L’édition génique pour des aliments plus nutritifs et plus abordables

Point montrant comment les avancées technologiques dans le secteur agroalimentaire, telles que l’édition génique, pourraient permettre aux ménages de réduire le coût de leur panier d’épicerie et aux agriculteurs de réduire les dépenses en intrants, comme les pesticides
En lien avec cette publication
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| Entrevue avec Renaud Brossard (Midi Pile, KYK Radio, 14 mai 2026)
Entrevue (en anglais) avec Stuart J. Smyth (The Courtney Theriault Show, CHED 880, 20 mai 2026) |
Ce Point a été préparé par Stuart J Smyth, Senior Fellow à l’IEDM, en collaboration avec Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Réglementation de l’IEDM vise à examiner les conséquences souvent imprévues pour les individus et les entreprises de diverses lois et dispositions réglementaires qui s’écartent de leurs objectifs déclarés.
L’agriculture moderne est confrontée à deux défis majeurs : maîtriser les facteurs naturels qui réduisent le rendement des cultures et améliorer la qualité nutritionnelle des aliments. L’édition génique offre des moyens de relever ces deux défis, en réduisant les coûts et en contribuant à rendre les aliments plus abordables pour les familles canadiennes.
Une meilleure lutte antiparasitaire
La production alimentaire peut être affectée par de nombreux facteurs, notamment les mauvaises herbes, les insectes et les maladies. Sans pesticides pour lutter contre ces nuisibles, les pertes cumulées de rendement peuvent atteindre 100 %, ce qui signifie que des récoltes entières peuvent être perdues (voir le Tableau 1).

L’édition génique est une technologie émergente prometteuse qui permet de limiter l’utilisation des pesticides. Elle s’inscrit dans l’évolution de technologies existantes qui, depuis les années 1920, permettent de produire en toute sécurité des cultures alimentaires, y compris biologiques(1). Son avantage tient à sa grande précision : elle permet de modifier des gènes spécifiques afin d’augmenter ou de diminuer certaines fonctions géniques.
L’édition génique est une approche ciblée qui permet d’augmenter ou de réduire avec précision l’activité d’un gène déjà présent au sein d’une espèce. Elle diffère des organismes génétiquement modifiés (OGM), qui impliquent l’introduction d’un ou de plusieurs nouveaux gènes provenant d’une autre espèce.
Par exemple, l’édition génique peut être utilisée pour accroître la résistance des plantes aux maladies, comme l’oïdium, qui menacent les cultures de blé(2) et de pois(3). Lorsque les plantes disposent de défenses génétiquement améliorées contre ces maladies, cela contribue à réduire l’utilisation de fongicides.
Une meilleure qualité nutritionnelle
Les technologies d’édition génique peuvent également accroître la valeur nutritive des cultures. Des recherches ont notamment porté sur l’amélioration de la qualité nutritionnelle par :
- une teneur accrue en protéines dans le canola, le maïs, la pomme de terre, le riz et le blé;
- une teneur accrue en huiles et en acides gras dans le canola, le maïs, le riz et le soya;
- un profil glucidique amélioré dans le maïs, la pomme de terre, la betterave à sucre et le soya;
- une teneur accrue en vitamines dans la pomme de terre, le riz, la fraise et la tomate;
- une meilleure biodisponibilité des minéraux dans la laitue, le riz, le soya, le maïs et le blé(4).
Les micronutriments comme le fer, le zinc, le sélénium, le magnésium, le calcium et l’iode, ainsi que les vitamines comme la provitamine A et le folate, jouent un rôle essentiel dans le développement sain des enfants et dans l’alimentation des femmes qui allaitent. La biofortification des légumes fait l’objet d’un intérêt croissant dans les recherches sur ces composés nutritionnels essentiels(5).
Des recherches sur l’édition génique visant à améliorer la valeur nutritive sont en cours sur plusieurs cultures canadiennes. Grâce à une teneur accrue en micronutriments, l’orge pourrait occuper une plus grande place dans l’alimentation humaine(6). La recherche sur la biofortification du blé a permis d’accroître la teneur en zinc et en sélénium, deux micronutriments importants, et, dans un cas récent, elle s’est concentrée sur l’augmentation de la teneur en fibres(7). Les recherches sur le maïs ont porté sur les carences en bêta-carotène, en ascorbate et en folate, et les travaux actuels visent à améliorer la teneur en vitamine E(8) et en provitamine A(9).
Les gains sur le plan du rendement et de la valeur nutritive se feront surtout sentir dans les produits frais, notamment les fruits et légumes plus sains et plus résistants aux maladies. Par exemple, les tomates sont modifiées par édition génique pour augmenter leur teneur en lycopène, un antioxydant lié à la réduction des risques de cancer et de maladies cardiaques(10). L’amélioration de la qualité nutritionnelle des céréales comme l’orge, le blé et le riz permet de produire des aliments de base et des produits de boulangerie plus sains.
Des aliments plus abordables
Le recours à l’édition génique offrira de nombreux avantages pour les détaillants en alimentation, notamment en prolongeant la durée de conservation des aliments(11). Les consommateurs peuvent en ressentir les effets positifs sur leur budget, étant donné que le coût des produits frais avariés avant l’achat est intégré aux prix. La diminution du nombre de produits avariés entraîne une baisse du coût répercuté, ce qui rend les aliments plus abordables. Cette technologie permettra également de réduire la dégradation des aliments à la maison, ce qui contribuera à réduire le gaspillage alimentaire, estimé à 140 kg et 1300 dollars par an par ménage, en moyenne(12).
Les gains de rendement obtenus grâce à l’édition génique profiteront également aux consommateurs en contribuant à prévenir les hausses de prix attribuables à de fortes baisses de la production de fruits, de légumes et d’autres cultures. Par exemple, en 2021, les Prairies canadiennes ont été frappées par une sécheresse importante, ce qui a entraîné des rendements de moutarde trois fois inférieurs à la normale(13). Cela a contribué à une hausse de 75 % du prix de certains condiments à base de moutarde en 2022 par rapport à 2021(14). Les cultures modifiées par édition génique qui sont plus résilientes face aux aléas climatiques pourraient atténuer ces fortes baisses de production et ces flambées des prix alimentaires.
L’avenir de l’édition génique sera renforcé par l’intégration de l’intelligence artificielle. Les technologies d’IA peuvent analyser les plantes pour identifier les gènes cruciaux responsables de caractéristiques spécifiques, comme le rendement, la résistance aux maladies, la tolérance à la sécheresse et la qualité nutritionnelle, puis indiquer comment modifier ces gènes pour en améliorer la fonction. L’intégration de l’édition génique, du séquençage génétique et de l’IA révolutionnera ainsi la sélection végétale, ce qui permettra d’offrir encore plus d’avantages aux agriculteurs, aux transformateurs et aux consommateurs.
L’édition génique transforme déjà l’agriculture et la production alimentaire. Cette évolution est importante pour la sécurité alimentaire des Canadiens, et plus encore pour les populations d’autres pays. Pour que nous puissions tirer pleinement parti de cette technologie, il est essentiel que le cadre réglementaire canadien reste fondé sur une approche scientifique. En permettant et en facilitant des innovations comme l’édition génique, l’avenir de la production et de la sécurité alimentaires au Canada reposera sur des bases solides.
Références
- U.S. Food & Drug Administration, « Science and History of GMOs and Other Food Modification Processes », 3 mai 2024.
- Jun Li, Yan Li et Ligeng Ma, « Recent advances in CRISPR/Cas9 and applications for wheat functional genomics and breeding », aBIOTECH, vol. 2, no 4, décembre 2021.
- Anton S. Sulima et Vladimir A. Zhukov, « War and Peas: Molecular Bases of Resistance to Powdery Mildew in Pea (Pisum sativum L.) and Other Legumes », Plants, vol. 11, no 3, janvier 2022.
- Martina Newell-McGloughlin, « Health Effects », dans Socio-Economic Considerations in Biotechnology Regulations, Karinne Ludlow, Stuart J. Smyth et José Falck-Zepeda (éd.), New York, Springer Publishers, 2014.
- Milan Kumar Lal et al., « Biofortification of Vegetables », dans Advances in Agri-Food Biotechnology, Tilak Raj Sharma, Rupesh Deshmukh et Humira Sonah (éd.), Singapour, Springer, 2020.
- Michalia Sakellariou et Photini V. Mylona, « New Uses for Traditional Crops: The Case of Barley Biofortification », Agronomy, vol. 10, no 12, décembre 2020.
- Velu Govindan et al., « Biofortification strategies to increase grain zinc and iron concentrations in wheat », Journal of Cereal Science, vol. 59, no 3, mai 2014; James M. Connorton et Janneke Balk, « Iron Biofortification of Staple Crops: Lessons and Challenges in Plant Genetics », Plant & Cell Physiology, vol. 60, no 7, juillet 2019.
- Yingni Xiao et al., « Genome-wide association study of vitamin E in sweet corn kernels », Crop Journal, vol. 8, no 2, avril 2020.
- Muhammad Amir Maqbool et al., « Breeding for provitamin A biofortification of maize (Zea mays L.) », Plant Breeding, vol. 137, no 4, août 2018.
- Agustin Zsögön et al., « De novo domestication of wild tomato using genome editing », Nature Biotechnology, vol. 36, octobre 2018; Marta Zaraska, « The tomatoes at the forefront of a food revolution », BBC, 8 décembre 2021.
- Punam Sharma et al., « Genome editing for improving nutritional quality, post-harvest shelf life and stress tolerance of fruits, vegetables, and ornamentals », Frontiers in Genome Editing, vol. 5, février 2023.
- Love Food Hate Waste Canada, About, Food Waste in the Home, consulté le 7 mai 2026.
- Gouvernement du Canada, Commission canadienne des grains, Science, Rapports sur la qualité des récoltes et des exportations, Qualité de la moutarde de l’Ouest canadien en 2021, Figure 2, le 1er avril 2022.
- Food Ingredients First, « Decimated harvests in France and Canada set to propel mustard prices », communiqué de presse, 24 mai 2022.


