Textes d'opinion

Pour un véritable système de santé mixte au Québec

Alors que les listes d’attente s’allongent au Québec, plusieurs pays comparables ont adopté des modèles mixtes plus performants. L’enjeu n’est plus idéologique: il s’agit de soigner plus vite et plus efficacement.

Le débat québécois sur la santé tourne souvent en rond. On discute de structures, de centralisation, de tables de négociation et de nouveaux formulaires administratifs.

Pendant ce temps, les listes d’attente s’allongent, les urgences débordent, les médecins peinent à offrir des soins à temps et les patients voient leur qualité de vie diminuer pendant des mois, parfois des années.

Pourtant, la solution n’a rien de mystérieux. Il suffit de regarder ce que font les pays comparables qui obtiennent de bien meilleurs résultats que nous.

Pourquoi les meilleurs systèmes sont mixtes

La majorité des systèmes performants en Europe ont un point commun simple et puissant: un réseau universel financé par l’État, mais opéré en grande partie par des entrepreneurs indépendants.

France, Suède, Suisse, Allemagne, Danemark, Australie: ces pays ont fait un choix clair. L’objectif n’est pas de savoir si l’hôpital appartient à un ministère, à un organisme sans but lucratif ou à une entreprise locale.

L’objectif est d’offrir un accès rapide à des soins sûrs, efficaces et humains. Et cette approche fonctionne.

Contrairement à ce que certains avancent encore, un système mixte n’augmente pas les coûts. Dans les faits, il les stabilise. Les cliniques indépendantes sont généralement plus agiles, plus innovantes et mieux capables d’adapter leur organisation aux fluctuations de la demande.

Les cliniques indépendantes réduisent les goulots d’étranglement, accélèrent les traitements et diminuent la pression sur les urgences.

Le gouvernement conserve son rôle essentiel de payeur, garantissant l’universalité, mais n’a plus à assumer seul le poids d’une gestion centralisée où chaque changement nécessite des mois de procédures internes.

Un modèle québécois à repenser

Les provinces canadiennes, dont le Québec, ont des systèmes de santé massivement étatisés. Ils font ainsi figure d’exceptions dans le monde développé. Cette structure unique ne nous protège pas. Elle nous a plutôt conduits à des délais d’attente qui sont parmi les plus longs de l’OCDE.

Les Québécois ne doivent pas se résigner à ce statu quo. Un système universel peut très bien coexister avec une offre de soins pluraliste, complémentaire et plus efficace.

Les expériences étrangères le démontrent clairement.

Repenser le mode de prestation est aujourd’hui indispensable. Permettre à des gestionnaires indépendants d’opérer des hôpitaux et des cliniques ne signifie pas priver les plus démunis d’un accès aux soins.

Au contraire, cela signifie donner à tous les patients québécois ce qu’ils réclament depuis des décennies: des traitements rapides, un système qui répond réellement à leurs besoins et un financement qui suit le patient plutôt que la bureaucratie.

Le gouvernement du Québec a déjà fait des pas timides dans cette direction, mais nous restons loin derrière.

Tant que la gestion centralisée demeurera la norme, les innovations seront lentes, les décisions rigides et les patients continueront de payer le prix de nos retards.

Il est temps de sortir du faux débat opposant public et privé. Le vrai clivage n’est pas là. Il se situe entre un système où les patients attendent et un système où les patients sont soignés.

Emmanuelle B. Faubert est économiste à l’IEDM. Elle signe ce texte à titre personnel.

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