Subventions aux entreprises: l’Ontario dépense plus que le Québec

Point montrant qu’au lieu d’essayer de microgérer l’économie, les gouvernements devraient instaurer des conditions équitables et réduire la charge fiscale pour l’ensemble des entreprises
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| Entrevue avec Vincent Geloso (Ouellet en direct, CHOI-FM, 30 septembre 2025) |
Ce Point a été préparé par Samantha Dagres, gestionnaire, Communications à l’IEDM. La Collection Fiscalité de l’IEDM vise à mettre en lumière les politiques fiscales des gouvernements et à analyser leurs effets sur la croissance économique et le niveau de vie des citoyens.
Suivant la tendance nationale, la croissance économique de l’Ontario a stagné ces dernières années. Entre 2018 et 2023, la croissance du PIB par habitant de la province, ajustée pour tenir compte de l’inflation, a été nulle(1). La croissance du PIB réel n’a été que de 1,5 % en 2024, et le dernier budget prévoit un ralentissement à 0,8 % en 2025(2). Si l’on ajoute à cela les effets négatifs de la guerre commerciale avec les États-Unis, il est évident que le gouvernement devrait passer à l’action, non seulement pour mettre fin à la stagnation, mais aussi pour permettre à l’Ontario de renouer avec une croissance économique durable.
Pourtant, au lieu de créer un environnement fiscal plus concurrentiel propice à l’investissement, le gouvernement de l’Ontario a largement misé sur les subventions aux entreprises et les crédits d’impôt, une stratégie longtemps privilégiée au Québec. Autrefois champion incontesté des subventions, le Québec a été dépassé par l’Ontario ces dernières années en ce qui concerne les dépenses totales engagées à ce titre.
Une meilleure façon d’attirer les investissements et de stimuler la croissance économique consiste à réduire la charge fiscale des entreprises en éliminant progressivement les subventions, en abaissant l’impôt sur les sociétés et en instaurant une véritable neutralité fiscale pour tous.
L’Ontario détrône le Québec
Pendant des années, le Québec a dominé les autres provinces en matière de subventions aux entreprises. En 2013, le gouvernement québécois a versé 4,3 milliards de dollars en subventions, dépassant largement les 2,9 milliards de dollars octroyés par l’Ontario(3). En fait, jusqu’en 2017, le Québec a systématiquement remporté la palme en matière de subventions.
Mais en 2017-2018, le soutien aux entreprises en Ontario a bondi de près de 90 %. Alors que le Québec a dépensé 4,8 milliards de dollars au cours de cet exercice financier, l’Ontario a déboursé 6,4 milliards de dollars. Depuis, l’Ontario surpasse largement le Québec d’année en année (voir la Figure 1). Depuis 2017, les subventions ont augmenté de 182 % en Ontario, contre 70 % au Québec.

Cette politique industrielle survoltée a débuté sous le gouvernement libéral de Kathleen Wynne(4), qui a choisi de multiplier les subventions aux entreprises alors même qu’un rapport de 2015 du Vérificateur général soulignait que le gouvernement n’était pas en mesure de démontrer si ces dépenses avaient permis de maintenir ou de créer des emplois(5). Malgré les critiques des progressistes-conservateurs, qui qualifiaient cette politique de « capitalisme de connivence dans toute sa splendeur »(6), le soutien massif aux entreprises s’est poursuivi sous Doug Ford.
Le secteur automobile a été l’un des principaux bénéficiaires de la générosité de l’Ontario. En 2019, par exemple, le gouvernement Ford a annoncé des subventions de 40 millions de dollars à ce secteur(7). En 2022, il a accordé 259 millions de dollars à General Motors pour l’aider à moderniser ses installations(8). Puis, en 2023, il a octroyé une aide à la production de 5,4 milliards de dollars à Stellantis-LGES pour son usine de batteries pour véhicules électriques à Windsor(9). L’année dernière, il s’est engagé à verser 2,5 milliards de dollars à Honda afin de soutenir ses usines de véhicules électriques et de batteries(10). Pour couronner le tout, l’Ontario offre des crédits d’impôt et du financement de la recherche et du développement au secteur(11).
Un autre vecteur important des largesses du gouvernement ontarien est la forte augmentation des subventions en faveur de l’électricité. En 2017, le Plan pour des frais d’électricité équitables a été lancé dans le but de réduire de 25 % les coûts d’électricité pour les contribuables, y compris pour plus de 500 000 petites entreprises et exploitations agricoles(12). En 2021, le Programme de transfert des coûts de l’énergie renouvelable, d’un montant de 38,6 milliards de dollars, a accordé pour la première fois d’importantes subventions énergétiques aux grands utilisateurs commerciaux et industriels, réduisant leurs factures respectives de 16 % et 14 % en moyenne(13).
Un environnement fiscal concurrentiel
Plutôt que de microgérer l’économie, le gouvernement ontarien devrait instaurer des conditions équitables en réduisant la charge fiscale pour l’ensemble des entreprises. En éliminant les subventions aux entreprises, il pourrait abaisser les taux d’imposition sur les sociétés, permettant aux entreprises de conserver une plus grande part de leurs bénéfices. Ces ressources pourraient ensuite être réinvesties dans l’innovation, l’expansion et la création d’emploi. Un tel environnement rendrait la province plus attrayante pour les investisseurs, ce qui favoriserait la croissance sans nuire aux recettes publiques.
Le taux provincial d’imposition des sociétés en Ontario est actuellement de 11,5 %(14). Combiné au taux fédéral de 15 %, le taux d’imposition total pour les grandes entreprises s’élève à 26,5 %. D’autre part, ces dernières années, l’Ontario a dépensé en moyenne 9 milliards de dollars par année en subventions aux entreprises. En éliminant ces subventions, l’Ontario pourrait procéder à un allègement fiscal général, réduisant son taux d’imposition des sociétés de 4,5 points de pourcentage, le faisant passer de 11,5 % à 7 %(15).
Une telle mesure placerait l’Ontario au premier rang des provinces pour ce qui est du taux d’imposition des sociétés, inférieur au taux de 8 % de l’Alberta, qui est actuellement le plus bas(16). Un taux d’imposition combiné fédéral-provincial de 22 % se situerait également à peine au-dessus du minimum fédéral américain de 21 %(17), ce qui ferait de l’Ontario l’un des territoires fiscaux les plus concurrentiels en Amérique du Nord.
En résumé, l’Ontario gagnerait à ne pas copier la stratégie du Québec en matière de subventions. Au lieu d’essayer d’attirer les investissements commerciaux et de stimuler la croissance à coups de subventions, la neutralité fiscale et la réduction des taux d’imposition pourraient faire de la province l’un des meilleurs endroits où faire des affaires en Amérique du Nord.
Références
- Calculs de l’auteure. Statistique Canada, Tableau 36-10-0222-01 : Produit intérieur brut, en termes de dépenses, provinciaux et territoriaux, annuel (x 1 000 000), 7 novembre 2024.
- Ministre des Finances de l’Ontario, Budget de l’Ontario 2025 : Un Plan pour protéger l’Ontario, 15 mai 2025, p. 133.
- Statistique Canada, Tableau 10-10-0147-01 : Statistiques de finances publiques canadiennes (SFPC), situation des opérations et bilan pour les administrations publiques consolidées (x 1 000 000), 22 novembre 2024.
- Charlie Gillis, « How Kathleen Wynne Has Ontario Going Backwards », Maclean’s, 23 juin 2016.
- Mike Crawley, « Auditor general blasts more than $1B in grants to businesses », CBC News, 5 décembre 2015.
- Idem.
- The Canadian Press, « Doug Ford announces $40M for Ontario auto sector plan », CBC News, 14 février 2019.
- Emma Jarratt, « Ontario, federal governments confirm $518 million in support for GM Canada’s $2.3-billion factory retooling », Electric Autonomy Canada, 4 avril 2022.
- Jill Giswold, « Bilan de l’aide gouvernementale à l’investissement dans les VE au Canada », Bureau du directeur parlementaire du budget, 18 juin 2024.
- Idem.
- Ministre des Finances de l’Ontario, op. cit., note 2, p. 28 et 32.
- Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, « Plan pour des frais d’électricité équitables : Analyse des retombées financières du Plan ontarien pour des frais d’électricité équitables », printemps 2017, p. 1.
- Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, « Les programmes de subvention en matière d’énergie et d’électricité de l’Ontario : Coûts, changements récents et impacts sur les factures d’électricité », février 2022, p. 11 et 16.
- Gouvernement du Canada, Impôts, Impôt sur le revenu, Impôt sur le revenu des sociétés, Sociétés, Taux d’imposition des sociétés, 30 mai 2025.
- Idem. Calculs de l’auteure.
- William Chong, « 2024 Corporate Tax Rates and Small Business Tax Rates in Canada », Tax Tips (WTCCA), 7 août 2025.
- Congress.gov, « Trends and Proposals for Corporate Tax Revenue », consultée le 18 août 2025.


