Budget du Québec: Girard laisse des finances publiques en mauvais état

- Le déficit de maintien des actifs croit de 11,6 pour cent en un an.
- La rémunération des employés de l’État coûtera plus de 7 250$ par Québécois cette année.
Québec, le 18 mars 2026 – Un nouveau budget déficitaire et la présentation d’un plan de retour à l’équilibre reposant sur des critères nébuleux témoignent d’un manque de rigueur dans la gestion des finances publiques québécoises, déplore un chercheur de l’IEDM en réaction au dépôt du budget 2026-2027 du gouvernement du Québec par le ministre des Finances, Eric Girard.
« Si le déficit est préoccupant, le plus troublant demeure l’absence d’un plan crédible pour rétablir l’équilibre budgétaire », affirme Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. « Ces déficits chroniques constituent un lourd héritage, pour lequel les contribuables québécois paieront le prix pendant des décennies. »
Le ministère des Finances projette un déficit de 8,6 milliards de dollars pour l’exercice financier 2026-2027. Cela représente 900 millions de dollars de moins que ce qu’il anticipait en novembre dernier.
Le gouvernement vise toujours un retour à l’équilibre en 2029-2030. Cette projection inclus cependant un écart à résorber de 2,0 milliards de dollars. Le gouvernement n’a toujours pas déposé de plan concret pour identifier des économies ou faire croître ses revenus d’un tel montant.
« C’est certain qu’il est plus facile d’équilibrer un budget en tirant des chiffres de son chapeau, cela n’en fait pas un plan crédible pour autant », ajoute M. Giguère. « Malheureusement, le ministre Girard manque encore une opportunité pour s’attaquer à la hausse fulgurante des dépenses qui a plongé le Québec dans une série de déficits records. »
Les dépenses atteindront 170,8 milliards de dollars cette année. Il s’agit d’une hausse de 63,8 milliards de dollars, ou 59,6 pour cent, par rapport au dernier budget du gouvernement Couillard.
Les paiements d’intérêts sur la dette sont estimés à 10,3 milliards de dollars cette année. Il s’agit d’un montant supérieur à celui alloué au ministère de la Famille.
La dette nette du Québec atteindra 259,5 milliards de dollars à la fin de l’exercice, en hausse de 9,2 milliards de dollars cette année. En huit ans, la dette aura crû de 70,9 milliards de dollars
La situation budgétaire du Québec a conduit l’agence de notation Standard & Poor’s à abaisser la cote de crédit du Québec en avril dernier, une première en 30 ans. L’agence avait justifié cette décote par les déficits persistants et par l’augmentation des dépenses de fonctionnement attribuables aux nouvelles conventions collectives signées par le gouvernement.
Une fonction publique coûteuse
L’IEDM note que la croissance de l’appareil gouvernemental continue d’exercer une pression importante sur les dépenses publiques.
Depuis 2019, 55,0 pour cent des nouveaux emplois au Québec ont été créés dans le secteur public – tous paliers de gouvernement confondus –, selon des données de Statistique Canada. Juste au provincial, le gouvernement du Québec compte aujourd’hui 108 939 équivalents temps complets de plus qu’il n’en employait lors de l’entrée en poste du premier gouvernement Legault.
« La croissance rapide de la taille de l’État contribue à faire grimper les dépenses publiques et complique le retour à l’équilibre budgétaire », explique M. Giguère. « Si le gouvernement veut se donner une chance de rétablir l’équilibre budgétaire, il devra s’attaquer à la taille de l’État. »
Dans le budget déposé aujourd’hui, le gouvernement consacre 65,8 milliards de dollars à la rémunération de ses employés, soit un peu plus de 7 250$ par Québécois.
Un déficit d’entretien des infrastructures qui se creuse
Le budget présenté aujourd’hui ne semble pas non plus freiner la croissance du déficit de maintien des actifs du gouvernement, qui s’élève à plus de 44,8 milliards de dollars. Une situation inquiétante que l’IEDM avait relevée en décembre dernier.
Le déficit de maintien des actifs représente l’écart entre l’état réel des infrastructures publiques et l’état dans lequel elles devraient se trouver si elles avaient été correctement entretenues.
Ce déficit est passé de 24,6 milliards de dollars en 2019-2020 à 44,8 milliards de dollars aujourd’hui, soit une augmentation d’environ 80 pour cent. Au cours de la dernière année seulement, le déficit de maintien des actifs a connu une croissance de 11,6 pour cent.
Le réseau routier à lui seul représente plus de la moitié de ce déficit, soit 24,5 milliards de dollars. Par ailleurs, 44 pour cent du réseau routier sous gestion du gouvernement provincial est jugé en mauvais ou très mauvais état.
Une plus grande participation du secteur privé dans l’entretien et la gestion de certaines infrastructures publiques pourrait contribuer à améliorer leur état tout en réduisant la pression sur les finances publiques.
« Dans plusieurs pays et administrations, le recours à des partenariats avec le secteur privé a permis d’assurer un entretien plus efficace des infrastructures », souligne le chercheur.
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L’IEDM est un think tank indépendant sur les politiques publiques dont les bureaux sont situés à Montréal, à Ottawa et à Calgary. Par ses publications, ses interventions dans les médias et ses services consultatifs aux décideurs politiques, l’IEDM stimule les débats et les réformes en matière de politiques publiques en se basant sur les principes établis de l’économie de marché et de l’entrepreneuriat.
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