L’expansion alarmante du secteur public au Québec

Point sur l’augmentation des effectifs du secteur public ces dernières années et son impact sur les dépenses budgétaires gouvernementales
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Ce Point a été préparé par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Fiscalité de l’IEDM vise à mettre en lumière les politiques fiscales des gouvernements et à analyser leurs effets sur la croissance économique et le niveau de vie des citoyens.
Depuis 2019, le secteur public constitue le principal moteur de la croissance du nombre d’emplois au Québec(1). Aujourd’hui, près d’un Québécois sur quatre travaille pour le secteur public, ce qui est largement au-dessus de la moyenne des grandes provinces canadiennes et des pays de l’OCDE(2). Cette dynamique d’expansion de l’appareil étatique devrait nous alarmer, dans la mesure où elle exerce une pression croissante sur les finances publiques à tous les paliers de gouvernement.
Des emplois publics à tous les niveaux
Depuis janvier 2019, 431 200 emplois ont été créés au Québec, tous secteurs confondus, à l’exception des travailleurs autonomes(3). Or, cette croissance est majoritairement attribuable au secteur public. En effet, en combinant les paliers gouvernementaux fédéral, provincial et municipal, le nombre de nouveaux postes dans le secteur public a atteint 237 300, soit 55 % de l’ensemble des emplois créés depuis 2019(4).
À l’inverse, le secteur privé a été responsable de 45 % des nouveaux emplois (voir la Figure 1), soit 193 900 postes, une augmentation proportionnellement plus modeste au cours de la même période(5). Par ailleurs, le nombre de travailleurs autonomes a diminué de 6,2 %, ce qui représente environ 34 000 travailleurs. Le constat est alarmant : l’entrepreneuriat est en recul au Québec, tandis que la fonction publique poursuit son expansion.

À titre comparatif, sur la même période, le secteur public en Ontario n’a été responsable que de 31,3 % de l’ensemble de la création d’emplois (hors travailleurs autonomes) depuis le début de 2019, un écart substantiel par rapport au Québec(6). Cette prépondérance du secteur public dans la croissance de l’emploi ne se reflète pas non plus dans le reste du pays. En excluant le Québec, la part attribuable au secteur public à l’échelle du Canada s’établit à 36 %, soit 19 points de pourcentage de moins qu’au Québec.
La croissance du secteur public au Québec a été continue depuis le début de 2019. Cette tendance est d’autant plus alarmante que les incitations économiques propres au secteur public favorisent souvent l’expansion soutenue de l’appareil bureaucratique. Selon l’économiste William A. Niskanen, les gestionnaires publics cherchent en effet sans cesse à accroître leur budget, y compris par l’embauche de nouveaux fonctionnaires, plutôt qu’à optimiser les services publics aux usagers(7). Il s’agit d’une logique qui semble aujourd’hui bien décrire la dynamique de création d’emplois publics observée au Québec.
Une pression accrue sur les dépenses gouvernementales
Cette augmentation des effectifs du secteur public exerce une pression haussière sur les dépenses budgétaires des gouvernements. Pour le gouvernement du Québec seulement, les dépenses de rémunération ont dépassé 64 milliards de dollars en 2025-2026, en hausse de 4,8 milliards ou 8,1 % (en dollars constants de 2026) depuis mars 2019 – une progression ultimement à la charge des contribuables(8).
À cela s’ajoutent les renégociations des conventions collectives du secteur public, qui accentuent encore la pression sur les dépenses, comme en 2024 au Québec. En effet, les augmentations salariales accordées aux employés du secteur public québécois devraient représenter 4,1 milliards de dollars en 2027-2028, un fardeau supplémentaire sur les épaules des contribuables(9).
Du côté fédéral, l’ensemble des dépenses liées aux effectifs – incluant celles attribuables au Québec – a progressé de 14,1 milliards de dollars (en dollars constants de janvier 2026) depuis 2019, soit 30,5 %, selon le Bureau du directeur parlementaire du budget(10). En plus de l’augmentation des effectifs, le niveau de rémunération plus élevé, notamment au fédéral – qui devrait atteindre 172 000 $ par employé à temps plein en 2029-2030 – contribuera également à accroître la pression sur les dépenses gouvernementales(11).
Le secteur municipal n’échappe pas non plus à cette dynamique. À titre d’exemple, la Ville de Montréal a vu ses dépenses de rémunération augmenter de 68,2 millions de dollars (en dollars constants de 2026) entre le début de 2019 et 2026, soit une hausse de 2,8 %(12). En 2023, environ le tiers des employés de la Ville de Montréal touchait un salaire de plus de 100 000 $(13).
Réduire la taille du secteur public
Les gouvernements doivent cesser de faire porter le fardeau de l’expansion de la bureaucratie d’aujourd’hui sur les générations de demain. Pour cela, le secteur public doit diminuer ses effectifs à tous les paliers afin de réduire la pression sur les finances publiques. Il s’agit d’une nécessité pour favoriser l’équité intergénérationnelle.
Au cours des derniers mois, les différents paliers de gouvernement ont annoncé leur intention de réduire les effectifs du secteur public(14). Des réductions importantes ont déjà été mises en œuvre par le passé – notamment sous le gouvernement de Jean Chrétien(15). Une réduction considérable des effectifs du secteur public est donc possible, et nécessaire pour l’avenir.
Références
- Le secteur public est défini comme l’ensemble des « personnes qui travaillent pour une administration municipale, provinciale ou fédérale, un organisme ou un service public, une société d’État ou un établissement financé par l’État comme une école (incluant les universités) ou un hôpital ». Calcul de l’auteur. Statistique Canada, Tableau 14-10-0288-02 : Emploi selon la catégorie de travailleur, données mensuelles désaisonnalisées (x 1 000), 6 février 2026.
- Données de l’OCDE pour 2023. Idem; OCDE, Panorama des administrations publiques 2025, juin 2025, p. 169.
- Statistique Canada, Idem.
- Idem.
- Idem.
- Idem. Les travailleurs autonomes sont exclus du calcul afin de ne retenir que la catégorie plus large des employés.
- William A. Niskanen, « The Peculiar Economics of Bureaucracy », American Economic Review, vol. 58, no 2, 1968, p. 293–298.
- Secrétariat du conseil du trésor, Pour un Québec fort – Stratégie de gestion des dépenses : renseignements supplémentaires, Gouvernement du Québec, mars 2025, p. B-39; Secrétariat du conseil du trésor, Budget de dépenses 2019-2020 : renseignements supplémentaires, Gouvernement du Québec, mars 2019, p. 51; Statistique Canada, Tableau 18-10-0004-01: Indice des prix à la consommation mensuel, non désaisonnalisé, février 2026.
- Gabriel Giguère et Renaud Brossard, « Québec doit garder le cap vers l’équilibre budgétaire », IEDM, Point, mars 2024, p. 2.
- Calcul de l’auteur, pour les ministères seulement, pas les sociétés d’État. Bureau du directeur parlementaire du budget, Outil d’examen des dépenses en personnel – Rémunération, consulté le 17 février 2026; Statistique Canada, op. cit., note 8.
- Idem, Bureau du directeur parlementaire du budget, « Projection des dépenses fédérales consacrées au personnel », 28 août 2025, p. 11.
- Calcul de l’auteur. Ville de Montréal, Budget de fonctionnement – Budget de la Ville de Montréal 2019, novembre 2018, p. 246-248; Ville de Montréal, Budget de la Ville de Montréal et PDI 2026-2035, janvier 2026, p. 89-92; Statistique Canada, op. cit., note 8.
- Yves Poirier, « Près de 8600 employés de la Ville de Montréal ont touché plus de 100 000$ en 2023 », Le Journal de Montréal, 23 janvier 2025.
- Catherine Morrison, « Des avis de réaménagement des effectifs envoyés à des milliers d’employés du fédéral », La Presse, 19 janvier 2026; Jean-François Thériault, « Québec veut supprimer l’équivalent de 5000 postes dans la fonction publique d’ici 2027 », Radio-Canada, 3 décembre 2025; Henri Ouellette-Vézina, « Ensemble Montréal veut supprimer au moins 1000 postes à la Ville », La Presse, 12 septembre 2025.
- Conrad Eder et Gabriel Giguère, « Freiner la bureaucratie fédérale canadienne en s’inspirant de l’approche de Chrétien », IEDM, Point, mai 2025, p. 1-3.


