Quotas de véhicules électriques: Non, faire confiance aux consommateurs ne coûte pas des milliards

Depuis quelques semaines, le lobby des véhicules électriques et ses acolytes prétendent que laisser les Québécois choisir eux-mêmes quel véhicule acheter leur coûterait des milliards de dollars.
Ce chiffre, le fruit d’un effort de comptabilité créative des fonctionnaires du ministère de l’Environnement, ne sert malheureusement qu’à évacuer le vrai débat, c’est-à-dire savoir si le gouvernement doit maintenir des quotas de vente de véhicules électriques si ceux-ci ne sont pas en adéquation avec les besoins des Québécois qui achètent lesdits véhicules.
Parce que les Québécois sont loin d’être aussi friands de véhicules électriques que l’aimeraient les fonctionnaires.
Coût élevé
Au premier trimestre de 2026, les véhicules électriques et leurs équivalents, au regard des quotas imposés par Québec, représenteraient 18,9 pour cent des nouvelles immatriculations dans la province, selon la comptabilité proposée.
C’est bien en deçà de la cible de 32,5 pour cent visée par Québec pour cette année, et même de celle de 26 pour cent proposée récemment par la ministre de l’Environnement, Pascale Déry. Et quand on prend la peine d’écouter ce que disent les Québécois, tout se comprend.
D’abord, il y a la question du coût.
Parce que oui, il y a un coût plus élevé. Les véhicules électriques coûtent encore aujourd’hui beaucoup plus cher à l’achat que les véhicules à essence. Et cet écart n’est pas près de se résorber.
À autonomie similaire – c’est-à-dire 640 kilomètres –, il faudra attendre 2047avant que les véhicules électriques aient des prix comparables à ceux des véhicules conventionnels, selon les projections du ministère de l’Environnement.
Ce n’est pas un détail qu’on peut balayer par idéologie. En fait, les sondages montrent que ce prix d’achat élevé demeure la principale source de réticence des Québécois à choisir un véhicule électrique.
Pas moins de 71 pour cent des Québécois citent le prix trop élevé comme principal frein à l’achat d’un tel véhicule, selon un récent sondage Ipsos réalisé pour l’IEDM.
Autonomie limitée
Mais le prix n’est pas le seul aspect. Les Québécois citent aussi l’autonomie limitée (61 pour cent), le manque d’infrastructure de recharge (49 pour cent) et une panoplie d’autres motifs pour rester avec les véhicules conventionnels.
Et c’est un peu ce que l’argument du ministère de l’Environnement et de ses fonctionnaires omet : le prix n’est pas le seul facteur qui guide le choix. Ultimement, lorsqu’on choisit un véhicule, on regarde une panoplie de critères, que l’on pèse les uns contre les autres en fonction du poids qu’on leur accorde, et on prend une décision d’achat en fonction de cela.
C’est pour cette raison que, même si les coûts peuvent être plus élevés, on ne fait pas tous notre épicerie chez Liquidation Marie, ou alors on n’achète pas exclusivement du Cola Cott ou de la Labatt 50.
Pourtant, si l’on pousse le raisonnement comptable du ministère de l’Environnement dans ces enjeux, on pourrait également dire que les consommateurs québécois paieront des « milliards de dollars en trop » parce qu’ils ne se limitent pas à ces choix peu coûteux.
Et tout comme on reconnaît que les consommateurs savent mieux où faire leurs emplettes et quel produit de consommation convient le mieux à leurs goûts et à leurs besoins, le gouvernement devrait réapprendre à faire confiance aux Québécois et Québécoises lorsqu’ils achètent un véhicule.
Gabriel Giguère is a Senior Policy Analyst at the MEI. The views reflected in this opinion piece are his own.