreprises, qui prend les risques et investit son argent: ce sont les entrepreneurs! Encore faut-il que ces derniers soient animés par le désir de se lancer dans ce type d’initiative.

S’il suffit que nos politiciens souhaitent la croissance économique pour que tout se mette en branle et que le Québec s’enrichisse, alors on est en droit de leur demander pourquoi ils ont attendu jusqu’à maintenant. N’auraient-ils pas pu concocter un plan de ce genre il y a bien longtemps?

Les voeux pieux

Les voeux pieux sont impuissants en matière de croissance économique. Les travailleurs et les entreprises sont les seuls artisans de la croissance, et la prospérité n’est envisageable que dans la mesure où le contexte économique les incite à déployer les efforts nécessaires. Tout comme l’amoureux qui souhaite séduire sa bien-aimée, le Québec doit «se faire beau» pour encourager le travail, inciter à l’épargne et à l’investissement, et favoriser l’initiative, la créativité et l’esprit d’entreprise.

Plusieurs pays affichent une croissance enviable depuis quelques années: Taiwan, l’Estonie, l’Irlande et les États-unis. Quel est donc l’outil de séduction que partagent ces pays? La liberté économique! Ils proposent une fiscalité frugale qui laisse aux travailleurs et aux entrepreneurs l’essentiel du fruit de leur labeur, encouragent la concurrence et permettent aux gens de négocier eux-mêmes les termes de leurs échanges.

À cet égard, les résultats dévoilés dans l’«Index of Economic Freedom» réalisé par la Heritage Foundation et le Wall Street Journal, et dans l’«Economic Freedom of the World» des instituts Fraser de Vancouver et Cato de Washington se rejoignent: ils montrent que les pays les plus prospères sont également ceux qui offrent la plus grande liberté économique. Parallèlement, les pays à faible croissance comme la France, l’Allemagne et l’Italie sont ceux où l’État s’immisce le plus dans l’activité économique.

Le ministre Béchard peut contribuer à l’augmentation du niveau de vie. Mais ce n’est pas d’un plan quinquennal à saveur soviétique rempli de bonnes intentions dont le Québec a besoin, c’est de liberté économique! En économie comme en amour, il faut être réaliste et disposer des bons outils de séduction si on veut atteindre ses objectifs.

Nathalie Elgrably est économiste à l’Institut économique de Montréal.

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