La gestion de l’offre: une politique qui nous appauvrit tous

Alors que le coût du panier d’épicerie demeure une préoccupation pour les ménages canadiens, Ottawa maintient la gestion de l’offre, une politique qui fait grimper artificiellement le prix de produits essentiels comme le lait, les œufs et la volaille.
Derrière cette politique se cache une réalité souvent évacuée : des milliers de familles peinent à joindre les deux bouts, notamment parce que certains produits alimentaires de bases sont trop chers.
La gestion de l’offre limite la production nationale grâce à un système de quotas. De plus, au-delà d’un certain volume, on impose des tarifs douaniers; sur certains produits laitiers, ceux-ci peuvent frôler 300%. Cette décision politique empêche l’accès à des produits moins couteux provenant de l’étranger.
Résultat : les prix sur nos étalages augmentent.
Depuis des décennies, des organismes internationaux comme l’OCDE constatent que la gestion de l’offre ne crée pas de richesse : elle transfère plutôt des milliards de dollars des consommateurs vers un groupe de producteurs protégés de la concurrence.
Ce système a des effets directs sur les consommateurs, particulièrement lorsque ceux-ci peinent déjà à faire face à la hausse du coût de la vie. Dans un contexte où les prix des biens essentiels augmentent, cette pression supplémentaire sur le budget des ménages accentue les difficultés quotidiennes. Ce sont précisément les ménages les plus vulnérables qui paient le prix de cette politique.
Les surcoûts liés à la gestion de l’offre représentent 1,25 pour cent du revenu disponible des ménages les plus pauvres, contre seulement 0,33 pour cent pour les plus riches. Le poids de cette politique est donc près de quatre fois plus important pour les ménages à faible revenu.
La gestion de l’offre agit ainsi comme une taxe régressive sur l’alimentation.
Une politique qui maintient plus de 120 000 Canadiens dans la pauvreté n’est pas un pilier de la prospérité canadienne. C’est un obstacle à celle-ci.
Plus préoccupant encore, ces coûts ont des conséquences bien réelles sur la pauvreté au Canada.
En comparant les prix canadiens du lait, des œufs et de la volaille à ceux observés dans le Midwest américain, on constate que l’individu moyen canadien paie 224 dollars de plus par année en raison des prix artificiellement élevés imposés par la gestion de l’offre.
Ce n’est pas rien, et pour les familles qui vivent déjà à la limite, ça fait une différence réelle.
En appliquant ces écarts aux données de revenu de Statistique Canada, nous estimons que plus de 120 000 Canadiens demeurent sous le seuil de pauvreté en raison de ces surcoûts. Une politique censée protéger certains producteurs contribue ainsi à maintenir des milliers de familles dans la précarité.
Ce constat devrait faire réfléchir le gouvernement fédéral, qui affirme vouloir améliorer l’abordabilité et lutter contre la pauvreté.
Chaque année, le gouvernement consacre des milliards de dollars à des programmes destinés à soutenir les ménages vulnérables et à réduire les inégalités. Pourtant, il continue de maintenir une politique qui augmente délibérément le prix de certains aliments de base et qui empêche des milliers de Canadiens de sortir de la pauvreté.
Malgré cette contradiction évidente, Ottawa n’ose pas remettre le système en question. Cependant, d’autres nous ont montré que c’est possible.
En 2000, l’Australie a choisi la concurrence plutôt que la protection. Après avoir démantelé son système de quotas laitiers, les prix ont baissé pour les consommateurs. Par exemple, le prix au détail du lait de consommation a baissé d’environ 20%. Aujourd’hui, l’industrie australienne est largement tournée vers l’exportation. Loin de disparaître, elle est davantage intégrée à l’économie mondiale.
Le Canada devra tôt ou tard avoir cette conversation.
Dans un contexte où Ottawa cherche des moyens de rendre la vie plus abordable, maintenir une politique qui limite l’offre de produits alimentaires de base ne peut plus se défendre.
Les consommateurs ne devraient pas être forcés de payer davantage pour protéger un système conçu dans les années 1970 et largement déconnecté des réalités économiques.
Une politique qui maintient plus de 120 000 Canadiens dans la pauvreté n’est pas un pilier de la prospérité canadienne. C’est un obstacle à celle-ci.
Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’IEDM et l’auteur de « La gestion de l’offre appauvrit la population canadienne ». Il signe ce texte à titre personnel.