Observations spontanées

100 000 façons de tuer la liberté

Un parent un peu trop sensible a demandé à une enseignante un peu trop accommodante de ne plus décortiquer la chanson « Les 100 000 façons de tuer un homme » avec des élèves d’une école primaire du Mile-End. Pourtant, la chanson de Félix Leclerc est une fable, pas un manuel d’instruction sur les 100 000 façons d’enlever la vie à son prochain.

Elle nous fait plutôt prendre conscience, en usant d’ironie, qu’il est facile de tuer son âme, de la dépouiller de sa dignité, en restant à ne rien faire – en étant inactif et payé à le demeurer.

Ce n’est pas comme si les enfants de 8 ans n’avaient jamais rien vu. La télévision et l’internet, si ce n’est la vie elle-même, les exposent déjà de façon quotidienne à la cruauté humaine. En plus, l’ironie est une forme d’expression qui mérite d’être enseignée. Quoi, va-t-on attendre qu’ils aient tous atteint l’âge adulte pour leur faire découvrir cette facette de la littérature?

Enfin, la leçon concernant la dignité et le travail, elle, mérite d’être inculquée à notre jeunesse le plus rapidement possible dans leur vie de citoyen. Non par peur qu’ils deviennent oisifs lorsqu’ils seront adultes, mais pour qu’ils apprennent tôt qu’on ne règle rien en épargnant à son prochain l’effort requis pour qu’il mérite son sort. Et qu’en agissant ainsi on ne fait que le dérober de l’opportunité de démontrer qu’il peut contribuer et, en définitive, on ne réussit qu’à le priver de sa dignité.

Cet acte de censure de parents hélicoptères du Mile-End devrait servir de mise en garde. Il devrait nous rappeler qu’il y a 100 000 façons de tuer la liberté et que l’une d’entre elles est de voler à l’homme libre sa dignité. Même les cœurs sensibles ne devraient pas s’abstenir d’apprendre cette leçon dès le primaire.

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