Le Canada mérite un processus d’approbation des projets qui soit rapide par défaut

Point montrant que pour protéger les intérêts du Canada et attirer davantage d’investissements, une voie de contournement pour l’approbation de quelques projets privilégiés n’est pas suffisant
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| Canada deserves a project approval process that’s swift by default (The Hill Times, 21 juillet 2025)
We need less politicking and more approvals for major energy projects (Calgary Herald, 23 juillet 2025) |
Entrevue avec Gabriel Giguère (Marc Boilard, QUB Radio, 18 juillet 2025)
Entrevue (en anglais) avec Krystle Wittevrongel (Jerry Agar, Newstalk 1010, 18 juillet 2025) |
Entrevue avec Gabriel Giguère (Marc Boilard, QUB Radio, 18 juillet 2025) |
Ce Point a été préparé par Krystle Wittevrongel, directrice de la Recherche à l’IEDM, en collaboration avec Alessia Iafano, stagiaire en recherche à l’IEDM, et Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. La Collection Énergie de l’IEDM vise à examiner l’impact économique du développement des diverses sources d’énergie et à réfuter les mythes et les propositions irréalistes qui concernent ce champ d’activité important.
Le 26 juin 2025, en réponse directe aux réalités géopolitiques fluctuantes et à l’intensification des tensions économiques et politiques avec les États-Unis, le projet de loi C-5, la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, est entré en vigueur(1). Ce projet de loi omnibus promulgue simultanément deux textes législatifs distincts : la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada, qui a pour objectif d’éliminer les barrières fédérales au commerce interprovincial, et la Loi visant à bâtir le Canada, qui vise à accélérer le processus d’approbation des projets jugés d’intérêt national(2).
La réforme du processus d’approbation réglementaire des grands projets au Canada était attendue depuis longtemps. Le projet de loi C-5 reconnaît d’ailleurs que les mécanismes actuels sont trop complexes et lourds. Or, ce dont le Canada a surtout besoin, plus encore qu’une voie de contournement pour l’approbation de quelques projets privilégiés, c’est d’un processus qui soit rapide par défaut.
Une procédure accélérée pour l’ensemble des projets
Le projet de loi C-5 vise concrètement à contourner et à restreindre l’application de la Loi sur l’évaluation d’impact (LÉI) pour les projets jugés d’intérêt national. En vigueur depuis 2019, la LÉI a été critiquée pour sa lenteur. En réalité, elle a largement contribué à la baisse des investissements dans le secteur canadien des ressources naturelles, en raison de ses délais imprévisibles et de l’incertitude qu’elle engendre pour les investisseurs(3).
En vertu du projet de loi C-5, les projets dits « d’intérêt national » sont censés faire l’objet d’un examen fédéral dans un délai inférieur à deux ans. Toutefois, le fait de miser uniquement sur les projets que le gouvernement fédéral considère comme étant d’intérêt national ne suffira pas à rétablir la confiance des investisseurs ni à renforcer la prospérité et la sécurité économique du Canada(4).
À ce jour, seulement 20 projets sont en cours d’évaluation dans le cadre du processus d’approbation prévu par la LÉI, et ces évaluations sont encore loin d’être terminées, malgré une durée moyenne de 2,8 années dans le système(5). Parmi ces 20 projets, la majorité se trouvent en deuxième phase, tandis que cinq en sont encore à l’étape préparatoire, ayant amorcé le processus au cours de la dernière année (voir la Figure 1). Un seul projet, GNL Cedar, a franchi avec succès l’ensemble du processus d’approbation depuis l’entrée en vigueur de la LÉI en 2019(6).

Comment accélérer l’approbation des projets
Pour attirer les investissements, le gouvernement canadien doit mettre en place un processus d’approbation qui soit rapide par défaut. Un échéancier plus ambitieux est nécessaire, comme un délai maximal ferme de 18 mois, ainsi que des mécanismes supplémentaires pour restaurer la confiance des investisseurs. Les six réformes suivantes devraient être apportées à la Loi sur l’évaluation d’impact.
- Limiter la portée de l’évaluation fédérale aux domaines relevant de sa compétence, dans le respect des limites constitutionnelles. Les autorités fédérales éviteront ainsi d’empiéter sur les champs de compétence provinciale, ce qui permettra de préserver la clarté et l’efficacité du processus en le recentrant sur les projets pour lesquels le pouvoir décisionnel fédéral est applicable ou nécessaire. Cela contribuera à réduire les délais et à atténuer les incertitudes juridiques.
- Accélérer les projets s’appuyant sur des infrastructures ou des droits de passage existants, de manière à concentrer les évaluations sur les impacts nouveaux ou supplémentaires qui n’ont pas été pris en compte lors d’une évaluation antérieure, plutôt que de réévaluer l’ensemble du projet.
- Éliminer la possibilité pour le ministre (ou le gouverneur en conseil) de prolonger les délais ou de suspendre le processus, ce qui introduit non seulement une incertitude concernant les délais, mais aussi un flou politique en raison de la nature discrétionnaire de ce pouvoir(7).
- Reconnaître automatiquement les évaluations réalisées à l’échelle provinciale. Cela permettra de réduire les chevauchements et les dédoublements, et de garantir le respect des délais.
- Restreindre la portée des facteurs pris en compte lors d’une évaluation, afin de permettre aux projets de se réaliser dans des délais raisonnables et dans le respect de l’environnement. La procédure actuelle, en raison de son large éventail de sujets à examiner, dépasse les enjeux environnementaux pertinents pour inclure des facteurs qui ne sont pas directement liés au projet, comme l’interaction du sexe et du genre avec d’autres facteurs identitaires, ce qui introduit une part de subjectivité et complique ou prolonge davantage l’évaluation(8).
- Permettre aux promoteurs de projets de déterminer avec certitude si une évaluation est bel et bien nécessaire. Le fait de ne pas savoir, dès la phase de planification, si leur projet sera assujetti ou non à une évaluation fédérale constitue un frein majeur à sa réalisation. Cette réforme peut notamment passer par l’abolition du pouvoir discrétionnaire du ministre d’exiger une évaluation d’impact pour un projet d’un type qui ne figure pas sur une liste explicite, définitive et publique. Puisque ce pouvoir discrétionnaire permet actuellement d’inclure certains projets qui ne sont pas officiellement désignés, le système actuel engendre une grande incertitude pour les promoteurs de projets.
En somme, pour protéger les intérêts du Canada, attirer davantage d’investissements et « construire, construire, construire », le gouvernement fédéral devrait adopter ces réformes de la Loi sur l’évaluation d’impact et mettre en place un système qui soit rapide par défaut pour l’ensemble des grands projets – et non pour une poignée de projets privilégiés.
Références
- Gouvernement du Canada, Projet de loi C-5, Loi édictant la Loi sur le libre-échange et la mobilité de la main-d’œuvre au Canada et la Loi visant à bâtir le Canada, 26 juin 2025.
- Cela inclut la simplification des approbations réglementaires et l’amélioration de la prévisibilité et de la coordination du processus pour les projets qui répondent aux critères leur permettant d’être désignés comme étant d’intérêt national. Ces critères comprennent la mesure dans laquelle les projets : renforceront l’autonomie, la résilience et la sécurité du Canada; procureront des avantages économiques ou autres; auront une forte probabilité de mise en œuvre réussie; feront la promotion des intérêts des peuples autochtones; et contribueront à la croissance propre et à l’atteinte des objectifs du Canada en matière de changements climatiques. Gouvernement du Canada, Affaires intergouvernementales, Commerce intérieur, Unité de l’économie canadienne, Mise en œuvre du projet de loi C-5 Unité de l’économie canadienne, 26 juin 2025.
- Par exemple, en 2015, la valeur totale des projets répertoriés dans l’inventaire des grands projets de Ressources naturelles Canada s’élevait à 711 milliards de dollars. En 2023, elle avait chuté à 572 milliards. Après correction en fonction de l’inflation, le Canada aurait dû pouvoir compter sur 886 milliards de dollars d’investissements planifiés. Pour mise en contexte, à l’échelle mondiale, les investissements annuels en amont dans le pétrole et le gaz devaient atteindre 570 milliards USD en 2024, soit une hausse de 7 % par rapport à 2023, après une augmentation de 9 % par rapport à l’année précédente. Ressources naturelles Canada, Ressources naturelles : Grands projets prévus ou en voie de construction – 2016 à 2026, août 2016, p. 2; Ressources naturelles Canada, Ressources naturelles : Grands projets prévus ou en cours de construction de 2023 à 2033, mai 2023, p. 28; Heather Exner- Pirot et Michael Gullo, « DeepDive:Time to move from talk to action on regulatory reform », The Hub, 22 mars 2025; Agence internationale de l’énergie, World Energy Investment 2024, p. 12, juin 2024; Forum international de l’énergie, Upstream Oil and Gas Investment Outlook, juin 2024, p. 8.
- Gouvernement du Canada, op. cit., note 2; Premier ministre du Canada, Nouvelles, Déclarations, « Déclaration des premiers ministres du Canada, des provinces et des territoires sur le renforcement de l’économie canadienne et l’avancement de grands projets », Communiqué de presse, 2 juin 2025.
- Les délais des projets varient de 3 jours à 2143 jours en date du 10 juillet 2025. Gouvernement du Canada, Agence canadienne d’évaluation d’impact, Registre canadien d’évaluation d’impact, consulté le 10 juillet 2025. Ces délais ne tiennent pas compte des suspensions ou des prolongations survenues pour un certain nombre de projets tels que le projet minier Mont Sorcier ou le projet de centrale nucléaire Bruce C.
- Ce projet a été approuvé dans le cadre de l’accord de substitution avec la Colombie-Britannique. Gouvernement du Canada, Agence d’évaluation d’impact du Canada, Registre canadien d’évaluation d’impact, Projet de GNL Cedar, 30 mai 2025.
- La prolongation du délai peut être décidée par l’Agence, le ministre ou le gouverneur en conseil. Gouvernement du Canada, Loi sur l’évaluation d’impact, L.C. 2019, ch. 28, art. 1, art. 2(5), 18(1), 18(3), 18(5), 19(2), 28(6), 28(7), 28(9), 36(3), 37(3), 37(4), 37(5), 37(6), 70(2), 28 août 2019 (dernière modification le 2 juin 2025).
- L’article 22(1)(s) fait référence à la prise en considération du genre par la LÉI. Maureen Killoran et al., « La Cour suprême du Canada juge inconstitutionnelle la Loi sur l’évaluation d’impact du gouvernement fédéral », Osler, Hoskins & Harcourt, LLP, 13 octobre 2023.


