Usine de gaz naturel liquéfié: un projet prioritaire pour le Québec

Note économique expliquant pourquoi les avantages géographiques et stratégiques du Québec en font un fournisseur de choix pour la livraison de gaz naturel liquéfié directement en Europe
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Entrevue avec Gabriel Giguère (On en jase, BLVD 102,1, 5 février 2026) Entrevue avec Gabriel Giguère (Bonjour la Côte, ICI Radio-Canada, 6 février 2026) |
Cette Note économique a été préparée par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Énergie de l’IEDM vise à examiner l’impact économique du développement des diverses sources d’énergie et à réfuter les mythes et les propositions irréalistes qui concernent ce champ d’activité important.
La demande mondiale de gaz naturel devrait rester vigoureuse au cours des prochaines décennies. Selon le scénario des politiques actuelles de l’Agence internationale de l’énergie, elle devrait croître de 30 % d’ici 2050(1). À cela s’ajoute une reconfiguration à venir des approvisionnements en gaz, notamment en Europe. Il s’agit là d’une opportunité d’affaires pour le Québec, qui pourrait se positionner favorablement comme fournisseur de gaz naturel liquéfié pour le Vieux Continent, étant donné sa proximité géographique. Cependant, pour ce faire, un changement de vision énergétique s’impose dans le débat politique québécois.
Fournir du gaz naturel à l’Europe
Les approvisionnements européens en gaz naturel connaissent actuellement d’importants changements, qui devraient se poursuivre. En 2024, la Norvège comptait pour 33 % des importations de gaz naturel de l’Union européenne, contre 24 % en 2021(2). La part du gaz naturel norvégien dans les importations européennes pourrait encore augmenter avec l’interdiction des importations de gaz russe, qui entrera progressivement en vigueur en 2026(3).
Cependant, la production d’hydrocarbures – et donc de gaz naturel – du pays devrait baisser fortement dès 2030 (voir la Figure 1). Cela s’explique notamment par la diminution des réserves découvertes. Ainsi, la production d’hydrocarbures en Norvège devrait reculer de 28 % d’ici 2035 et de 64 % d’ici 2050, par rapport au niveau de production de 2024, selon le scénario de base. Un autre scénario prévoit même une contraction pouvant atteindre 48 % dès 2035, ce qui souligne la nécessité de remplacer ces approvisionnements(4).

Cela crée naturellement une occasion d’affaires pour un projet d’usine de gaz naturel liquéfié au Québec, puisque cette baisse progressive de la production norvégienne de gaz naturel devrait entraîner une diminution des exportations. Les pays européens se retrouveront ainsi dans l’obligation de s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs.
La construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel par des investisseurs privés au Québec permettrait de remplacer une partie de ces approvisionnements. À titre d’exemple, le projet GNL Québec(5) proposé il y a une décennie aurait eu une capacité maximale de production quotidienne de gaz naturel liquéfié de 46 millions de mètres cubes. Si elle avait été exportée au prix de la ressource en 2024(6), cette production aurait rapporté un peu plus de 1,7 milliard de dollars par année.
La production d’hydrocarbures en Norvège devrait reculer de 28 % d’ici 2035 et de 64 % d’ici 2050, par rapport au niveau de production de 2024.
Une usine de cette capacité aurait pu fournir 6,2 % des importations européennes totales en 2024(7). Même si cela ne représente qu’une fraction des approvisionnements norvégiens actuels en Europe, il s’agit néanmoins d’échanges gagnant-gagnant qui permettrait d’enrichir le Québec et le Canada grâce à de nouveaux débouchés pour nos réserves de gaz naturel et de répondre à une partie de la demande européenne appelée à être de moins en moins satisfaite par la Norvège.
L’avantage géographique du Québec
La position géographique du Québec en fait un fournisseur de choix pour la livraison de gaz naturel liquéfié directement en Europe. En effet, la distance nautique entre le port de Baie-Comeau, site crédible actuellement à l’étude à cette fin, et plusieurs grands ports européens d’importation de gaz naturel liquéfié est relativement courte(8). Les ports européens à forte capacité retenus sont Dunkerque en France, le terminal Gate à Rotterdam aux Pays-Bas et Barcelone en Espagne.
La distance entre Baie-Comeau et ces trois ports varie ainsi entre 2876 et 3375 milles nautiques(9) (voir le Tableau 1). Ces distances de livraison sont particulièrement avantageuses par rapport à la concurrence internationale. En comparaison, autant les États-Unis, où la vaste majorité des terminaux d’exportation existants et projetés sont situés dans le golfe du Mexique, que le Qatar au Moyen-Orient sont plus éloignés de ces trois ports européens qu’une usine hypothétique située à Baie-Comeau.

Du côté des États-Unis, la distance entre le port de Corpus Christi – l’un des plus importants terminaux en service dans le golfe du Mexique – et les trois destinations européennes susmentionnées varie entre 5017 et 5342 milles nautiques. Un navire qui s’approvisionne en gaz naturel liquéfié à Corpus Christi aurait ainsi à parcourir une distance entre 58 % et 74 % plus longue que s’il partait de Baie-Comeau.
Le Qatar constitue également l’un des grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié aujourd’hui. Or, ce pays est encore plus loin des ports européens comme Dunkerque et Rotterdam, situés respectivement à 6244 et 6343 milles nautiques. Ils sont donc plus de deux fois plus loin du Qatar que de Baie-Comeau.
Une usine de cette capacité aurait pu fournir 6,2 % des importations européennes totales en 2024.
Ces distances se répercutent directement sur les coûts de transport. En effet, le prix du gaz naturel liquéfié livré dépend notamment des coûts d’affrètement des méthaniers et des dépenses de carburant, lesquels augmentent avec la distance maritime à parcourir(10). Cela conférerait à un projet implanté à Baie-Comeau un avantage compétitif par rapport à d’autres usines, puisque les livraisons y seraient plus rapides et moins dispendieuses.
Au-delà de cet avantage géographique, le fait de pouvoir compter sur un partenaire fiable revêt également une importance stratégique. Plusieurs dirigeants politiques européens ont d’ailleurs manifesté leur intérêt à s’approvisionner en gaz naturel auprès du Canada(11). Un approvisionnement en provenance d’une usine de liquéfaction située à Baie-Comeau permettrait ainsi d’éviter une dépendance accrue aux approvisionnements américains, dont la part augmente actuellement en Europe faute d’alternative canadienne.
Revoir la politique québécoise anti-hydrocarbures
Afin de pouvoir assumer pleinement ce rôle de partenaire, il sera nécessaire que le gouvernement du Québec revoie son approche en matière de politique énergétique. Cela permettrait d’éviter de répéter les erreurs du passé en matière de projets d’usines de gaz naturel liquéfié.
Le Québec a actuellement en place un cadre réglementaire défavorable à l’installation d’usines de gaz naturel sur son territoire. L’évaluation environnementale d’un grand projet se conclut par la décision du ministre d’accepter ou de refuser celui-ci en fonction de deux rapports, dont celui du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE)(12).
La position géographique du Québec en fait un fournisseur de choix pour la livraison de gaz naturel liquéfié directement en Europe.
C’est dans ce contexte que le gouvernement du Québec a rejeté le projet GNL Québec au Saguenay–Lac-Saint-Jean en 2021(13). La consultation publique du BAPE pour ce projet a été fortement influencée par des militants environnementalistes et le gouvernement a conclu que le projet ne bénéficiait pas d’une « acceptabilité sociale » suffisante. Ce concept demeure particulièrement flou et non quantifiable, même selon le gouvernement du Québec lui-même(14), ce qui en limite la rigueur lorsqu’il est invoqué afin de refuser un projet.
Toutefois, en décembre 2025, le ministre des Finances a déposé le projet de loi Q-5, ce qui pourrait modifier les perspectives d’avenir de ces initiatives. Ce projet de loi vise à accélérer le processus d’évaluation environnementale pour certains projets désignés comme prioritaires(15). Il s’inspire du projet de loi fédéral C-5 adopté en juin 2025, qui ouvre la porte à une voie rapide d’évaluation environnementale pour certains projets jugés prioritaires par le gouvernement fédéral(16). Une fois le projet de loi Q-5 adopté, il serait alors possible de contourner certains écueils comme ceux sur lesquels le précédent projet GNL Québec s’est échoué.
Cela conférerait à un projet implanté à Baie-Comeau un avantage compétitif, puisque les livraisons y seraient plus rapides et moins dispendieuses.
Malgré cette avancée, le gouvernement du Québec devrait entreprendre une réforme en profondeur du processus d’évaluation environnementale, tout comme le gouvernement fédéral. En effet, une approche rapide par défaut, plutôt que par exception, serait préférable, puisqu’elle éviterait d’avoir à prendre des décisions arbitraires quant à l’avancement des projets(17).
Conclusion
Le gaz naturel continuera d’être utilisé pendant des décennies, bien au-delà de 2050. Le Québec a la capacité de jouer un rôle dans l’approvisionnement de l’Europe et d’autres régions du monde, grâce à des avantages géographiques et stratégiques indéniables. Cela ne sera toutefois possible que si le gouvernement du Québec cesse de freiner ce potentiel. Pour ce faire, il doit adopter rapidement le projet de loi Q-5 et se prévaloir des pouvoirs qui en découleraient pour reconnaître les projets de gaz naturel liquéfié comme des projets d’intérêt national.
De son côté, le gouvernement fédéral devra s’inscrire dans la même logique, afin d’assurer une harmonisation des évaluations environnementales. Bien que à terme, les deux niveaux de gouvernements devraient privilégier des processus d’approbation rapide par défaut, cette approche de « projets prioritaires » faciliterait au moins la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié dans un avenir rapproché, contribuant ainsi à la prospérité du Québec et du Canada dans son ensemble.
Références
- Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2025, novembre 2025, p. 161.
- Calculs de l’auteur. Conseil de l’Union européenne, D’où provient le gaz de l’UE?, 13 novembre 2025.
- Parlement européen, « Suppression progressive des importations de gaz russe par l’UE », Communiqué de presse, 17 décembre 2025.
- Calculs de l’auteur. Norwegian Offshore Directorate, Resource Report 2024, Chapitre 4 : Three Potential Scenarios, 21 août 2024.
- GNL Québec, Projet Énergie Saguenay : Complexe de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay – Description du projet, novembre 2015.
- Gabriel Giguère, « Diversifions nos exportations par la construction d’infrastructures énergétiques au Québec », Point, IEDM, 20 mars 2025.
- Calculs de l’auteur. Idem; Conseil de l’Union européenne, op. cit., note 2.
- The Canadian Press, « Quebec natural gas pipeline could export ‘substantial volumes’ to Europe, officials say », CBC, 2 octobre 2025.
- Calculs de l’auteur. Internation Group of Liquefied Natural Gas Importers (GIIGNL), The LNG Industry – GIGGNL Annual Report, 2025, p. 59-61; Sea-Distances.org, consulté le 6 janvier 2026.
- Don Maxwell et Zhen Zhu, « Natural gas prices, LNG transport costs, and the dynamics of LNG imports », Energy Economics, vol. 33, 2011, p. 220.
- Canada Action, « 14 Times Countries Said They Want Canadian-Made Liquefied Natural Gas (LNG) Since 2022 », 28 novembre 2025.
- Malgré la modification de la procédure, le dépôt de deux rapports demeure inchangé : celui du ministère de l’Environnement et celui issu de la consultation publique du BAPE. Voir : Gouvernement du Québec, Schéma comparatif – procédure actuelle et nouvelle procédure, ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, 8 décembre 2025.
- Vincent Larin, « Québec rejette officiellement le projet de GNL Québec », Le Journal de Montréal, 21 juillet 2021.
- Gouvernement du Québec, Acceptabilité sociale, 16 octobre 2025.
- Assemblée nationale du Québec, Projet de loi n° 5, Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, consultée le 6 janvier 2026.
- Parlement du Canada, Projet de loi C-5 – Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada, sanctionné le 26 juin 2025.
- Krystle Wittevrongel et Gabriel Giguère, « Le Canada mérite un processus d’approbation des projets qui soit rapide par défaut », Point, IEDM, juillet 2025.


