Guerre commerciale – Personne ne viendra nous sauver

Dans son discours prononcé à Davos, le premier ministre Mark Carney observait à juste titre que la relation entre le Canada et les États-Unis venait de changer pour de bon. Ce constat, s’il est douloureux, n’en demeure pas moins réaliste.
Donald Trump est un personnage clivant et grossier. Ses attaques à l’emporte-pièce envers le Canada et sa souveraineté sont aussi abjectes que contreproductives. Mais au-delà des artifices, il n’est pas le seul à voir l’économie et le commerce international strictement comme un jeu à somme nulle où chacun tente de préserver ses intérêts.
Un des favoris à l’investiture du Parti démocrate pour la présidentielle de 2028, Gavin Newsom, nous l’a rappelé à son corps défendant. Dans le cadre d’une tournée médiatique visant à limiter les dégâts infligés par Trump, il a souligné avec raison que l’administration Biden n’avait en rien ébranlé l’édifice de la politique commerciale du premier gouvernement Trump… et qu’elle l’avait même solidifié avec de nouvelles politiques Buy American.
S’il semble improbable qu’une éventuelle administration démocrate répète les affronts de Trump, M. Newsom a admis ne pas pouvoir se prononcer sur l’annulation de la nouvelle salve tarifaire par une telle administration.
Nous devons donc nous préparer à l’éventualité suivante : Mark Carney avait raison et cette relation sera bien différente dans un avenir prévisible, peu importe qui occupe la Maison-Blanche.
Personne ne viendra nous sauver.
Pour être efficace et viable à long terme, notre riposte doit tenir compte de ces faits. Il est tout à fait compréhensible que les esprits s’échauffent et qu’un désir de vengeance habite la majorité de nos concitoyens. Il n’en demeure pas moins qu’une réplique reposant sur des contre-mesures tarifaires ne peut durer bien longtemps sans nous pénaliser indûment.
Regardons les choses froidement : cette riposte présuppose que Donald Trump, poussé dans ses derniers retranchements, mettra fin à la menace tarifaire pour sauver la mise avant les élections de mi-mandat ou peu après. Bref, elle repose sur l’hypothèse que le président américain est un joueur rationnel, ce dont vous me permettrez de douter.
Des contre-mesures contreproductives
Les contre-mesures ont plusieurs inconvénients majeurs. Certains de ceux-ci sont de nature plutôt utilitaire : 1) il s’agit d’une taxe imposée à nos propres concitoyens ; 2) nos mesures de représailles sont limitées par la taille de notre économie comparativement à celle des États-Unis ; 3) le mur tarifaire saperait la compétitivité de nos propres entreprises, maintenues à flot de façon artificielle.
Un autre argument me semble important à invoquer : les contre-mesures mettent de l’avant une vision du monde et des échanges commerciaux qui sont la marque de commerce de Donald Trump. Ce dernier entretient des croyances ésotériques au sujet du commerce international depuis près de 40 ans. Depuis des décennies, il défend une politique commerciale où les échanges sont entravés par un cloisonnement et un protectionnisme accru. En adoptant des contre-mesures, nous faisons essentiellement son jeu.
Imaginons un instant que le pari ne fonctionne pas : Trump ne recule pas ; il est remplacé par une administration qui, elle non plus, ne lève pas ces mesures. Abolirons-nous alors nos contre-mesures sans contrepartie ?
Même s’il s’agissait de la bonne approche, vous me permettrez encore une fois d’en douter. D’une certaine façon, Trump aura obtenu ce qu’il souhaite : une relation commerciale minée et encore plus de sable dans l’engrenage.
Il en va de même pour les subventions et les prêts aux entreprises. À moins que cette guerre commerciale ne soit très courte, les entreprises devront en effet percer de nouveaux marchés, trouver de nouveaux débouchés, voire proposer de nouveaux produits pour assurer leur viabilité. L’aide financière ne suffira pas.
La solution est d’aborder l’avenir avec optimisme et de miser sur nos entrepreneurs. Sur notre capacité à bâtir une économie forte et résiliente. Pour ce faire, nous devons d’abord rehausser notre attractivité pour les capitaux, notamment les nôtres, que l’on investit généralement aux États-Unis.
Réduisons le fardeau fiscal de nos entreprises et l’impôt sur le gain en capital de façon draconienne. Le temps est venu de faire preuve d’audace pour faire du Québec et du Canada les meilleurs endroits qui soient où investir. Soyons enfin sérieux en matière de libre-échange entre les provinces canadiennes et faisons tomber les barrières les plus coûteuses. Continuons aussi de forger de nouveaux partenariats avec d’autres pays qui veulent un monde où le commerce est libre.
Et ayons le courage de nos opinions. Le premier ministre Mark Carney nous dit qu’il veut bâtir à une vitesse inégalée depuis des générations. Il faut maintenant passer à l’action. Le temps presse.
Daniel Dufort est président et directeur général de l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.