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La gestion de la santé ne doit pas être binaire

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Cela fait maintenant des décennies que le système de santé québécois se détériore.

Le temps d’attente médian aux urgences, par exemple, a grimpé d’une heure en cinq ans. Et près de 644 000 Québécois attendent toujours d’avoir un accès fiable à la première ligne, comme un médecin de famille.

Nous n’avons pas de quoi être fier de ce système qui craque de partout et qui ne parvient pas à subvenir aux besoins grandissants de la population.

Pourtant, certains se braquent et insistent pour que nous poursuivions sur la voie d’un système entièrement public, pensant que si nous continuons d’insister, un jour, nous obtiendrons des résultats différents.

Pour ces mêmes personnes, le privé en santé est l’équivalent du bonhomme Sept-Heures. Le problème avec cette façon de penser est que pour eux, l’enjeu est noir ou blanc. Pour eux, un médecin qui travaille dans le secteur privé est un médecin de moins dans le secteur public.

Bien le Québec compte le plus grand nombre de médecins indépendants au pays, ceux-ci ne représentent que 3,5 pour cent des 22 837 médecins actifs au Québec.

Ces médecins non participants ne travaillent pas dans un McDonald’s. Ils soignent des patients, tout comme leurs homologues du réseau public.

L’idée que chaque médecin qui travaille au privé est un médecin de moins pour soigner les patients québécois témoigne d’une perception erronée du rôle que joue et pourrait jouer la médecine indépendante pour améliorer l’accès aux soins de santé pour la population.

En effet, les pays ayant les systèmes de santé les plus performants du monde utilisent une approche hybride où le public et le privé collaborent pour améliorer l’accès aux soins.

Dans la grande majorité de ces pays, les médecins peuvent exercer la médecine simultanément dans les deux réseaux.

Pour beaucoup de patients, le réseau privé est leur dernier recours. Éliminer ce genre de soupape de sécurité, tant pour les patients que pour les médecins désaffiliés, ne renforcera pas le système de santé public. Au contraire, il l’affaiblira.

Par exemple, un médecin peut exercer dans un hôpital du réseau public à temps plein, et ensuite offrir quelques heures de consultation supplémentaires en soirée dans une clinique privée.

Des études ont démontré que les médecins en pratique mixte ne passaient pas moins de temps avec leurs patients du réseau public, comparativement à leurs homologues travaillant uniquement dans le réseau public.

Malheureusement, la pratique mixte n’est pas autorisée au Québec, même si elle n’est pas proscrite selon la Loi canadienne sur la santé. En effet, les médecins québécois ne peuvent exercer que dans un seul réseau à la fois, ce qui contribue au mythe qu’un médecin au privé est un médecin enlevé au public.

Une autre erreur derrière ce mythe est l’idée que l’interdiction de la médecine privée provoquerait automatiquement le retour de ces médecins au public.

La réalité est que, dans plusieurs cas, le réseau privé peut agir comme un filet de sécurité qui nous permet de conserver des médecins.

En effet, plusieurs médecins en fin de carrière se trouvent dans ces cliniques lorsqu’ils ne peuvent plus maintenir le rythme demandé par le public. Ils ont toujours ce désir d’exercer la médecine et de venir en aide aux patients, mais le manque de flexibilité et la lourde bureaucratie du réseau public ne sont plus soutenables pour eux.

Opter pour une pratique à temps partiel dans une clinique privée leur permet donc de continuer à un rythme qui leur convient, ce qui permet donc aux Québécois d’avoir accès à un plus grand nombre de médecins. Sans cette possibilité, ces médecins ne retourneraient pas dans le réseau public; ils prendraient tout simplement leur retraite.

Au Québec, la population est couverte par un régime d’assurance maladie universel. Personne n’a envie de payer pour un service si la même chose est offerte gratuitement ailleurs. S’il y a de la demande pour la médecine indépendante, c’est parce que le secteur public n’arrive pas à combler les besoins.

Les gens qui se tournent vers les cliniques privées le font souvent en raison des délais d’attente trop élevés dans le secteur public ou car leurs cas sont trop lourds et complexes pour que les médecins du public acceptent de les traiter.

Essentiellement, pour beaucoup de patients, le réseau privé est leur dernier recours.

Éliminer ce genre de soupape de sécurité, tant pour les patients que pour les médecins désaffiliés, ne renforcera pas le système de santé public. Au contraire, il l’affaiblira.

Emmanuelle B. Faubert is an Economist with the MEI and the author of “Too Many Canadians Are Leaving Emergency Rooms Untreated.” The views reflected in this opinion piece are her own.

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