Textes d'opinion

La réforme syndicale incontournable

Rien n’irrite plus les syndicats que la possibilité de redonner du pouvoir aux travailleurs.

Les grands syndicats nationaux ont déchiré leur chemise cette semaine lorsqu’ils ont appris que le ministre du Travail, Jean Boulet, songeait à donner plus de libertés aux travailleurs syndiqués québécois.

On apprenait la semaine dernière qu’une des idées évaluées par le ministre serait de scinder les cotisations syndicales entre cotisations obligatoires et facultatives : d’une part une cotisation obligatoire destinée à la représentation des travailleurs, comme la négociation des conventions collectives, et d’autre part une cotisation facultative destinée aux activités politiques et militantes.

Car oui, les syndicats débordent largement de leur rôle, comme nous avons collectivement pu le constater avec le voyage à Dubaï de Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs du Québec, pour assister à une grand-messe sur l’environnement.

À cela s’ajoute le militantisme dans les contestations juridiques des lois votées démocratiquement, comme c’est le cas de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) avec la loi 21 sur la laïcité de l’État.

Il y a fort à parier que, s’ils avaient le choix, les syndiqués de la FTQ et de la FAE préféreraient conserver dans leurs poches les sommes allouées à ce militantisme politique.

Malheureusement, la non-séparation des cotisations entre les activités politiques et celles de défense des travailleurs les contraint à financer ces frasques.

Le minimum syndical serait tout de même de laisser aux travailleurs le choix d’appuyer financièrement ou non ce type d’activités qui vont parfois – voire souvent – à l’encontre de leurs convictions.

N’oublions pas que, pour les travailleurs à temps plein, ces cotisations syndicales obligatoires s’accumulent rapidement et peuvent représenter plus de 1000 $ par année. Ne serait-il pas normal de rendre facultative la part des cotisations qui ne sert pas à la mission première des syndicats, c’est-à-dire la défense des travailleurs?

À voir la réaction des grands syndicats, ils tiennent mordicus à ce financement obligatoire de leurs activités militantes et politiques, même s’il va à l’encontre de la liberté des travailleurs.

Les syndicats alimentent depuis trop longtemps l’illusion que défendre leurs intérêts revient à défendre ceux des travailleurs.

Cette illusion n’a qu’un but : protéger les syndicats, et non les travailleurs.

La logique des syndicats est la suivante : la proposition de M. Boulet de donner le choix aux travailleurs constitue une attaque contre les syndicats, donc une attaque contre les travailleurs.

Dans quel monde vivons-nous pour qu’un changement législatif visant à donner aux travailleurs le choix de décider s’ils souhaitent soutenir le militantisme politique des grands syndicats soit présenté comme une attaque envers ces mêmes travailleurs?

En réalité, une telle attitude révèle surtout la crainte des dirigeants syndicaux quant à l’impopularité de ces actions militantes.

Ils ont peur.

Ils croient que, si on laisse le choix aux travailleurs, un grand nombre d’entre eux préféreront garder cet argent pour eux et leur famille, plutôt que de le verser pour financer la dernière lubie idéologique de la gauche.

Si donner une voix aux travailleurs effraie les syndicats, c’est peut-être parce qu’ils outrepassent leur mandat et se retrouvent en décalage avec leurs propres membres.

Il est temps d’adapter les normes et le Code du travail du Québec à la réalité de 2025.

Il est temps de redonner le pouvoir aux travailleurs d’ici, et non aux syndicats.

Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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