Le monde a encore besoin de pétrole et de gaz

La demande de pétrole et de gaz naturel augmentera d’ici 2050.
C’est le pronostic qu’avance le nouveau rapport international sur l’énergie de la réputée Agence internationale de l’énergie (AIE), dans le scénario des politiques actuelles. Ce scénario a l’avantage de se baser sur les mesures en place, plutôt que sur un espoir de changement qui n’est pas ancré dans le réel.
Pourtant, année après année, la fin des hydrocarbures a été annoncée. Or, les données nous disent autre chose.
Selon ce scénario, la demande mondiale de gaz naturel devrait exploser d’ici 2050, affichant une hausse de 30 % par rapport au niveau de 2024. Nous sommes loin d’un plafonnement dans quelques années seulement.
Quant au pétrole, la demande devrait continuer de croître au moins jusqu’en 2050, soit pour les 25 prochaines années. Le scénario de début de la décroissance de la consommation du pétrole d’ici cinq ans est donc irréaliste.
Bien que la tendance de la consommation soit à la baisse dans les économies avancées, les pays émergents compenseront largement cette baisse en consommant davantage la ressource d’ici 2050.
Cette augmentation n’a rien de surprenant, car les habitants de ces pays souhaitent améliorer leur niveau de vie. Et qui dit niveau de vie plus élevé dit plus forts besoins en énergie, tel que le démontre la relation forte entre le PIB par habitant, c’est-à-dire le niveau de vie, et la consommation d’énergie par individu.
En ce sens, les hydrocarbures ne sont donc pas près de disparaître, et leur consommation devrait augmenter pour au moins les 25 prochaines années.
Le choix du Québec
Que faire de ce constat? Si nous faisons collectivement preuve d’inaction au Québec, nous laisserons des pays comme la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite ou encore le Venezuela profiter de cette occasion.
Ce seraient alors ces pays qui profiteraient de cette occasion d’affaires extrêmement lucrative, capable d’offrir à leur population de très bons salaires et de créer de la richesse.
Pourtant, tout indique que les travailleurs québécois ne pourront pas en profiter et ainsi prospérer. En effet, en avril 2022, le gouvernement de François Legault a adopté un projet de loi interdisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures au Québec.
Cette loi a supprimé toute possibilité de répondre à cette demande, le gouvernement croyant pouvoir prédire l’avenir avec sa boule de cristal. D’ailleurs, l’année suivante, il annonçait ce qui s’est avéré être l’échec Northvolt.
Mais l’objectif de cette loi d’avril 2022 était de verrouiller la possibilité d’exploiter notre gaz naturel, dont la réserve récupérable équivalait, à l’époque, à une hausse potentielle du PIB de près de 100 milliards de dollars.
À cette création de richesse s’ajouterait le remplacement du charbon par le gaz naturel, qui n’émet que 50 % des émissions du charbon. Une étude de la Banque Nationale a indiqué à cet effet que remplacer l’usage du charbon en Inde par le gaz naturel canadien permettrait de réduire massivement les émissions mondiales. L’étude précise que, de façon cumulée en quelques années seulement, les émissions seraient réduites de l’équivalent de 3,5 années d’émissions du Canada, à son niveau de 2021.
Devant l’erreur historique du gouvernement du Québec – celle d’interdire l’enrichissement collectif par l’exploitation de nos ressources –, les dernières données du rapport de l’AIE devraient amener le gouvernement à revoir sa position.
Le Québec a la possibilité de changer de trajectoire énergétique. Miser sur l’exploitation de nos ressources naturelles, sans sanctifier le renouvelable ni diaboliser les hydrocarbures, permettrait un enrichissement réel du Québec. Ce sont des emplois de qualité, avec un salaire moyen au Canada de plus de 150 000 $ par année, qui pourraient être créés dans la vallée du Saint-Laurent.
Et nous savons que plusieurs alliés, notamment européens, souhaitent être approvisionnés par le Canada, et le Québec pourrait répondre présent.
Il faut repenser toute la chaîne d’approvisionnement et attirer des investissements privés majeurs pour la construction d’un terminal de liquéfaction qui permettrait d’exporter le gaz naturel. Ne refaisons pas les mêmes erreurs évitables qu’avec GNL Québec. Nous devons aussi écouter la population québécoise, qui a clairement démontré son ouverture à la construction d’un projet équivalent.
Pourquoi le Québec resterait-il sur les lignes de côté, alors qu’il a tout le potentiel pour être un joueur étoile? Le Québec n’a aucun impact sur la demande de gaz naturel, mais il peut jouer un rôle réel dans l’offre de cette ressource.
La fin des hydrocarbures n’a pas sonné, mais il est temps de mettre fin aux mauvaises politiques énergétiques au Québec.
Gabriel Giguère is a Senior Policy Analyst at the MEI. The views reflected in this opinion piece are his own.