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Régime des rentes du Québec – Pour le bien-être des Québécois, il faut pouvoir se désaffilier

Des voix commencent à se lever contre le recours aux critères ESG (environnement, société et gouvernance) par les fonds de retraite auxquels les contribuables doivent absolument cotiser. Chez nos voisins du Sud, plusieurs États ont commencé à se questionner, voire à attaquer cette méthode de gestion.

La Presse estimait récemment que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) avait, en liquidant certains actifs pétroliers trop tôt, raté l’occasion d’engranger des centaines de millions de dollars. Cette histoire, et toute la saga de Celsius Network plus tôt cet été, amènent certains acteurs à poser plusieurs questions sur la gestion des finances de la Caisse, et sur certaines décisions de nature politique concernant ses investissements. Alors que la caisse a annoncé cette semaine avoir un rendement négatif de 7,9 % sur ses placements en 2022, il est légitime de remettre en question l’impact de ses décisions sur la retraite des Québécois.

Même si elle a historiquement eu des rendements acceptables, la CDPQ n’a pas la légitimité de prendre des décisions morales en ce qui a trait à la gestion de ses actifs au nom de tous les Québécois.

Que ce soit l’investissement ou le désinvestissement dans les énergies fossiles ou la décision d’investir ou non dans des entreprises satisfaisant des critères ESG, les décisions sont prises par le conseil d’administration composé de membres qui ont leurs propres valeurs et intérêts personnels et qui, bien que nommés par le gouvernement, en sont légalement indépendants et ne sont pas redevables à la population.

La cause du problème : le Régime de rentes du Québec

Les décisions prises par la CDPQ ne seraient pas problématiques si elles n’affectaient pas tous les Québécois. Or, la cotisation au Régime de rentes du Québec (RRQ) est obligatoire pour tous les travailleurs québécois. Toutes les personnes qui ont déjà eu un emploi dans la province possèdent donc des fonds sous sa gestion. L’existence du RRQ est justifiée par le fait que tous les Québécois ont présumément intérêt à payer un montant de cotisation chaque semaine, en échange d’un montant de pension qui sera bonifié à leur retraite.

Or ce n’est pas nécessairement le cas. En dehors des différentes considérations morales, il y a aussi plusieurs complications de nature financière et économique.

Cette façon de faire ne maximise pas le bien-être de tous. Certains Québécois peuvent avoir des situations personnelles que cette solution uniforme vient défavoriser. La façon de faire était peut-être appropriée lors de la fondation du RRQ en 1966, mais en 2022, dans un monde avec l’internet, l’information en continu et des plateformes de courtage en ligne, la pertinence d’une telle obligation est de moins en moins appropriée.

Certains pourraient avoir besoin des fonds pour payer des dettes ou démarrer une entreprise, d’autres peuvent entrevoir des opportunités d’investissements plus rentables que celles identifiées par la Caisse. Certains, avec une très bonne compréhension de la finance, peuvent penser pouvoir obtenir un meilleur rendement en s’occupant eux-mêmes de leur argent. La raison, au final, n’est pas très importante.

Tant que la personne se désaffiliant comprend qu’elle pourrait être pénalisée lors de sa retraite, ce n’est pas à la Caisse de dépôt de dicter à quelqu’un comment se préparer pour sa retraite. Nous n’avons pas le droit de nous opposer à des choix libres et éclairés.

Toutes ces personnes se retrouvent en fin de compte avec moins de bien-être à cause de la structure coercitive actuelle du Régime de rentes du Québec. La solution pour régler cette inefficacité, sans pour autant nuire au fonctionnement du RRQ et de la CDPQ pour la majorité qui se retrouve gagnante est simple : permettre aux Québécois de se désaffilier du RRQ.

Laissons les Québécois être maîtres de leurs finances

En donnant le libre choix aux Québécois de participer ou non au Régime de rentes du Québec, toutes ces inefficacités sont réglées. Les Québécois qui le désirent seraient libres de disposer de leur argent comme ils l’entendent, à leur risque et péril.

Les Québécois qui ne souhaitent pas supporter une industrie ou une entreprise particulière pourraient ainsi plus facilement se désengager, et épargner pour leur retraite dans des fonds qui correspondent à leurs valeurs.

Les décisions morales de la Caisse, et ses incidences négatives sur le rendement, ne doivent pas être imposées aux Québécois. Laissons-les faire leurs propres choix.

Olivier Rancourt is an Economist at the MEI. The views reflected in this opinion piece are his own.

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