Les systèmes de santé canadiens retardent l’accès des patients aux innovations médicales

- Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer d’un centre de protonthérapie.
- Seuls 39 cliniques et hôpitaux canadiens sont dotés de robots chirurgicaux da Vinci, contre plus de 2000 aux États-Unis.
- Depuis 2018, le gouvernement ontarien a déboursé plus de 200 millions de dollars pour envoyer ses patients se faire traiter ailleurs, notamment aux États-Unis.
Montréal, le 14 avril 2026 – La bureaucratie rigide et le mode de financement des systèmes de santé canadiens freinent l’adoption de nouvelles technologies médicales, au détriment des patients, soutient l’IEDM dans une Note économique publiée ce matin.
« Dans le système actuel, le manque d’incitations fait en sorte que l’adoption d’une nouvelle technologie est souvent perçue uniquement comme un risque par les gestionnaires », explique Emmanuelle Faubert, économiste à l’IEDM et auteure de la publication. « Il en résulte que l’on continue de recourir à des méthodes et à des équipements désuets, ce qui sécurise les gestionnaires, mais n’aide en rien les patients. »
Des exemples éloquents
La chercheuse cite la faible adoption des robots chirurgicaux comme un exemple parlant de ce retard.
La firme Intuitive, fabricant des systèmes chirurgicaux robotisés da Vinci, est le principal acteur de ce marché, et les comparaisons internationales portent généralement sur le nombre de systèmes qu’elle a installés, compte tenu de sa position dominante et de la disponibilité de ses données. En 2025, seuls 39 cliniques et hôpitaux canadiens employaient ces systèmes.
Aux États-Unis, plus de 2000 cliniques et hôpitaux se répartissent 5500 systèmes de robots chirurgicaux. En Allemagne, plus de 200 robots chirurgicaux sont installés dans les hôpitaux du pays, et ont permis la réalisation de plus de 200 000 opérations.
La chercheuse explique qu’une portion importante de ces équipements a été financée par des dons philanthropiques au Canada.
« Si ce n’était des fondations et de la philanthropie, les équipements médicaux innovants seraient presque absents des centres hospitaliers canadiens », souligne Mme Faubert. « La centralisation excessive, un financement fondé sur des budgets historiques et l’absence de concurrence entre les centres hospitaliers tuent effectivement l’incitation à innover. »
La situation est encore plus frappante en matière de protonthérapie, un type de radiothérapie utilisé pour traiter certains cancers difficiles à traiter autrement.
Le Canada est le seul pays du G7 à n’avoir aucune clinique de protonthérapie. Aux États-Unis, on compte aujourd’hui 40 centres actifs. L’Allemagne en compte cinq.
À l’heure actuelle, les systèmes de santé canadiens envoient à l’étranger leurs patients nécessitant une protonthérapie pour y être traités, notamment aux États-Unis, à grands frais.
En Ontario seulement, 143 demandes de traitement à l’étranger ont été approuvées entre 2018 et 2024, à un coût moyen de plus de 80 000 $ par patient.
« Le Canada paie pour envoyer ses patients à l’étranger, alors que les bureaucraties de la santé tardent à ouvrir leurs propres centres ou font échouer les projets indépendants », souligne Mme Faubert. « Malheureusement, dans cette bataille entre les bureaucraties de la santé et les promoteurs de ces projets, ce sont les patients qui écopent. »
La chercheuse cite l’exemple d’un projet de centre de protonthérapie indépendant, accessible dans le cadre du régime public d’assurance maladie du Québec, proposé par les Laboratoires CDL à Montréal en 2018, qui a par la suite été annulé par une décision du gouvernement.
Davantage d’établissements de santé indépendants
Contrairement aux hôpitaux publics, les cliniques privées, les centres de diagnostic et les groupes de pratique autonomes peuvent adopter de nouvelles technologies sans dépendre d’un processus bureaucratique centralisé, explique la chercheuse. La philanthropie a déjà démontré qu’un financement alternatif peut accélérer l’accès à l’innovation. Il faut maintenant permettre au secteur privé de jouer ce rôle à plus grande échelle.
De nombreux pays dotés de systèmes de santé universels misent déjà sur ce modèle pour accélérer l’adoption de nouvelles technologies, sans sacrifier l’accessibilité aux soins.
« Ultimement, lorsqu’un patient a besoin d’un traitement, le type de propriétaire de la clinique est le dernier de ses soucis, loin derrière l’accessibilité du traitement », conclut Mme Faubert. « En permettant aux cliniques indépendantes de venir en aide au système de santé, on améliore l’accès aux soins pour tous. »
Vous pouvez consulter la Note économique de l’IEDM ici.
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L’IEDM est un think tank indépendant sur les politiques publiques dont les bureaux sont situés à Montréal, à Ottawa et à Calgary. Par ses publications, ses interventions dans les médias et ses services consultatifs aux décideurs politiques, l’IEDM stimule les débats et les réformes en matière de politiques publiques en se basant sur les principes établis de l’économie de marché et de l’entrepreneuriat.
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