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La gestion de l’offre appauvrit la population canadienne

Point montrant que les quotas de production et les tarifs douaniers élevés pour les produits laitiers, les œufs et la volaille maintiennent les prix de ces produits à un niveau supérieur à celui du marché et nuisent particulièrement aux ménages à faibles revenus

Annexe technique (en anglais)

En lien avec cette publication

Supply management costs Canadians average of $244 per year, MEI study finds (Toronto Star, 18 juin 2026)

La gestion de l’offre: une politique qui nous appauvrit tous (Québec nouvelles, 3 juillet 2026)

Entrevue avec Gabriel Giguère (On en jase, BLVD 102,1, 18 juin 2026)

Entrevue avec Renaud Brossard (Maurais live, Radio X, 6 juillet 2026)

Entrevue avec Gabriel Giguère (Questions d’actualité, Radio VM, 22 juin 2026)

 

Ce Point a été préparé par Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM, et Tiago Lambie, stagiaire en recherche à l’IEDM. La Collection Réglementation de l’IEDM vise à examiner les conséquences souvent imprévues pour les individus et les entreprises de diverses lois et dispositions réglementaires qui s’écartent de leurs objectifs déclarés.

La politique agricole de la gestion de l’offre s’appuie sur des quotas de production et des tarifs douaniers élevés pour limiter l’offre de plusieurs produits (les produits laitiers, les œufs et la volaille) et maintenir leurs prix à un niveau supérieur à celui du marché. Les coûts ainsi engendrés sont largement répartis entre les consommateurs canadiens, bien que leur importance varie selon le niveau de richesse des ménages(1). Les prix artificiellement élevés nuisent particulièrement aux ménages à faibles revenus et contribuent à maintenir 41 279 ménages canadiens (120 083 Canadiens) dans la pauvreté(2).

Un coût élevé pour les moins nantis

Le coût supporté par les ménages moins nantis est largement inférieur à celui supporté par les mieux nantis, soit 279 $ pour le premier quintile (les 20 % des ménages ayant les revenus les plus faibles) et 1142 $ pour le cinquième quintile (voir la Figure 1a). Plusieurs facteurs expliquent cette réalité, notamment la plus petite taille des ménages à faibles revenus, ainsi que leur consommation moindre d’aliments assujettis à la gestion de l’offre.

Néanmoins, cette politique pèse proportionnellement beaucoup plus sur les revenus disponibles des moins nantis. Le surcoût lié à la politique de la gestion de l’offre représente 1,25 % des revenus des ménages au bas de l’échelle, comparativement à seulement 0,33 % de ceux des ménages en haut de l’échelle(3) (voir la Figure 1b). Cet écart démontre que l’incidence sur les revenus des moins nantis est particulièrement grande, même si le surcoût annuel total est plus faible. Il n’en reste pas moins que l’ensemble des 41,5 millions de Canadiens(4) font les frais de la gestion de l’offre.

Des familles qui restent dans la pauvreté

Au-delà de l’augmentation des coûts, la gestion de l’offre a également des effets mesurables sur la pauvreté au Canada. Pour jauger ces derniers, nous avons adopté la méthodologie d’une publication similaire à celle-ci publiée par l’IEDM il y a une décennie : « La gestion de l’offre appauvrit les plus pauvres »(5). Cette approche consiste à comparer les prix des aliments régis par la gestion de l’offre au Canada avec les prix que les consommateurs doivent payer dans le Midwest américain. On crée d’abord un panier de consommation composé de lait, d’œufs et de poulet.

Après avoir constitué ce panier canadien, on crée également un panier américain afin de calculer la différence de prix entre les deux. Cette différence est de 224 $ par an pour un individu moyen, ce qui représente le coût de la gestion de l’offre(6).

En utilisant l’Enquête canadienne sur le revenu et les seuils de faible revenu de Statistique Canada, on calcule le nombre d’individus et de ménages qui sont restés sous le seuil de pauvreté, étant donné le surcoût attribué à la gestion de l’offre(7). Pour ce calcul, on retient le revenu après impôt moins les dépenses obligatoires, puisque cet indicateur mesure de manière plus complète et plus rigoureuse le revenu disponible des ménages, en tenant compte non seulement de l’impôt, mais aussi de plusieurs dépenses fixes et obligations financières(8).

Une famille est considérée à faibles revenus lorsqu’elle doit consacrer une proportion nettement plus élevée de son budget aux besoins essentiels que la famille canadienne moyenne, soit environ 20 points de pourcentage de plus(9). À partir de notre estimation du coût de la gestion de l’offre, on établit un seuil de faible revenu contrefactuel correspondant à celui qui prévaudrait si les prix de ces produits étaient fixés par le marché. On calcule ensuite combien d’individus et de ménages de moins seraient sous le seuil de pauvreté en l’absence de ces coûts.

Nos calculs indique que 41 279 ménages canadiens et 120 083 Canadiens restent dans la pauvreté en raison de la gestion de l’offre. Ces chiffres montrent que cette politique contribue directement à aggraver les difficultés économiques, en particulier celles des ménages canadiens les moins nantis.

Conclusion

La politique de la gestion de l’offre fait augmenter le coût de plusieurs produits par des mécanismes qui limitent l’offre de ces produits sur les tablettes des épiceries canadiennes. Compte tenu des prix élevés que cela engendre, il est clair que tout le monde pourrait profiter de l’abolition de cette politique, en commençant par les plus pauvres.

Références

  1. Ryan Cardwell et al., « Milked and Feathered: The Regressive Welfare Effects of Canada’s Supply Management Regime », Analyse de politiques, vol. 41, no 1, mars 2015, p. 1; Vincent Geloso et Alexandre Moreau, « La gestion de l’offre appauvrit les plus pauvres », Point, IEDM, 2016, p. 1; Desrochers, P., Geloso, V., & Moreau, A. (2018). « Supply management and household poverty in Canada », International Review of Economics65(2), 231-240.
  2. Il s’agit d’un seuil de pauvreté relative. Voir annexe technique sur le site de l’IEDM.
  3. Calcul de l’auteur. Voir annexe technique sur le site de l’IEDM.
  4. Statistique Canada, Tableau : 17-10-0009-01 – Estimations de la population, trimestrielles, 18 mars 2026.
  5. Vincent Geloso et Alexandre Moreau, 2016, op. cit., note 1.
  6. Voir annexe technique sur le site de l’IEDM.
  7. Statistique Canada, « Enquête canadienne sur le revenu, 2022 », 2025; Abacus Data Network, V1; Statistique Canada, Tableau : 11-10- 0241-01 – Seuils de faible revenu (SFR) avant et après impôt selon la taille de la communauté et la taille de la famille, en dollars courants, 29 avril 2026.
  8. Voir annexe technique sur le site de l’IEDM.
  9. Statistique Canada, Tableau : 11-10-0241-01, op. cit., note 7.
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