La mauvaise gestion de la Société de l’assurance automobile du Québec et ses répercussions sur les Québécois

Point montrant que le gouvernement du Québec devrait s’inspirer de l’approche albertaine pour l’immatriculation et les permis de conduire, qui est à la fois moins coûteuse et moins contraignante pour les conducteurs
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Entrevue avec Gabriel Giguère (La commission, 98,5 FM, 19 février 2026)
Entrevue avec Gabriel Giguère (On en jase, BLVD 102,1, 19 février 2026) Entrevue (en anglais) avec Gabriel Giguère (The Andrew Carter Show, CJAD 800, 20 février 2026) |
Entrevue avec Gabriel Giguère (Richard Martineau, QUB Radio, 20 février 2026) |
Ce Point a été préparé par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM, et Gerard Lucyshyn, économiste senior à l’IEDM. La Collection Réglementation de l’IEDM vise à examiner les conséquences souvent imprévues pour les individus et les entreprises de diverses lois et dispositions réglementaires qui s’écartent de leurs objectifs déclarés.
L’immatriculation des véhicules, y compris les plaques d’immatriculation et les permis de conduire, est gérée au Québec par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)(1). Cette société d’État est responsable de l’un des fiascos majeurs des finances publiques de la dernière décennie dans la province : le portail en ligne SAAQclic(2). Il ne s’agit là que de l’exemple le plus extrême de la gestion incompétente de la SAAQ, qui impose aux Québécois des coûts d’immatriculation plus élevés et un nombre de points de service inférieur.
Coûts et accessibilité : Québec et Alberta
À des fins d’illustration, comparons les coûts au Québec et en Alberta. L’immatriculation d’un véhicule en Alberta coûte 173 $ pour deux ans, soit 86,50 $ par an. C’est près de 40 % de moins qu’au Québec, où l’immatriculation coûte 142,35 $ pour une seule année(3) (voir la Figure 1).

Une autre différence entre les deux provinces est la fréquence à laquelle les conducteurs doivent renouveler leur permis. Au Québec, il s’agit d’une procédure annuelle qui coûte 26,75 $ (sans compter la cotisation d’assurance, qui varie en fonction du nombre de points d’inaptitude accumulés par le conducteur)(4). En Alberta, les conducteurs ne doivent renouveler leur permis que tous les cinq ans, pour un coût annualisé de 19,60 $. L’approche albertaine est donc à la fois moins coûteuse et moins contraignante pour les conducteurs(5).
Outre les écarts importants en termes de coûts d’immatriculation et de frais de renouvellement, il existe également une grande différence dans le nombre de points de service mis à la disposition du public, ce qui se répercute sur la facilité d’accès pour les conducteurs. Le Québec compte 134 points de service (46 centres de services de la SAAQ et 88 mandataires), contre 218 en Alberta. La différence est encore plus frappante si l’on considère le ratio de points de service par million de véhicules immatriculés, qui se situe à 22 pour le Québec contre 59 pour l’Alberta, soit près de trois fois plus(6). Les conducteurs albertains bénéficient donc d’un meilleur accès que les conducteurs québécois.
Par ailleurs, les bureaux d’immatriculation détenus par des entreprises privées en Alberta ne se limitent pas à fournir des services relatifs aux véhicules automobiles et aux conducteurs. Ils proposent également d’autres services comme la recherche et l’enregistrement de biens personnels et la recherche de titres fonciers(7). Cette gamme élargie de services, combinée à un plus grand nombre de points de service, répond mieux aux besoins des Albertains, sans les obstacles bureaucratiques et administratifs auxquels sont confrontés les Québécois.
La mauvaise gestion à son meilleur : SAAQclic
La mauvaise gestion de la SAAQ s’est manifestée de la façon la plus flagrante avec les cafouillages du projet de portail en ligne SAAQclic. D’une part, dans un rapport de février 2025 du vérificateur général de la province, SAAQclic devait coûter 1,1 milliard de dollars, soit environ 500 millions de dollars de plus que les prévisions initiales(8). Ces dépenses supplémentaires devront en fin de compte être payées par les conducteurs ou les contribuables, sinon par les deux.
Les dépassements de coûts, aussi importants soient-ils, seraient toutefois plus faciles à justifier si le portail fonctionnait correctement. En réalité, le portail SAAQclic a été un cauchemar pour les usagers. Après son lancement en 2023, le nombre de plaintes reçues par la SAAQ a explosé, atteignant près de 15 000, soit plus que celles des cinq années précédentes réunies(9). En 2024, dernière année pour laquelle les données sont disponibles, la SAAQ a reçu plus de 9000 plaintes, ce qui demeure un nombre anormalement élevé(10).
Ces plaintes portent sur plusieurs problématiques, dont les problèmes d’accès aux services en ligne et les délais d’attente pour les rendez-vous(11). L’impossibilité de se connecter avec leur numéro d’identification a obligé de nombreux utilisateurs à se rendre en personne dans un centre de services, ce qui a entraîné de longues files d’attente dans les bureaux de la SAAQ(12).
Cette mauvaise gestion par des cadres de la SAAQ en lien avec SAAQclic a incité l’Autorité des marchés publics à intervenir et à prendre en charge l’organisation(13).
Conclusion
La leçon à tirer de cette expérience est qu’il est difficile pour le secteur public d’être un bon gestionnaire, notamment en raison de l’absence d’incitations à contrôler les coûts des projets et à fournir un service de qualité(14). Cette dynamique devrait encourager le gouvernement du Québec à entreprendre une réforme majeure du modèle actuel de la SAAQ.
L’éventail plus large de services relatifs à l’immatriculation des véhicules en Alberta, ainsi que les coûts moins élevés et la facilité d’accès pourraient servir de point de départ pour orienter une réforme au Québec. À tout le moins, l’approche albertaine devrait inspirer le gouvernement québécois à s’appuyer davantage sur les mandataires privés, en remplaçant les 46 points de service publics restants dans la province et en encourageant l’ouverture d’un plus grand nombre de bureaux d’immatriculation indépendants. Cela faciliterait l’accès aux services de la SAAQ et réduirait les contraintes administratives pour les Québécois.
Références
- Société de l’assurance automobile du Québec, Mission et mandats, 15 mai 2025.
- Vérificateur général du Québec, Rapport du vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale du Québec pour l’année 2024-2025, février 2025, p. 26.
- Société de l’assurance automobile du Québec, Tarifs et amendes, Immatriculation, Coût du renouvellement de l’immatriculation, Véhicules de promenade, 9 janvier 2025; Goldkey Registry, How to Register a Car in Alberta: Vehicle Registration Certificate Renewal, consultée le 2 février 2026.
- Société de l’assurance automobile du Québec, Tarifs et amendes, Permis de conduire, Coût du renouvellement du permis pour 2026, 23 décembre 2025.
- Gouvernement de l’Alberta, Driver’s License Renewals, consultée le 26 janvier 2026.
- Demande d’accès à l’information auprès de la SAAQ, reçu le 12 février 2026; Gouvernement de l’Alberta, Find a Registry Agent, consultée le 6 février 2026; Statistique Canada, Tableau 23-10-0308-17: Immatriculations de véhicules, par type de véhicule et type de carburant, 17 octobre 2025.
- Gouvernement de l’Alberta, Registry Agents – Overview, consultée le 6 février 2026.
- Vérificateur général du Québec, op. cit., note 2, p. 26.
- Louis Gagné, « Le virage numérique a fait exploser les plaintes à la SAAQ », Radio-Canada, 25 février 2024.
- Société de l’assurance automobile du Québec, Rapport annuel de gestion 2024, avril 2025, p. 42.
- Louis Gagné, op. cit., note 9.
- Radio-Canada, « Attente à la SAAQ : la ministre des Transports promet des améliorations dès lundi », 5 mars 2023.
- Charles Lecavalier, « La SAAQ sera chaperonnée par l’AMP, qui a trouvé d’importantes irrégularités », La Presse, 13 janvier 2026.
- William A. Niskanen, « The Peculiar Economics of Bureaucracy », American Economic Review, vol. 58, no 2, 1968, p. 293–298.


