Textes d'opinion

Coupes dans la fonction publique – Un premier pas timide

Québec aurait supprimé 859 postes de fonctionnaires. Certains étaient des postes vacants, d’autres des emplois contractuels qui ne seront tout simplement pas renouvelés.

Bien entendu, il n’en fallait pas plus pour que les cris d’orfraie de la fonction publique et des syndicats se fassent entendre. « Aussi bien mettre les clés sous la porte », disait une haute fonctionnaire. « C’est intense. C’est fou », ajoutait un représentant syndical.

Pourtant, il ne s’agit nullement de réduire les effectifs de première ligne essentiels à la population comme les infirmières ou les enseignants. Ce sont plutôt des fonctionnaires travaillant dans les grandes tours en béton de Québec qui sont remerciés.

Alors allons-nous réellement tenter de faire croire aux Québécois et aux Québécoises que l’élimination de quelques postes de fonctionnaires équivaut à un cataclysme ?

En réalité, les représentants de la fonction publique et les syndicats exagèrent l’impact réel d’une telle optimisation des effectifs.

Ces abolitions de postes s’inscrivent dans la volonté du gouvernement Legault de réduire les effectifs des ministères de 2000 fonctionnaires cette année, alors que la province affiche un déficit record de 13,6 milliards de dollars.

Parmi les postes abolis, on trouve notamment bons nombre de postes nouvellement créés, et donc jamais pourvus. D’autres correspondent à des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés. D’autres encore sont des contrats temporaires non renouvelés. Pour le côté sauvage et inédit de ces coupes, on repassera.

Avec cette approche, le gouvernement a pour objectif de réduire les dépenses galopantes sans pour autant sabrer les services à la population.

Nombreuses embauches

Ces timides compressions s’inscrivent donc dans le plan de retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030, un plan nébuleux qui, au vu des mesures proposées, accuse un manque de plus de 3 milliards de dollars par rapport à l’objectif.

Supprimer plusieurs milliers de postes supplémentaires s’avère alors essentiel pour réduire le déficit budgétaire actuel et projeté. Sans une action ambitieuse du gouvernement, ce seront les générations futures qui écoperont du manque de rigueur du gouvernement au pouvoir.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec ne peut pas se permettre une coupe aussi timide après avoir fait gonfler les rangs de la fonction publique de 11 903 fonctionnaires. Et ce n’est pas tout.

Si l’on élargit l’analyse à l’ensemble des employés de l’État – y compris ceux des organismes externes comme les centres de services scolaires –, on constate que le gouvernement a embauché plus de 45 000 employés de bureau et techniciens, lesquels exercent une lourde pression sur les dépenses de rémunération du budget.

Mentionnons également les milliers de cadres embauchés depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Legault, qui, rappelons-le, ne fournissent aucun service à la population.

Ce n’est pas d’une coupe en surface que le gouvernement a besoin pour remettre les finances publiques sur le droit chemin de l’équilibre budgétaire, mais bien d’un coup de tronçonneuse dans le gras de la fonction publique.

Et pour y arriver, les dirigeants politiques doivent cesser de flancher devant la grogne syndicale, qui agit comme un frein au retour à l’équilibre budgétaire. Peu importe l’ampleur du changement proposé, les syndicats déchireront toujours leur chemise dès qu’il est question d’éliminer un poste de fonctionnaire, qu’il soit nécessaire ou non, et qu’il serve ou non la population.

Pour cette raison, le gouvernement ne doit pas céder à la pression des grands syndicats et autres forces d’immobilisme au Québec.
Une promesse oubliée

Par ailleurs, ce constat n’est pas étranger à François Legault. Rappelons que, pendant la campagne électorale de 2018, son équipe avait promis d’abolir 5000 postes de fonctionnaires. Malheureusement, une fois au pouvoir, cette promesse a été reléguée aux oubliettes, au profit d’une expansion rapide de la taille de l’État.

Des années plus tard, le gouvernement doit raviver cet engagement et prendre des mesures plus claires et ambitieuses en matière de réduction de l’effectif de la fonction publique.

Après avoir supprimé 859 postes, il en reste encore 11 044 à abolir pour revenir au niveau de 2018, un objectif auquel le gouvernement devrait souscrire. Et c’est avant même d’intégrer la promesse de 5000 suppressions de François Legault…

Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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