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Levons l’interdit sur l’exploitation des hydrocarbures au Québec

Point montrant comment l’exploitation des ressources gazières québécoises seule pourrait générer jusqu’à 230 000 emplois-personnes et contribuer à hauteur de 93 milliards de dollars à notre économie en 25 ans

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En refusant d’exploiter son gaz et son pétrole, le Québec reste sur la touche (Le Soleil, 4 juin 2026) Entrevue avec Gabriel Giguère (Valérie Renaud-Martin, 106,9 FM, 21 mai 2026)

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Ce Point a été préparé par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Énergie de l’IEDM vise à examiner l’impact économique du développement des diverses sources d’énergie et à réfuter les mythes et les propositions irréalistes qui concernent ce champ d’activité important.

La présence d’hydrocarbures dans le sous-sol québécois n’est pas une nouvelle. Pourtant, l’orientation politique défavorable des 15 dernières années a abouti à une interdiction complète de leur exploration et de leur exploitation(1). Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a ainsi proscrit la production d’hydrocarbures, bien que les ménages, les entreprises et, plus largement, l’économie québécoise en dépendent massivement. Compte tenu de la forte demande internationale – appelée à se maintenir au cours des prochaines décennies – ainsi que de la consommation locale élevée, le gouvernement du Québec devrait abolir la loi qui empêche l’émergence du secteur des hydrocarbures dans la province(2).

Les hydrocarbures, toujours en demande au Québec et à l’international

Les hydrocarbures – le pétrole et le gaz naturel – sont des ressources fortement utilisées au Québec : en 2024, ils représentaient près de la moitié de la consommation énergétique dans la province. Un état de fait qui perdure depuis des décennies et qui démontre l’importance de cette source d’énergie pour l’économie québécoise(3).

Après le fléchissement observé en 2020, attribuable à la pandémie, la consommation de pétrole au Québec est repartie à la hausse pour l’ensemble des années subséquentes. Sa part dans la consommation énergétique totale est restée soutenue pendant les vingt dernières années, oscillant autour de 40 %, abstraction faite de la reprise post-choc pandémique (voir Figure 1). Quant à la consommation de gaz naturel, elle est elle aussi restée stable durant ces deux décennies, représentant près de 15 % de l’ensemble de l’énergie consommée(4).

À cette demande interne vient s’ajouter la demande internationale, qui s’annonce soutenue pour les prochaines décennies. En effet, si les politiques actuelles demeurent inchangées, elle devrait augmenter de 31,5 % pour le gaz naturel et de 12,8 % pour le pétrole entre 2024 et 2050(5). Des projections qui suggèrent que la demande mondiale devrait être au rendez-vous, potentiellement au profit de fournisseurs québécois.

Produire plutôt qu’importer

Malgré cette demande soutenue en hydrocarbures, aucune exploitation des ressources gazières et pétrolières du territoire québécois n’est en cours(6). Résultat : la totalité de ces énergies consommées pour répondre à la demande intérieure provient d’importations de l’Ouest canadien ou des États-Unis(7). Cette situation traduit une contradiction fondamentale : le gouvernement de la Coalition Avenir Québec, entre autres, choisit de ne pas laisser les entreprises produire localement une ressource pourtant en forte demande dans la province.

D’après certaines estimations, les réserves récupérables de gaz naturel pourraient répondre à la demande québécoise pour une période allant de 37 à 207 ans si l’on se base sur les niveaux de consommation de 2024(8). Cela permettrait non seulement de combler en tout ou en partie les besoins dans la province, mais aussi d’exporter une ressource fortement convoitée à l’international.

L’exploitation des hydrocarbures représente une occasion économique majeure, avec des retombées estimées à 233 000 emplois-personnes et 93 milliards de dollars ajoutés au PIB au total sur 25 ans, et ceci pour le gaz naturel seulement(9). Au cours de ces 25 années, cela générerait également près de 15 milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires pour l’État québécois(10).

Le secteur se démarque aussi par ses salaires nettement supérieurs à la moyenne : en 2025, les travailleurs de l’extraction gagnaient en moyenne 155 067 $ par année, soit 2,3 fois le revenu moyen au Canada et 2,4 fois celui du Québec(11). Des chiffres qui s’expliquent en grande partie par une productivité très élevée (création de valeur ajoutée plus importante), laquelle se traduit directement par une meilleure rémunération de la main-d’œuvre(12). Voilà un salaire qui offre des perspectives attrayantes pour les familles québécoises, à qui le dynamisme du secteur pourrait profiter.

Une nouvelle vision énergétique pour le Québec

Un changement de cap de la politique énergétique est nécessaire au Québec. Pour y permettre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures, une révision du cadre législatif et réglementaire s’impose, en commençant par l’abrogation de la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à la production d’hydrocarbures et à l’exploitation de saumure. Cette loi interdit explicitement toute activité dans ce secteur, notamment en révoquant les licences d’exploration et d’exploitation déjà émises(13). Plusieurs entreprises gazières et pétrolières contestent par ailleurs la loi devant les tribunaux en invoquant son inconstitutionnalité. Une audience sur le fond doit avoir lieu prochainement(14).

Au-delà de ce verrou juridique, le gouvernement du Québec devra rétablir un cadre légal clair et prévisible pour attirer des investissements dans le secteur. Cette démarche est d’autant plus essentielle dans un contexte où plusieurs des entreprises présentes avant la loi d’avril 2022 déclarent être victimes d’une expropriation déguisée(15). Une telle incertitude réglementaire risque de miner durablement la confiance des investisseurs du secteur énergétique.

À l’inverse, un cadre stable permettrait au Québec de regagner la confiance des investisseurs et de s’imposer comme une juridiction crédible en matière d’énergie. Face à l’instabilité géopolitique mondiale, le Québec a tout intérêt à se positionner comme une région stable et comme un fournisseur de ressources naturelles fiable sur les marchés internationaux.

Maintenir l’interdiction en cours, c’est continuer de se priver d’une source de richesse dont nous restons dépendant. Dans un contexte budgétaire lourdement déficitaire – le déficit prévu est de 8,6 milliards de dollars pour l’année financière 2026-2027(16) –, le gouvernement ne peut plus se permettre d’attendre pour lever l’interdiction actuellement en vigueur.

Références

  1. Legis Québec, Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à la production d’hydrocarbures et à l’exploitation de saumure, adoptée en avril 2022; Gabriel Giguère et Miguel Ouellette, « Hydrocarbures au Québec : Une interdiction mal avisée », Note économique, IEDM, p. 2-3; Martin Croteau, « Le “moratoire” sur l’exploration pétrolière et gazière restera en vigueur », La Presse, 18 octobre 2017.
  2. Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2025, novembre 2025, p. 161; Statistique Canada, Tableau : 25-10-0029-01 – Disponibilité et écoulement d’énergie primaire et secondaire en térajoules, annuel, 13 novembre 2025.
  3. Idem.
  4. Calcul de l’auteur. Statistique Canada, Tableau : 25-10-0029-01 – Disponibilité et écoulement d’énergie primaire et secondaire en térajoules, annuel, 13 novembre 2025.
  5. Agence internationale de l’énergie, op. cit., note 2, p. 433 et 435.
  6. Il faut également rappeler que plusieurs clients de Gazifère consomment du gaz naturel. Il y a du raffinage de produit pétrolier au Québec. Régie de l’énergie du Canada, Profil énergétique du Québec – Pétrole et gaz, consulté le 10 avril 2025.
  7. Idem.
  8. Calcul de l’auteur. Statistique Canada, op. cit., note 2; Gouvernement du Québec, ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Études sur les retombées économiques du développement de l’industrie du gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent, 7 octobre 2013, p. 18.
  9. Jon Rozhon and Paul Kralovic, « An Assessment of the Economic and Competitive Attribute of Oil and Natural Gas Development in Québec », Study No. 154, Canadian Energy Research Institute, Novembre 2015, p. 65.
  10. Ibid., p. 66.
  11. Statistique Canada, Tableau 14-10-0204-01 – Rémunération hebdomadaire moyenne selon l’industrie, données annuelles, 26 mars 2026.
  12. Statistique Canada, Tableau 36-10-0480-01 – Productivité du travail et mesures connexes par industrie du secteur des entreprises et par activité non commerciale, conformes aux comptes des industries, 20 mai 2025.
  13. Legis Québec, op. cit., note 1.
  14. Gilles Gagné, « La Cour d’appel ordonne la fermeture des puits d’hydrocarbures », Le Nouvelliste, 31 mai 2025.
  15. Cour supérieure du Québec, Gaspé Énergies inc. c. Procureur général du Québec, 2024, QCCS, 25 janvier 2024, p. 7.
  16. Ministère des Finances du Québec, Budget 2026-2027 – Plan budgétaire, 18 mars 2026, p. A. 11.
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