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Textes d'opinion

Les nouveaux médicaments (1)

Au cours de la campagne électorale qui s’achève, tous les partis nous ont promis qu’ils allaient augmenter les dépenses en santé.

Évidemment, on ne peut régler tous les problèmes en injectant de nouveaux fonds. Il reste qu’il faut distinguer entre les dépenses qui entretiennent la bureaucratie et celles qui peuvent améliorer la qualité des soins.

Le coût par personne des médicaments croît deux fois plus vite que celui des soins de santé en général, au Québec, depuis 20 ans. Le coût par habitant des soins de santé a été multiplié par trois, entre 1981 et 2001, et celui des médicaments, par six. Faut-il s’en inquiéter? Pas nécessairement car les médicaments génèrent des économies appréciables, notamment au chapitre de l’hospitalisation. De façon générale, il n’y a pas lieu de réclamer une restriction globale dans l’emploi des médicaments.

Les médicaments d’ordonnance peuvent souvent réduire le nombre et la durée des hospitalisations, voire les éliminer. La plupart de ces médicaments contribuent à prolonger et améliorer la vie des patients. Ils peuvent promouvoir le retour au travail, réduire l’absentéisme et améliorer la productivité.

Bien sûr, ces bénéfices doivent, dans chaque cas, être confirmés par des études cliniques. Il arrive, en effet, que des médicaments moins récents soient aussi efficaces que les nouveaux. C’est ce que l’on a vu récemment pour l’hypertension. Toutefois, ces cas d’exception ne démentissent pas la règle générale selon laquelle la recherche réduit les effets secondaires et renforce l’efficacité des médicaments.

L’augmentation à court terme des coûts liés aux médicaments plus dispendieux est compensée par la baisse des dépenses à long terme. C’est ce que démontrent des études publiées dans l’American Economic Review et Health Affairs, des revues scientifiques respectables. On y a analysé les effets de changements dans la quantité et le type de médicaments prescrits aux États-Unis. Elles concluent que l’utilisation de médicaments, et surtout celle de médicaments plus récents, contribue à réduire la mortalité et les dépenses médicales.

L’étude publiée dans American Economic Review (Frank Lichtenberg, «Do More and Better Drugs Keep People out of Hospitals?», mai 1996) a trouvé que plus le médicament d’ordonnance était récent, plus les hospitalisations étaient rares et courtes. En ce qui a trait aux dépenses, chaque dollar supplémentaire consacré aux médicaments était associé à une baisse de 3,65 $ au chapitre des soins hospitaliers.

Même en supposant qu’il ait pu y avoir des coûts supplémentaires reliés, par exemple, à une plus grande fréquence de visites chez le médecin, il restait un bénéfice net de 2,11 $.

L’étude de Health Affairs (Frank Lichtenberg, «Are the Benefits of Newer Drugs Worth Their Cost? Evidence from the 1996 MEPs», sept.-oct. 2001) portait sur des données plus récentes, datant de 1996. Elle constate qu’une augmentation moyenne des coûts en médicaments de 18 $ due à l’utilisation de nouveaux médicaments était associée à une baisse des dépenses d’hospitalisation d’au moins 44 $. On peut donc conclure que même s’il est utile de faire une certaine sélection pour assurer un usage optimal des médicaments, la réduction systématique de leur usage n’est pas la clé d’une rationalisation budgétaire de la santé. 

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