Gaz naturel liquéfié: le Québec bénéficie d’un atout majeur pour approvisionner l’Europe

Les débats qui entourent l’énergie sont souvent polarisants au Québec.
Pourtant, la réalité est difficile à ignorer. La demande de gaz naturel continue d’augmenter. Elle devrait croître de 30 % d’ici 2050 en fonction des politiques actuelles, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Alors que le Québec bénéficie d’avantages indéniables pour l’exporter, il serait mal avisé de passer à côté d’une telle occasion.
Avantage stratégique
Au cours des dernières années, le continent européen a tenté tant bien que mal de se sevrer de sa dépendance au gaz naturel russe. Parmi les bénéficiaires de cet effort, on trouve les producteurs norvégiens, qui ont vu leurs parts de marché croître pour atteindre un tiers des importations européennes de gaz.
Or, les gisements norvégiens arrivent à maturité et le ministère responsable s’attend à ce que la production d’hydrocarbures du pays diminue de 28 % d’ici 2035 et de 64 % d’ici 2050.
L’Europe devra donc remplacer une partie importante de ses sources d’approvisionnement au cours des prochaines décennies. Il est donc très clair que le contexte actuel crée une occasion pour les nouveaux partenaires, et le Québec en est un fiable.
En raison de sa situation géographique, le Québec dispose d’un avantage stratégique et logistique pour fournir l’Europe en gaz naturel liquéfié, le port de Baie-Comeau étant plusieurs milliers de milles nautiques plus près de ces marchés que ne le sont ses principaux concurrents.
À titre d’exemple, un navire chargé de gaz naturel liquéfié quittant le port de Baie-Comeau en direction du terminal de Dunkerque, en France, prendra environ huit jours pour arriver à destination, avec une vitesse moyenne de 15 nœuds.
Le même trajet, selon les mêmes paramètres, nécessite près de 14 jours depuis le port de Corpus Christi, dans le golfe du Mexique, et plus de 17 jours depuis celui de Doha, au Qatar. On parle donc d’un gain pouvant aller jusqu’à 9 jours de moins de navigation. Et qui dit trajet plus court, dit également coûts moins élevés.
Sécurité énergétique
Dans un contexte où la sécurité énergétique est un enjeu central, notre avantage géographique est loin d’être marginal.
Il importe également de noter que les Québécois sont ouverts à ce type de projets. Un récent sondage Ipsos mené pour le compte de l’IEDM montre que 67 % des Québécois appuient le projet.
Maintenant, le véritable enjeu au Québec n’est donc pas de savoir si un projet tel Marinvest a du mérite, mais plutôt comment faire en sorte que le processus d’évaluation ne nous fasse pas manquer le bateau.
L’expérience de GNL Québec a mis en lumière les limites d’un processus d’évaluation beaucoup trop long et imprévisible, qui peut s’étirer sur plusieurs années sans offrir de réponse claire.
Ce type d’incertitude décourage les investisseurs, empêche les décisions rapides de se prendre et prive le Québec d’une occasion économique importante.
C’est précisément ce que vise à corriger le projet de loi Q-5. Traiter un grand projet d’usine de gaz naturel liquéfié – tel que Marinvest – comme un projet d’importance nationale signifie offrir un cadre clair, rigoureux et prévisible, permettant aux investisseurs d’obtenir rapidement une réponse claire, selon des critères précis.
Le Québec a donc un choix à faire. Soit il continue de s’exclure des grandes décisions énergétiques prises ailleurs, soit il accepte de jouer un rôle de premier plan dans un monde où le gaz naturel restera présent encore longtemps.
Gabriel Giguère is a Senior Policy Analyst at the MEI and the author of “A Liquefied Natural Gas Plant: A Priority Project for Quebec.” The views reflected in this opinion piece are his own.