Accès aux médicaments innovants: les patients québécois pourraient gagner neuf mois d’attente si le gouvernement provincial s’inspirait de l’Ontario

- Il s’écoule typiquement 8,5 mois entre la reconnaissance de la valeur thérapeutique d’un médicament et la conclusion des négociations de prix.
Montréal, le 4 août 2026 – Le gouvernement du Québec devrait s’inspirer du programme FAST ontarien afin d’accélérer l’accès aux médicaments innovants pour les patients québécois, soutient un nouveau Point de l’IEDM publié ce matin.
« Pour beaucoup de patients, avoir accès au bon médicament au bon moment peut faire la différence entre la vie et la mort », affirme Emmanuelle B. Faubert, économiste à l’IEDM et auteure de la publication. « L’Ontario l’a compris en rendant des médicaments innovants contre le cancer accessibles sur une base temporaire, alors que les négociations de prix se poursuivent. »
Lancé en octobre dernier par le gouvernement ontarien, le programme FAST, acronyme de Funding Accelerated for Specific Treatments, est un projet pilote permettant aux patients d’accéder aux médicaments innovants contre le cancer faisant partie du projet Orbis.
Il s’agit ici de médicaments homologués par Santé Canada, et dont la valeur thérapeutique est reconnue par l’Agence des médicaments du Canada, mais pour lesquels les négociations de prix de gros entre les fabricants et l’Alliance pharmaceutique pancanadienne (APP) ne sont pas encore conclues.
Selon une étude parue en 2025, le délai type pour que l’APP décide d’entamer des négociations de prix est de 128 jours, une fois la valeur thérapeutique d’un médicament reconnue par les agences compétentes. Il faut encore compter 131 jours pour la conclusion de ces négociations.
Cela représente un délai de 8,5 mois pour les négociations, après quoi les régimes d’assurance publique décideront s’ils couvriront ou non ces traitements.
Le programme FAST permet aux patients ontariens d’avoir accès à certains médicaments alors que le processus de négociation suit son cours.
Des médicaments disponibles plus rapidement
Dans un premier temps, six traitements différents ont bénéficié de cette voie d’accès accélérée.
Par exemple, il ne s’est écoulé que 17 jours entre la reconnaissance de la valeur thérapeutique du Scemblix pour le traitement d’un certain type de leucémie et sa couverture par le programme FAST. Ce médicament est disponible pour cette utilisation depuis le 7 novembre dernier en Ontario. Il n’est toujours pas disponible dans les autres provinces canadiennes.
C’est également le cas d’un traitement combiné d’Opdivo et de Yervoy, utilisé pour traiter un type de cancer du foie, du Calquence, utilisé pour traiter un type de leucémie, et du Braftovi, utilisé pour traiter un type de cancer colorectal.
Le programme prévoit également une protection pour les patients en cas d’échec des négociations de prix. Si elles n’aboutissent pas, l’entreprise pharmaceutique est tenue de poursuivre, à ses frais, le traitement des patients déjà engagés, ce qui réduit le risque financier pour la province.
« En partageant le risque financier de cette manière, l’Ontario a réussi à trouver une entente gagnante pour toutes les parties, en particulier pour les patients qui peuvent recevoir des traitements de pointe », affirme Mme Faubert.
Le Québec pourrait facilement emboîter le pas
La chercheuse recommande au gouvernement québécois de s’inspirer de ce programme ontarien, en entamant le processus de couverture temporaire à la suite d’une recommandation positive de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), organisme québécois chargé d’évaluer la valeur thérapeutique d’un médicament.
Elle recommande également au gouvernement provincial d’adopter une version élargie du programme, sans le limiter aux seuls médicaments destinés au traitement du cancer.
« Un patient malade ne devrait pas être privé du traitement dont il a besoin simplement parce que des négociations de prix sont en cours », insiste Mme Faubert. « C’est aussi vrai pour les traitements contre le cancer que pour ceux permettant de traiter n’importe quelle autre maladie. »
Un accès plus rapide aux traitements innovants bénéficierait non seulement aux patients, mais aussi à l’ensemble du système de santé. Un traitement reçu plus tôt réduit les risques de complications, d’hospitalisations et, ultimement, les coûts pour le système de santé.
« Avec un tel programme, le Québec pourrait permettre aux Québécois de recevoir les traitements dont ils ont besoin plusieurs mois plus tôt », conclut Mme Faubert. « Tout ce qu’il manque en ce moment, c’est un peu de volonté politique. »
Vous pouvez consulter le Point de l’IEDM en cliquant ici.
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L’IEDM est un think tank indépendant sur les politiques publiques dont les bureaux sont situés à Montréal, à Ottawa et à Calgary. Par ses publications, ses interventions dans les médias et ses services consultatifs aux décideurs politiques, l’IEDM stimule les débats et les réformes en matière de politiques publiques en se basant sur les principes établis de l’économie de marché et de l’entrepreneuriat.
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