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9 novembre 2018novembre 9, 2018

Les premiers entrepreneurs

La Presse+, p. web

Les premiers entrepreneurs

Dès qu’un nouveau projet de développement des ressources naturelles se met en branle, on s’attend à voir une levée de boucliers de groupes de militants environnementalistes et de membres des Premières Nations. En fait, si l’on suit l’actualité, il est possible de croire que les autochtones sont unanimement contre le développement. Ce n’est pas le cas.

De nombreuses communautés ont pris le virage du développement des ressources naturelles avec l’espoir de prendre en main leur destin. Cela n’a rien de bien étonnant si l’on considère que les Premières Nations furent les « premiers entrepreneurs » du Canada, puisqu’elles avaient déjà établi des réseaux d’échanges sophistiqués à l’arrivée des Européens. Aujourd’hui, le flambeau entrepreneurial est entre autres repris par les Cris du nord du Québec, qui sont actifs dans le secteur minier, les Lax Kw’alaams et les Kitselas de la Colombie-Britannique, respectivement à l’œuvre dans la forêt et le gaz naturel, et la nation Fort McKay de l’Alberta, qui s’enrichit dans le pétrole.

Ce dernier cas est révélateur de l’évolution des mentalités. Au début des années 60, l’opposition aux projets de développement des sables bitumineux était à peu près unanime à Fort McKay. Durant les années 70 et 80, les campagnes européennes contre la fourrure ont appauvri les autochtones. Beaucoup ont alors commencé à regarder le développement des sables bitumineux d’un œil plus favorable. De nombreux membres des Premières Nations ont été embauchés par l’industrie, et ils ont prospéré.

Aujourd’hui, la nation Fort McKay est elle-même fortement impliquée dans l’exploitation pétrolière. Elle n’est plus dépendante du gouvernement fédéral; ces dernières années, seulement 5 % des revenus de Fort McKay provenaient des transferts fédéraux. Le revenu moyen après impôts de ses résidants est même plus élevé que celui des autres Albertains, ce qui n’est pas rien ! Récemment, la communauté a acquis conjointement avec une autre nation une part majoritaire des infrastructures pétrolières sur son territoire, dont la valeur s’élève à un demi-milliard de dollars.

La réconciliation devra être économique

La réconciliation entre les Premières Nations et le reste du Canada est à l’ordre du jour depuis 2008, lors du lancement de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Cette réconciliation passe évidemment par une meilleure reconnaissance des droits des autochtones et l’amélioration des politiques publiques. 

Elle devra aussi être économique, et ne sera véritablement accomplie que lorsque les Premières Nations auront repris leur destin en main et se seront affranchies du cercle vicieux de la dépendance gouvernementale.

Pour cela, il faut que les membres des Premières Nations puissent travailler en échange de bons salaires et que leurs dirigeants aient accès à des sources de financement stables pour combler les besoins des communautés. Pour les Premières Nations situées loin des grands centres, la solution passe par le développement des ressources naturelles.

Malheureusement, de nombreux obstacles persistent, en dépit de la volonté des principaux intéressés. L’an dernier, le projet Northern Gateway a subi le couperet du gouvernement fédéral, qui a choisi de mettre fin aux consultations même si 31 Premières Nations et communautés Métis avaient négocié des emplois et des contrats, et obtenu des parts dans l’entreprise. Puis, cette année, un jugement de la Cour fédérale d’appel a mis en péril le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, malgré le fait que 43 nations avaient signé des ententes avec la société Kinder Morgan.

Ainsi, l’annulation récente de projets d’envergure prive des Premières Nations – et bien d’autres Canadiens – de retombées considérables, en plus d’être dommageable pour l’ensemble de l’économie canadienne : une étude a estimé qu’en 2018 seulement, la capacité insuffisante des pipelines canadiens privera les entreprises du secteur de l’énergie de près de 16 milliards en revenus, en raison du manque d’accès aux marchés internationaux. Pour reprendre un propos qui fait image : « C’est une école par jour, un hôpital par semaine. »

Bien sûr, dans une société libre, aucun groupe ne réussit à faire l’unanimité. Et il y aura toujours des tensions entre le développement et l’environnement. Il demeure que les autochtones veulent, comme tous les Canadiens, pouvoir améliorer leur niveau de vie et offrir un avenir meilleur à leurs enfants. L’exploitation des ressources naturelles a permis de transformer de nombreuses communautés, qui ont maintenant les moyens d’offrir des infrastructures et des services décents à leurs populations. On doit leur permettre de poursuivre dans cette direction.

Germain Belzile est chercheur associé senior à l'IEDM et l'auteur de « Les premiers entrepreneurs − Le développement des ressources naturelles et les Premières Nations ». Il signe ce texte à titre personnel.


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