Faisons appel au privé pour nos infrastructures vieillissantes

Vous avez l’impression que les routes et les écoles du Québec sont en décrépitude?
Ce n’est malheureusement pas qu’une impression.
Aujourd’hui, plus de 40 % des infrastructures publiques québécoises sont en mauvais ou en très mauvais état, selon les données du gouvernement. Cela se répercute directement sur le montant qu’il faudra dépenser pour les remettre dans un état satisfaisant.
En effet, plus on tarde à entretenir la chaussée, plus on s’éloigne de simples correctifs, comme un patch d’asphalte, pour se retrouver à devoir reconstruire la route et ses fondations au complet.
La somme nécessaire pour remettre en état les infrastructures en fin de vie est ce que l’on appelle le déficit de maintien des actifs.
Depuis l’arrivée en poste du gouvernement Legault, ce déficit de maintien des actifs a crû de 63,3 %, pour dépasser la barre des 40,2 milliards de dollars.
Et le problème touche tous les domaines, mais tout particulièrement nos infrastructures routières.
La chaussée des autoroutes se dégrade et les fissures d’hier deviennent des nids de poule. À cela s’ajoutent aussi les structures autoroutières — c’est-à-dire les ponts et les viaducs. On peut penser à l’autoroute Métropolitaine à Montréal, dont l’état se détériore et pour laquelle le gouvernement prévoit de dépenser plus de 100 millions au cours des cinq prochaines années, sans toutefois procéder au remplacement de la structure vieillissante.
Cette réalité du vieillissement du réseau routier est lourde de conséquences.
Elle représente 22,5 milliards du déficit total de maintien des actifs, soit 56,1 % des sommes qui doivent être allouées à la remise en état de l’ensemble des infrastructures publiques québécoises.
C’est là le cœur du problème.
Pendant que le montant nécessaire à la remise en état des infrastructures augmentait, le gouvernement a répondu en accroissant ses dépenses en capital de 72,7 %. Malgré cette hausse des dépenses d’entretien, l’état des infrastructures québécoises a continué de se détériorer.
L’adoption d’une approche de concession pour plusieurs tronçons autoroutiers, avantageuse tant pour le gouvernement que pour les sociétés de gestion privée, offrirait une voie concrète pour remettre en état les infrastructures vieillissantes du Québec.
Cette augmentation rapide des dépenses en capital du gouvernement a d’ailleurs contribué à la décote attribuée par l’agence de notation Standard & Poor’s en avril dernier.
Le gouvernement est ainsi devant un dilemme: comment réparer les infrastructures en décrépitude sans endetter excessivement la population et risquer de subir une autre décote, qui ferait augmenter les taux d’emprunt sur la dette?
Certes, une priorisation du maintien des actifs plutôt que leur bonification est une approche que le gouvernement adopte davantage, mais elle demeure insuffisante.
Si le gouvernement n’est pas en mesure de s’occuper seul de ses infrastructures, il est peut-être temps de faire appel au secteur privé.
C’est d’ailleurs ce que fait déjà la France. Dès les années 1950, les dirigeants politiques ont adopté un cadre de concession autoroutière reposant sur des partenariats avec le secteur privé.
Aujourd’hui, l’État français tire plusieurs avantages de l’adoption d’un tel cadre. D’abord en percevant près de 11,2 milliards d’euros en revenus. Ensuite, et surtout, en réduisant la pression financière associée à l’entretien de la chaussée et des structures autoroutières.
Ces organismes de gestion autoroutière n’ont d’ailleurs jamais eu à verser de pénalité financière liée à l’entretien des routes, selon un rapport préparé pour le Sénat français. Il en résulte un réseau autoroutier de qualité pour les Français.
Le Québec doit s’en inspirer. La province a déjà fait l’expérience de partenariats public-privé dans la gestion autoroutière, notamment pour certaines portions des autoroutes 25 et 30.
En effet, deux segments de ces autoroutes sont gérés selon un modèle où les infrastructures demeurent la propriété de l’État, mais dont la gestion est concédée à un groupe privé chargé d’en assurer la qualité à la place du gouvernement.
Le gouvernement tire également des revenus de cette gestion privée, qui lui a permis de dégager 45 millions en 2024 seulement.
L’adoption d’une approche de concession pour plusieurs tronçons autoroutiers, avantageuse tant pour le gouvernement que pour les sociétés de gestion privée, offrirait une voie concrète pour remettre en état les infrastructures vieillissantes du Québec.
Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’IEDM et l’auteur de « Le déficit de maintien des actifs du gouvernement du Québec est insoutenable ». Il signe ce texte à titre personnel.