Textes d'opinion

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octobre 9, 2008

9 octobre 2008

Rétablir la confiance

Le Journal de Montréal, p. 28

Lors du Forum économique mondial de Davos de janvier 2003, auquel j’avais été invité à participer comme conférencier, un des principaux thèmes de discussion portait sur le rétablissement de la confiance dans le monde des affaires. La crise actuelle des marchés financiers, qui est une crise de confiance au sein du secteur bancaire en général, remet cet enjeu à l’avant-scène.

La confiance est le plus important capital social, car elle permet de réduire significativement une multitude de coûts de transaction au sein d’une société. La confiance est aussi un capital privé, car une entreprise bénéficiera de la confiance de ses partenaires. Mais la confiance ainsi créée de façon privée se répercute positivement sur la confiance envers l’ensemble des entreprises.

Cet effet social est suffisamment important pour que les autorités publiques aient une responsabilité particulière de veiller au développement et au maintien de ce capital de confiance. Il est essentiel qu’une réglementation appropriée l’encadre et en favorise le développement. Les valeurs de probité seront d’autant plus présentes et partagées que la réglementation les favorisant sera efficace et rigoureuse.

Quatre problèmes à régler

Premièrement, la manipulation, voire la falsification, des informations transmises par les organisations, en particulier en matière de mesure des risques, est un premier facteur pernicieux de destruction du capital social.

Un deuxième problème vient des interventions politiques et de la complaisance des régulateurs dans les entreprises réglementées, le cas de Fannie May et de Freddie Mac étant le plus notoire. Un troisième vient des failles dans les mécanismes incitatifs au rendement qui trop souvent favorisent la prise inconsidérée de risques. Dans le contexte de la crise actuelle, ces trois facteurs occupent les premières loges. L’application rigoriste de la règle comptable d’évaluation des actifs à leur valeur marchande (mark-to-market), dans un contexte où la perte de confiance fait disparaître les marchés pertinents à cette évaluation, complète le tableau.

Pour sortir du marasme actuel, il faut assouplir la règle comptable mark-to-market pour tenir compte de la valeur des flux financiers générés par les actifs, par exemple les paiements hypothécaires.

Dans le contexte de peur actuel, tout aussi irrationnel que généralisé, le mark-to-market des hypothèques devient déconnecté de la valeur des remboursements que la très grande majorité (94%) des emprunteurs continue à faire. Il faut également favoriser des mécanismes incitatifs au rendement qui tiennent véritablement compte des risques encourus.

Il est finalement nécessaire de resserrer la divulgation d’information sur les risques et assurer l’indépendance des régulateurs et, pour ce faire, recourir davantage à des organismes de régulation privés à l’abri des interventions politiques.

Marcel Boyer est vice-président et économiste en chef de l'Institut économique de Montréal.

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