Non, une opération ne coûte pas 35 pour cent plus cher au privé, montre des documents obtenus par l’IEDM

- La comparaison effectuée par le gouvernement omet plusieurs coûts pour le système public.
Montréal, le 30 septembre 2026 – Les traitements dispensés aux frais de l’État dans les centres médicaux spécialisés ne coûtent pas 35 pour cent plus cher qu’au public, contrairement à une information véhiculée par Le Devoir plus tôt cette année, montrent de nouveaux documents obtenus par l’IEDM.
« En lisant les analyses ayant permis d’arriver à ce chiffre de 35 pour cent, on constate que ce n’est pas un surcoût, mais bien une question d’enveloppes budgétaires différentes », explique Renaud Brossard, vice-président aux Communications à l’IEDM. « Si le public semble moins cher dans cette comparaison, c’est parce qu’une part importante des coûts du public en sont exclus, mais ne le sont pas pour le privé. »
L’article du Devoir se base sur une information figurant dans un mémoire confidentiel soumis au conseil des ministres par l’ex-ministre de la Santé, Christian Dubé, en juillet 2025. Le mémoire visait à défendre l’adoption d’un règlement favorisant le recours aux centres opératoires privés pour réduire les délais d’attente en chirurgie au public.
Le mémoire est toujours confidentiel, mais une version publique, plus courte, peut être consultée.
Grâce à une demande d’accès aux documents, l’IEDM a pu obtenir le document d’analyse chiffrant cet écart. On y observe que, pour le public, seuls les coûts directs sont considérés – c’est-à-dire les salaires du personnel attitré au bloc opératoire, ainsi que les coûts des fournitures utilisées.
Les coûts du privé représentent des estimations réalisées par les fonctionnaires.
On y estime que les coûts directs y sont 10 pour cent plus bas qu’au public. Selon le gouvernement, cela serait attribuable à une meilleure utilisation du temps opératoire, à des processus plus efficaces et à une flexibilité de négociation et de partenariat avec les fournisseurs.
« En fait, si l’on compare les mêmes coûts au public et au privé, le privé serait 10 pour cent moins cher selon la méthodologie du gouvernement! Mais une telle analyse serait très limitée », ajoute M. Brossard.
Le document d’analyse ajoute également des coûts indirects, c’est-à-dire les frais d’administration, de support et d’infrastructures. À ces coûts s’ajoute ensuite un profit estimé à 10 pour cent. C’est ainsi que le document établit le coût estimé en Centre médical spécialisé.
En comparant les coûts directs en établissement, aux coûts estimés en Centre médical spécialisé – incluant les coûts directs et indirects, et une marge de profit – on constate un écart de 33,7 pour cent.
C’est en se fondant sur ce calcul que le ministre affirme que le « coût total par intervention dépassera les montants établis par le financement axé sur le patient (FAP) », tel qu’indiqué dans la partie publique de son mémoire.
Or, le financement axé sur le patient – aussi appelé financement à l’activité – ne couvre que les coûts directs d’un traitement dans le système de santé. D’autres enveloppes budgétaires couvrent les frais d’administration, de soutien, et le maintien et l’amélioration des infrastructures.
« L’administration, les infrastructures et les frais de soutien n’existent pas qu’au privé, c’est simplement qu’au public ils entrent dans une enveloppe budgétaire différente, qui n’est pas liée au financement à l’activité », affirme M. Brossard. « Après tout, il serait illusoire de croire que la bureaucratie du système de santé aurait un coût nul au Québec. »
Malheureusement, cet écart de prix frappant, mais erroné, a depuis été repris par certains candidats dans le cadre de la campagne électorale, par une centrale syndicale québécoise, et par un chercheur s’attaquant au recours à des centres chirurgicaux privés afin de réduire les délais d’attente en Ontario.
Vous pouvez consulter la partie publique du mémoire du ministre Dubé ici.
Vous pouvez consulter le document d’analyse obtenu par l’IEDM ici.
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L’IEDM est un think tank indépendant sur les politiques publiques dont les bureaux sont situés à Montréal, à Ottawa et à Calgary. Par ses publications, ses interventions dans les médias et ses services consultatifs aux décideurs politiques, l’IEDM stimule les débats et les réformes en matière de politiques publiques en se basant sur les principes établis de l’économie de marché et de l’entrepreneuriat.
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