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Les avantages économiques de la construction de nouvelles infrastructures de transport énergétique

Note économique expliquant le besoin de diversifier nos marchés d’exportation afin d’exploiter pleinement le potentiel de nos ressources énergétiques

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Price surge from Trans Mountain expansion highlights need for new pipelines: MEI (BNN Bloomberg, 26 mars 2026) Entrevue (en anglais) avec Gabriel Giguère (Shaye Ganam, Global Radio, 26 mars 2026)

 

Cette Note économique a été préparée par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Énergie de l’IEDM vise à examiner l’impact économique du développement des diverses sources d’énergie et à réfuter les mythes et les propositions irréalistes qui concernent ce champ d’activité important.

Le besoin de construire de nouveaux oléoducs, gazoducs et terminaux de liquéfaction de gaz naturel pour diversifier nos marchés d’exportation est manifeste depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration Trump(1). Bien que les exportations canadiennes de pétrole hors États-Unis aient augmenté dans une certaine mesure, beaucoup reste à faire pour exploiter pleinement le potentiel de nos ressources énergétiques.

Une diversification de nos marchés d’exportation

Le secteur pétrolier canadien exporte de plus en plus de barils de pétrole vers des marchés autres que les États-Unis. Avant l’expansion du pipeline Trans Mountain, ces exportations représentaient environ 3 % de l’ensemble des exportations de pétrole canadien. Avec l’augmentation de la capacité de l’oléoduc – passant de 300 000 barils par jour à 890 000 barils par jour(2) –, la diversification des marchés d’exportation s’est accrue (voir la Figure 1). Cela se traduit d’ailleurs par une hausse de la valeur des exportations de pétrole hors États-Unis, passant de 4 milliards de dollars en 2023 à 14,2 milliards de dollars en 2025(3).

Cette rapide diversification des exportations de pétrole hors États-Unis, notamment vers l’Asie, représente en moyenne un baril sur dix, atteignant même 14 % au quatrième trimestre de 2025. Par ailleurs, l’année 2024, qui a vu l’expansion de l’oléoduc s’achever, a coïncidé avec une augmentation de plus de 5 % des exportations de pétrole canadien(4).

La principale destination des récentes exportations canadiennes de pétrole hors États-Unis a été la Chine, principalement en octobre et en novembre 2025. Ce pays en a importé pour plus de 3 milliards de dollars au quatrième trimestre 2025(5). La demande pour le pétrole canadien a ainsi été, et demeure, vigoureuse aussi bien en Asie qu’ailleurs dans le monde.

Les entreprises canadiennes ont aussi récemment commencé à exporter leur gaz naturel ailleurs qu’aux États-Unis, et ce, depuis le milieu de 2025. Auparavant, seules les infrastructures de gazoduc vers les États-Unis permettaient d’acheminer la ressource hors des frontières canadiennes. Le Canada dispose désormais de son premier terminal de liquéfaction de gaz naturel en service sur la côte Ouest, à Kitimat. La capacité de liquéfaction du terminal est d’environ 52 millions de m3 par jour(6). La part des exportations hors États-Unis est passée de 0 % avant juillet 2025 à 7 % (soit environ 1,7 milliard de m3) au quatrième trimestre de l’année(7). C’est d’ailleurs en janvier 2026 que les exportations de gaz naturel liquéfié ont été les plus élevées, ce qui témoigne d’un fort potentiel de diversification(8).

Cette diversification des marchés d’exportation réduit la dépendance canadienne envers les États-Unis et permet de répondre à la demande sur les marchés internationaux, notamment en Asie. Le Japon, la Corée du Sud et la Chine font partie des acheteurs de la ressource depuis la mise en service de l’usine de gaz naturel liquéfié(9). C’est d’ailleurs en 2025 que le Canada a exporté le plus de gaz naturel en 10 ans(10).

Bien que l’entrée en service du premier grand terminal de gaz naturel liquéfié au Canada soit bénéfique pour le secteur énergétique et la diversification des marchés, elle illustre aussi le retard considérable du Canada par rapport aux États-Unis. En effet, les exportateurs américains de gaz naturel liquéfié ont mis en service leur premier terminal en février 2016, et les États-Unis sont déjà devenus le plus grand exportateur au monde(11).

Des milliards de dollars en plus

Les bénéfices de la diversification des débouchés pour les ressources énergétiques canadiennes sont évidents : elle réduit la dépendance envers un seul marché et permet de vendre à meilleur prix que lorsque nos voisins du Sud constituaient en pratique la seule destination.

Cette dynamique de prix de vente et de revenus plus élevés pour les entreprises canadiennes est particulièrement bien illustrée dans le secteur pétrolier, où le pétrole de l’Ouest canadien (WCS) se vendait à une décote substantielle par rapport au brut texan (WTI), qui sert de référence(12). En effet, la diversification a permis de vendre le WCS à un prix relativement plus élevé qu’avant et d’ainsi réduire l’écart avec le prix du baril de pétrole texan. L’écart (le spread) entre le baril de pétrole canadien et le baril américain était de 19,82 $ US en moyenne entre novembre 2022 et avril 2024, la période de 18 mois qui a précédé la finalisation de l’agrandissement de la capacité du pipeline de Trans Mountain (voir la Figure 2). Même si la pleine mesure des effets de la diversification ne se fera sans doute sentir qu’avec le temps, force est de constater que cet écart est passé à 12,52 $ US pour les 18 mois qui ont suivi, soit de juin 2024 à novembre 2025. Il s’agit d’une diminution de 7,30 $, soit de 37,5 %(13).

Cela engendre des effets positifs sur les revenus des entreprises de ce secteur. Avec des exportations totales de 2,3 milliards de barils de pétrole entre juin 2024 et novembre 2025(14), le total des revenus supplémentaires, en partie grâce à l’agrandissement de Trans Mountain, est estimé à plus de 16,7 milliards de dollars US(15). Cette réduction de l’écart de prix entre le pétrole canadien et américain permet à l’industrie canadienne de capter une partie plus importante de la valeur produite : c’est la raison principale d’être des investissements dans de nouvelles infrastructures énergétiques. C’est aussi la raison pour laquelle les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral doivent lever tous les obstacles qui se dressent devant leur construction.

Ces infrastructures génèrent par ailleurs des recettes fiscales additionnelles sous forme d’impôts et de redevances pour les différents paliers de gouvernements, notamment le gouvernement fédéral. En effet, dans le budget fédéral de novembre 2025, le gouvernement a réitéré l’importance de la diversification des marchés d’exportation des ressources énergétiques pour les finances publiques canadiennes(16). Pour le gouvernement de l’Alberta, les documents du budget 2025-2026 permettent de mettre en lumière l’importance de chaque dollar pour les revenus de la province(17). En effet, sans l’agrandissement de la capacité de Trans Mountain, le gouvernement de l’Alberta aurait touché des milliards de dollars en moins(18).

Une demande internationale pour l’énergie canadienne

La construction de nouvelles infrastructures énergétiques est d’autant plus bénéfique que la demande internationale pour ces ressources risque de durer. Depuis quelques années, plusieurs pays ont en effet démontré leur intérêt à s’approvisionner en produits énergétiques auprès du Canada. Des pays comme le Japon, l’Allemagne, la Pologne ou encore la Grèce ont indiqué leur souhait de s’approvisionner en gaz naturel liquéfié canadien(19). Cette demande japonaise s’est d’ailleurs déjà traduite par des importations de gaz naturel liquéfié canadien(20).

Plus récemment, les dirigeants indiens ont indiqué, en février 2026, leur souhait de s’approvisionner en énergie, sous toutes ses formes, au Canada. Il faut d’ailleurs rappeler que l’Inde a pour objectif de presque tripler la part du gaz naturel dans son bouquet énergétique, pour la faire passer d’environ 6 % à 15 %(21).

À cela s’ajoutent le récent conflit en Iran et les perturbations mondiales du marché de l’énergie qui ont suivi, ce qui rappelle l’importance pour le Canada de pouvoir approvisionner ses partenaires commerciaux(22). La diversification des sources d’approvisionnement en énergie devient alors un facteur incontournable pour assurer la sécurité énergétique dans de nombreux pays.

Libérer la voie

Il est clair que le Canada est un partenaire fiable et stable pour l’approvisionnement énergétique, et qu’un développement accru des infrastructures de transport énergétique est nécessaire pour augmenter les exportations. En novembre 2025, le gouvernement fédéral a conclu un protocole d’accord avec le gouvernement de l’Alberta afin de signaler sa volonté politique de construire un nouvel oléoduc vers la côte Ouest(23). Cela permettrait une diversification supplémentaire, mais il serait mal avisé de limiter les ambitions et la possibilité d’une diversification encore plus grande.

L’augmentation des exportations vers de nouveaux marchés depuis juin 2024 pour le pétrole et depuis juillet 2025 pour le gaz naturel liquéfié démontre l’importance des infrastructures qui permettent de débloquer de nouveaux marchés. Si le cadre réglementaire et les décisions politiques freinent le développement de ce type d’infrastructures, c’est l’ensemble de l’économie canadienne qui en écope. Pour cette raison, la construction de davantage de gazoducs, d’oléoducs et de terminaux de gaz naturel liquéfié est d’une importance stratégique pour le Canada.

Le projet de Marinvest de construire une usine de gaz naturel liquéfié au Québec viserait à exporter du gaz naturel outre-mer et permettrait ainsi d’augmenter la diversification de nos marchés d’exportation(24). Les informations préliminaires indiquent des capacités de liquéfaction similaires à celles du projet de GNL Québec, qui aurait permis d’augmenter la diversification d’approximativement 20 points de pourcentage, avec une utilisation à plein rendement(25), s’il n’avait pas été stoppé dans son élan par les autorités.

Les décideurs politiques, fédéraux comme provinciaux, devraient éviter de répéter les erreurs du passé et au contraire permettre le développement accéléré des projets semblables à Énergie Est et GNL Québec dans l’est du Canada, ou encore Northern Gateway dans l’Ouest.

Compte tenu des avantages de la diversification des marchés, tant par la réduction de la dépendance envers les États-Unis que par la capacité à capter davantage de valeur dans le prix du baril de pétrole vendu, les gouvernements doivent comprendre l’urgence d’établir un cadre réglementaire attractif pour le développement de nouvelles infrastructures.

Références

  1. Gabriel Giguère, « Diversifions nos exportations par la construction d’infrastructures énergétiques au Québec », Point, IEDM, mars 2025.
  2. Régie de l’énergie du Canada, Réseau Agrandi de Trans Mountain, Description, octobre 2024.
  3. Calculs de l’auteur. Statistique Canada, Tableau 12-10-0179-01 : Commerce international de marchandises du Canada pour les exportations totales, les exportations nationales et les réexportations, sur une base douanière, mensuel (x 1 000), 19 février 2026.
  4. Statistique Canada, Tableau 25-10-0063-01 : Approvisionnement et utilisation du pétrole brut et équivalent, 2 mars 2026.
  5. Calculs de l’auteur. Statistique Canada, op. cit., note 3.
  6. Calcul de l’auteur. Gouvernement du Canada, Ressources naturelles Canada, Sources d’énergie, Combustibles fossiles, Les projets canadiens de GNL au Canada, 7 janvier 2025.
  7. Calculs de l’auteur. Statistique Canada, Tableau 25-10-0055-01 : Approvisionnements et utilisations du gaz naturel, mensuel (données en milliers) (x 1 000), 2 mars 2026.
  8. Régie de l’énergie du Canada, Résumé des échanges commerciaux de gaz naturel – Volumes d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), consulté le 12 mars 2026.
  9. Régie de l’énergie du Canada, Gaz naturel et LGN – Sommaire cumulatif des volumes d’exportation et d’importation (Origine : 2016), consulté le 12 mars 2026.
  10. Idem.
  11. Brent Jang, « U.S. LNG exports hit record highs as Ottawa seeks to boost Canada’s modest output », The Globe and Mail, 2 janvier 2026; U.S. Energy Information Administration, « Ten years after first Sabine Pass cargo, U.S. LNG exports are still on the rise », 24 février 2026; U.S. Energy Information Administration, « The United States became the world’s largest LNG exporter in the first half of 2022 », 25 juillet 2022.
  12. Calcul de l’auteur. En plus de la capacité d’exportation (nettement augmentée), le type de pétrole et la distance parcourue dans le réseau pipelinier expliquent également une partie de l’écart de prix entre le WCS et le WTI. Régie de l’énergie du Canada, Aperçu du marché : Le projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain atténue les contraintes pipelinières et accroît les exportations vers les marchés d’outremer, 3 septembre 2025; Gouvernement de l’Alberta, WCS oil price, consulté le 6 mars 2026.
  13. Calculs de l’auteur. Idem.
  14. Statistique Canada, op. cit., note 4.
  15. Calcul de l’auteur : 2 290 997 512 barils * 7,30 $ (réduction du spread) = 16 724 281 837 $.
  16. Gouvernement du Canada, Un Canada fort – Budget 2025, novembre 2025, p. 41 et 93.
  17. Gouvernement de l’Alberta, Budget 2026, Fiscal Plan, Revenue Tables, Tab 9: Sensitivities to Fiscal Year Assumptions, 2026-27a.
  18. Idem.
  19. Spencer Van Dyk, « “Of course, yes”: Poland latest European country with interest in Canadian LNG », CTV News, 28 avril 2024; Spencer Van Dyk, « Greece would “absolutely” be interested in purchasing Canadian LNG: Greek PM », CTV News, 24 mars 2024; Ryan Tumilty, « Being reliable supplier of energy important, Trudeau says as Japan looks to Canada for LNG », National Post, 12 janvier 2023; JP Alegre, « Germany Signals Long-term Interest in Canadian Natural Gas Despite Climate Goals », The Deep Dive, 26 septembre 2025.
  20. Petronas, « PETRONAS Ships First LNG Cargo from LNG Canada to Japan », communiqué de presse, 7 juillet 2025.
  21. John Paul Tasker, « Energy-hungry India tells Carney “we are willing to buy whatever Canada is offering” », CBC, 27 février 2026; International Energy Agency, India, consulté le 6 mars 2026.
  22. David Thurton, « Nervous nations calling Canada’s energy minister after Iran strikes », CBC, 3 mars 2026.
  23. Premier ministre du Canada, Protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta, 27 novembre 2025.
  24. Gabriel Giguère, « Usine de gaz naturel liquéfié : un projet prioritaire pour le Québec », Note économique, IEDM, 5 février 2026; Mitchell Beer, « Quebec to “Carefully Examine” Proposal for New LNG Megaproject », The Energy Mix, 7 juillet 2025.
  25. Le projet Marinvest est envisagé dans l’est du Québec. Les estimations avancées ici sont préliminaires, puisque la documentation du projet n’est pas encore entièrement accessible. Gabriel Giguère, op. cit., note 1.
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