Les Canadiens veulent du changement en santé

Essayez d’avoir un rendez-vous avec un médecin de famille cette semaine. Ou d’obtenir une chirurgie dans un délai raisonnable. Pour des millions de Canadiens, c’est devenu un parcours du combattant. Et pourtant, on continue de verser des milliards dans un système qui livre de moins en moins.
Il devient de plus en plus évident que notre système de santé a besoin d’un remède de cheval.
Un nouveau sondage IEDM-Ipsos publié récemment dresse un portrait sans équivoque : les Canadiens veulent des changements majeurs. Selon les résultats, 76 % des répondants jugent leur système de santé trop bureaucratique. Au Québec et en Alberta, cette proportion grimpe à 81 %. Ça peut difficilement être plus clair.
Et contrairement aux réflexes que les gouvernements ont l’habitude de prendre lorsqu’il y a des enjeux à régler, ici, l’argent n’est pas la solution.
Seulement 34 % des Canadiens estiment que la croissance des dépenses en santé a réellement amélioré leur système provincial. Pendant ce temps, 60 pour cent reconnaissent que le rythme de ces dépenses est carrément insoutenable.
On a injecté des milliards, et les files d’attente sont toujours là. À un moment donné, il faut se poser la bonne question : ce n’est peut-être pas une question d’argent, mais de modèle.
Ce que les Canadiens proposent, c’est d’ouvrir la porte au privé, pas pour abandonner l’idée d’un système universel, mais pour le rendre plus fonctionnel et surtout plus accessible.
À travers le pays, plus de la moitié des répondants – 56 % – souhaitent un meilleur accès à des prestataires de soins indépendants. Au Québec, ce chiffre atteint 67 %.
Cela s’explique notamment par le fait que la population associe soins privés à soins plus rapides et disponibles. En effet, 72 % des répondants croient que le privé peut livrer les soins plus rapidement que les hôpitaux gérés par l’État.
Ce n’est pas une idée radicale. C’est ce que font déjà la France, la Suède et la plupart des pays développés qui affichent de meilleurs résultats que nous. Ces pays ont des systèmes universels mixtes, où les soins sont couverts par l’assurance publique, peu importe si l’établissement est public ou privé.
Les données montrent que les Canadiens soutiennent ce type d’approche. Toujours selon le même sondage, 72 % des répondants appuient ce type de modèle, une hausse de huit points de pourcentage par rapport à l’an dernier.
L’Alberta et la loi 11
Un exemple concret de cette mixité mise en application nous vient de l’Alberta et de son projet de loi 11. Celui-ci permet aux médecins d’exercer à la fois dans le public et dans le privé, sans avoir à se désaffilier comme il en est le cas au Québec, par exemple.
L’IEDM a analysé cette approche en février dernier et les conclusions sont claires: dans les pays où la pratique mixte est autorisée, les médecins ajoutent des heures dans le privé sans réduire leur présence dans le public.
L’accès accru et prévisible aux plateaux techniques que le privé peut leur donner, par exemple, réussit à convaincre des médecins d’ajouter quelques heures de pratique par semaine, permettant ainsi de traiter plus de patients.
De plus en plus, les Canadiens semblent voir l’assurance maladie universelle pour ce qu’elle devrait être : une assurance, avec des standards de traitement.
C’est ainsi que 83 % des Canadiens interrogés souhaiteraient que l’État rembourse un traitement reçu au privé lorsque le public n’arrive pas à prendre un patient en charge dans les délais médicalement recommandés.
Quoi de plus normal? Personne ne devrait payer de sa poche pour pallier les lacunes d’un système qu’il finance déjà avec ses impôts des taxes.
Les gouvernements ont maintenant un signal très clair. Les Canadiens ne demandent pas à démanteler leur système de santé. Ils demandent tout simplement à ce qu’il fonctionne et qu’il soit meilleur. Et ils sont prêts à accepter des changements significatifs pour y arriver.
Continuer à défendre le statu quo, ce n’est pas protéger le système public, c’est le laisser se dégrader sans rien faire.
Emmanuelle B. Faubert est économiste à l’IEDM. Elle signe ce texte à titre personnel.