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Accélérer l’accès à des traitements novateurs: le Programme FAST de l’Ontario

Point montrant que ce programme devrait être étendu à un plus large éventail de traitements et adopté à travers le Canada pour offrir aux patients un accès plus rapide aux soins dont ils ont besoin

Annexe (en anglais seulement)

En lien avec cette publication

Réduire l’attente pour des traitements contre le cancer en s’inspirant de l’Ontario (Noovo Info, 4 août 2026) Entrevue avec Renaud Brossard (Première heure, ICI Radio-Canada, 4 août 2026)

Entrevue avec Renaud Brossard (Le combo du midi, FM93, 4 août 2026)

Entrevue avec Renaud Brossard (Les matins d’ici, ICI Radio-Canada, 6 août 2026)

Entrevue avec Gabriel Giguère (Francis Gosselin, QUB Radio, 4 août 2026)

 

Ce Point a été préparé par Emmanuelle B. Faubert, économiste à l’IEDM, en collaboration avec Tiago Lambie, stagiaire en recherche à l’IEDM. La Collection Santé de l’IEDM vise à examiner dans quelle mesure la liberté de choix et l’entrepreneuriat permettent d’améliorer la qualité et l’efficacité des services de santé pour tous les patients.

Imaginez que vous ou l’un de vos proches souffrez d’une maladie pour laquelle un traitement, pourtant approuvé, ne vous est pas administré parce que le gouvernement et les sociétés pharmaceutiques n’ont pas encore conclu leurs négociations sur les prix. C’est précisément ce genre de situation que vise le Programme pour le financement accéléré de traitements spécifiques (FAST) de l’Ontario(1), et le Québec ferait bien d’y porter une attention particulière. Conjugué au nouvel arrêté ministériel sur le recours de Santé Canada, qui vise à accélérer les délais d’approbation en s’appuyant sur les décisions prises par certaines autorités réglementaires étrangères(2), le Programme pourrait considérablement accélérer l’accès aux innovations pharmaceutiques vitales.

Accès rapide aux médicaments anticancéreux

Le Programme FAST, un projet pilote de trois ans lancé en octobre 2025 par le ministère de la Santé de l’Ontario, vise à accélérer l’accès aux médicaments anticancéreux hautement prioritaires. L’objectif est de réduire les délais d’attente jusqu’à un an en donnant accès à ces traitements pendant les négociations sur les prix entre l’Alliance pharmaceutique pancanadienne et la société pharmaceutique concernée. L’accélération moyenne prévue est de neuf mois(3) (voir la Figure 1), un gain considérable pour les patients, puisque le processus complet dure habituellement deux ans et demi (de l’approbation par Santé Canada à l’instauration de la couverture publique)(4).

L’admissibilité est limitée aux médicaments anticancéreux relevant du projet Orbis(5) ayant reçu une recommandation finale positive de l’Agence des médicaments du Canada. Ce processus peut s’appliquer aussi bien à de nouveaux médicaments qu’à de nouvelles utilisations (« indications ») de médicaments existants. Dans un premier temps, six traitements ont fait l’objet d’un financement accéléré : Tagrisso, Scemblix, Nubeqa, Calquence et Opdivo avec Yervoy (pour le traitement de deux types de cancer)(6). Dans le cadre de ce programme, sept à dix médicaments feront l’objet d’une procédure accélérée chaque année. Une annexe à ce Point accessible sur le site Web de l’IEDM présente le calendrier relatif à certains des médicaments intégrés au Programme FAST jusqu’à présent.

Bien qu’il ait été mis en œuvre récemment, il donne déjà des résultats positifs. En effet, aucun de ces traitements n’est largement accessible aux patients des autres provinces, ce qui montre bien que le Programme accélère déjà l’accès aux médicaments vitaux pour les patients ontariens.

Autre aspect intéressant du Programme FAST : si les négociations entre le fabricant et l’Alliance pharmaceutique pancanadienne échouent, le fabricant est tenu d’honorer gratuitement le reste des ordonnances des patients existants(7). Cela permet aux patients qui ont commencé un traitement de le suivre jusqu’au bout, sans crainte qu’il ne soit interrompu.

En plus d’être bénéfique pour les patients de l’Ontario, ce programme profite à l’industrie pharmaceutique, puisqu’un accès plus rapide aux médicaments novateurs se traduit par un meilleur rendement de l’investissement pour les sociétés pharmaceutiques, lesquelles sont alors incitées à lancer plus rapidement leurs produits en Ontario. Malgré le risque pour elles de devoir prendre en charge le reste du traitement sans compensation en cas d’échec des négociations sur les prix, plusieurs de ces négociations ont déjà abouti (voir l’annexe).

Comment le Québec pourrait en tirer profit

Pour de nombreux patients atteints de cancer, le fait de pouvoir bénéficier d’un traitement jusqu’à un an plus tôt peut éviter une issue fatale(8). De plus, l’accès rapide à des médicaments novateurs s’est avéré bénéfique pour l’ensemble du système de santé(9). Les patients qui reçoivent un traitement plus tôt peuvent retrouver leur qualité de vie plus rapidement (et probablement la conserver plus longtemps), ce qui leur permet également de reprendre le travail plus vite. La charge du système de santé se voit ainsi allégée et, en parallèle, les patients peuvent recommencer à contribuer à la croissance économique, ce qui crée un cercle vertueux.

Contrairement à l’Ontario, le Québec ne se fonde pas sur les recommandations de l’Agence des médicaments du Canada. Il mène son propre processus d’évaluation, par l’intermédiaire de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Ainsi, au Québec, le Programme FAST pourrait entrer en jeu à la faveur d’une recommandation favorable de cet organisme provincial, à la suite de quoi la Régie de l’assurance maladie du Québec pourrait commencer à prendre en charge les médicaments concernés. Cette intégration provinciale pourrait rendre le Programme FAST encore plus efficace au Québec, puisqu’il n’y aurait plus de retards administratifs liés aux allers-retours entre les autorités fédérales et provinciales.

Si la mise en place d’un Programme FAST au Québec pour accélérer l’accès à des traitements pharmaceutiques novateurs serait bénéfique tant pour les patients que pour le système de santé de la province, rien ne justifie de limiter ce programme à une sélection restreinte de médicaments anticancéreux. S’il fonctionne pour une catégorie de médicaments, il devrait être étendu à un plus large éventail de traitements pharmaceutiques. Il devrait aussi être adopté dans les dix provinces pour offrir à tous les Canadiens, d’un océan à l’autre, un accès plus rapide aux soins dont ils ont besoin.

Références

  1. Gouvernement de l’Ontario, Santé et bien-être, Programme pilote FAST pour le financement accéléré de traitements spécifiques, 24 mars 2026.
  2. Santé Canada, « Aider les Canadiennes et les Canadiens à accéder plus rapidement à des traitements et à des médicaments sûrs et efficaces », communiqué de presse, 15 juillet 2026.
  3. L’objectif d’accélération correspond à la durée médiane des négociations sur les prix d’environ neuf mois.
  4. Emmanuelle B. Faubert, « L’importance de ne pas pénaliser l’innovation pharmaceutique et de privilégier un accès rapide aux nouveaux médicaments », IEDM, Note économique, 29 janvier 2026.
  5. Santé Canada, Médicaments et produits de santé, Activités internationales concernant les médicaments et produits de santé, Projet Orbis, 10 mai 2022.
  6. George Pirie, MPP, « Ontario Fast-Tracking Access to Six Breakthrough Cancer Drugs », communiqué de presse, 23 janvier 2026.
  7. Chen Li, « Un programme pilote de l’Ontario ainsi qu’une nouvelle voie de négociation de l’APP pour accélérer l’accès à des traitements novateurs contre le cancer », Smart & Biggar, 22 janvier 2026.
  8. Prisha Dev, « “A year is a long time to wait”: Ontario speeds up cancer drug access », Global News, 25 janvier 2026.
  9. Emmanuelle B. Faubert, op. cit., note 4.
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