Publications

Quand on se compare, on se désole: le prix à la pompe au Québec

Point montrant que le gouvernement du Québec devrait utiliser les surplus du Fonds vert 2.0 pour financer une baisse de la taxe sur l’essence afin de réduire l’écart du prix avec le reste du Canada

En lien avec cette publication

Les surplus du Fonds vert pourraient réduire le prix de l’essence, selon l’IEDM (Le Journal de Montréal, 13 novembre 2025)

Reduce gas price in Quebec using carbon tax revenue: think tank (CityNews Montreal, 13 novembre 2025)

Gas price gap between Quebec and the rest of Canada is widening after carbon tax cut (CTV News Montreal, 14 novembre 2025)

Entrevue avec Gabriel Giguère (La commission, 98,5 FM, 13 novembre 2025)

 

Ce Point a été préparé par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Fiscalité de l’IEDM vise à mettre en lumière les politiques fiscales des gouvernements et à analyser leurs effets sur la croissance économique et le niveau de vie des citoyens.

Le gouvernement du Québec a déposé au début du mois de novembre son projet de loi 7 visant principalement à améliorer l’efficacité de l’État(1). Ce projet de loi lui donne également plus de latitude pour réduire la taxe provinciale sur l’essence(2) afin de donner un répit aux consommateurs dans un contexte de hausse du coût de la vie(3). Une telle mesure permettrait de réduire l’écart important entre le prix à la pompe au Québec et dans le reste du Canada.

Comparaison du prix à la pompe

Le gouvernement fédéral a fait le choix, dans son budget 2025, d’abolir la taxe sur les combustibles – après l’avoir suspendu en avril – pour s’attaquer à la hausse du coût de la vie(4). Cette abolition ne s’applique pas au Québec, qui détient son propre système de tarification du carbone. Compte tenu de la décision fédérale et du maintien de l’ensemble des taxes sur l’essence au Québec, l’écart des prix à la pompe s’est creusé.

La comparaison du prix à la pompe illustre en particulier l’écart important entre Montréal et d’autres métropoles canadiennes. En mars 2025, avant la suspension de la taxe fédérale sur les combustibles, le prix de l’essence à Montréal n’était que de 3,7 cents plus élevé que la moyenne canadienne (voir la Figure 1).

Après cette suspension, l’écart s’est fortement creusé dès avril pour se situer à 18 cents en septembre 2025, avec une moyenne de 18,13 cents entre avril et septembre, soit près de cinq fois supérieur à l’écart au mois de mars. Du côté de la région métropolitaine de Québec, l’écart est passé de 0,8 cent sous la moyenne canadienne en mars à 14,6 cents au-dessus en septembre, la capitale québécoise se distançant du même coup fortement de Toronto.

À titre d’exemple, pour un véhicule utilitaire sport (VUS) typique comme le RAV4 pouvant contenir 55 litres d’essence, faire le plein à Montréal coûtait près de 90 $ en septembre 2025, soit près de 10 $ de plus que la moyenne canadienne, et 13 $ de plus qu’à Toronto(5).

Pour une année entière, l’écart devient significatif pour les portefeuilles des Québécois. Un VUS parcourt en moyenne 14 356 kilomètres et consomme 10 L aux 100 kilomètres(6). Cela équivaut à une surcharge annuelle de 260 $ pour les habitants du Grand Montréal et de 187 $ pour ceux de la région métropolitaine de Québec(7). Une partie de la différence s’explique par la taxe supplémentaire de 3 cents appliquée dans le Grand Montréal(8).

Une réforme nécessaire

Devant l’écart persistant du prix payé à la pompe, le gouvernement du Québec propose de se donner la latitude d’utiliser les surplus du Fonds vert 2.0(9) afin de financer une baisse de la taxe sur l’essence de 19,2 cents, ou encore de verser des sommes additionnelles au Fonds des générations(10). Pour le moment, le Fonds vert 2.0 détiendrait 1,8 milliard de dollars de surplus qui pourraient servir à cette réduction du prix à la pompe(11).

L’existence même de ce fonds mérite d’être remise en question(12). S’il est maintenu, une réforme visant à financer la baisse du prix à la pompe semble nécessaire afin de couvrir la perte de recettes fiscales provenant de la taxe sur l’essence. Cependant, le gouvernement ne devrait pas se limiter aux surplus provenant du Fonds vert 2.0 afin de diminuer, à plus long terme, la taxe provinciale sur l’essence.

Conclusion

Plusieurs taxes distinctes font en sorte de renchérir le prix de l’essence au Québec, en plus de l’effet de la bourse du carbone sur le prix à la pompe(13). Dans un contexte où l’écart de prix à la pompe avec la moyenne canadienne est particulièrement élevé, et ce, depuis avril 2025, le gouvernement devrait prendre les mesures nécessaires pour le réduire, en commençant, mais sans se limiter à cela, par se servir des surplus du Fonds vert 2.0.

Références

  1. Assemblée nationale du Québec, Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l’efficacité de l’État et à renforcer l’imputabilité des hauts fonctionnaires, Projet de loi no 7, présenté le 5 novembre 2025.
  2. Aussi appelé taxe sur les carburants.
  3. Patrick Bellerose, « Ménage dans la bureaucratie : Québec a un œil sur le Fonds vert pour diminuer la taxe sur l’essence », Le Journal de Montréal, 5 novembre 2025.
  4. Souvent appelée la deuxième taxe carbone ou la taxe carbone sur les consommateurs. Gouvernement du Canada, Un Canada Fort – Budget 2025, ministère des Finances, novembre 2025, p. 187.
  5. Toyota, Rav4 – Spécifications.
  6. Il s’agit de données de 2022. Johanne Whitmore et Pierre-Olivier Pineau, L’état de l’énergie au Québec – Édition 2025, HEC, 2025, p. 44.
  7. Calculs de l’auteur basés sur l’écart moyen des prix entre avril et septembre 2025. Statistique Canada, Tableau 18-10-0001-01 : Prix de détail moyens mensuel, essence et mazout, par géographie, 21 octobre 2025; Idem.
  8. Association canadienne des automobilistes, Composantes des prix de l’essence, consulté le 7 novembre 2025.
  9. Ce fonds s’appelle officiellement le Fonds d’électrification et de changements climatiques. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC), consulté le 7 novembre 2025.
  10. Association canadienne des automobilistes, op. cit., note 8; Patrick Bellerose, op. cit., note 3.
  11. Charles Lecavalier, « Québec pourra piger 1,8 milliard dans le Fonds vert », La Presse, 5 novembre 2025.
  12. Une réflexion plus en profondeur devra néanmoins être menée par le gouvernement du Québec sur la pertinence du maintien du Fonds vert 2.0, qui entraîne un prix à la pompe plus élevé et crée un désavantage concurrentiel pour certaines de nos exportations vers d’autres pays.
  13. Association canadienne des automobilistes, op. cit., note 8.
Back to top