La nouvelle taxe orange

S’il y a bien une idée qu’une certaine gauche nous ressort toujours, c’est la proposition de taxer encore davantage les riches. Récemment, ce sont les politiciens de Québec solidaire qui ont dépoussiéré ce vieux disque, proposant d’imposer une taxe sur les avoirs des Québécois les plus nantis.
On nous présente donc un exemple de personne fortunée, aux opinions tranchées. On prétend ensuite que ses avoirs dormiraient dans un énorme coffre-fort, un peu comme l’oncle Picsou et sa « piscine remplie de pièces d’or », et qu’ils ne font rien pour le peuple. On nous sort ensuite une version d’un avenir meilleur qui se réaliserait si et seulement si cet argent était administré par des fonctionnaires.
Le problème de ce récit est qu’il présente, dès sa prémisse, une fausse vision de la réalité.
L’un des mythes qu’il importe de déconstruire est l’idée selon laquelle l’argent d’une personne fortunée « dort » dans un coffre-fort.
Lorsqu’on tabule la valeur de votre patrimoine, on inclut l’ensemble des actifs que vous détenez. Cela inclut ce qui figure sur votre compte chèque, mais également la valeur des placements dans votre REER, votre CELI ou d’autres comptes d’épargne. Cela inclut également la valeur des actifs moins liquides comme votre maison ou, si vous en avez une, votre entreprise.
Justement, plus le patrimoine d’un individu croît, plus une part importante de ses avoirs se présente sous forme d’investissements, de participations dans une entreprise ou d’autres formes moins liquides comme l’immobilier ou l’entreprise familiale.
Loin de dormir, cet argent investi travaille. Il finance les projets d’expansion d’entreprises d’ici. Il crée des emplois, bâtit des appartements et contribue à la recherche de produits innovants.
Et s’il est vrai que le travail de cet argent bénéficie à ceux qui le détiennent, il est tout aussi vrai qu’il bénéficie à la société – et ce dans une proportion bien plus importante.
Profit privé et gains pour la société
Ce bénéfice pour la société est d’ailleurs ce que l’économiste nobélisé William Nordhaus a cherché à calculer dans une étude publiée en 2004. Pour ce faire, il a comparé les gains de productivité dans l’économie en général aux profits générés par les entreprises, afin de déterminer comment les bénéfices sont répartis entre le profit privé et les gains pour la société en général – tels que des baisses de prix ou de meilleurs environnements de travail, par exemple.
Les résultats sont sans équivoque : sur l’ensemble de la valeur générée par l’innovation, la création ou l’expansion d’entreprises, seuls 2,2 % des gains sont captés par les entrepreneurs et les financiers. Le reste, soit 97,8 %, a bénéficié à la société en général, sous forme de baisses de prix, de produits répondant mieux à nos besoins, d’améliorations de la qualité, etc.
Donc, loin de dormir, l’argent investi par les Québécois les mieux nantis travaille, et bénéficie à l’ensemble de la société – et ce, qu’il s’agisse d’un but avoué ou non de ces investissements.
Ce qui mène au deuxième enjeu d’une taxe sur le patrimoine : elle détruit notre bassin disponible pour l’investissement.
Comme cet impôt est calculé sur la valeur totale des actifs, il ne se limite pas à taxer l’argent disponible ; il taxe la valeur sur papier. Cette valeur sur papier n’est pas synonyme d’argent comptant facilement accessible. Acquitter cet impôt implique de vendre une partie de ces actifs.
Dans le cas d’une vente d’actions, cela peut signifier une perte de valeur pour l’entreprise ciblée, et pour tous ceux qui y ont investi leur argent. Dans le cas d’une entreprise non cotée en Bourse ou d’un actif immobilier, la vente est beaucoup plus complexe et pourrait rendre encore plus difficile la transmission d’une entreprise familiale à la génération suivante.
C’est sans compter l’effet qu’un tel impôt a sur le bassin disponible pour l’investissement en accaparant l’argent qui aurait été réinvesti, ou encore en décourageant l’injection de ces fonds en premier lieu.
Une telle proposition de taxe n’est ni novatrice ni souhaitable. Cette proposition, comme d’autres de la même sorte, revient à tuer la poule aux œufs d’or pour la manger aujourd’hui, plutôt que de continuer à en bénéficier à long terme.
Daniel Dufort est président et directeur général de l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.