Politiques énergétiques

La main tendue de Jason Kenney

Dans un discours prononcé suite à sa victoire électorale, le nouveau premier ministre élu de l’Alberta, Jason Kenney, a tendu la main au Québec et l’a exhorté à ne pas nuire au développement du secteur énergétique albertain. On devrait l’écouter.

Le Québec a autant besoin de l’Alberta que l’Alberta a besoin du Québec

L’Alberta cherche notamment des débouchés pour ses hydrocarbures; les réserves albertaines de pétrole placent cette province au 3e rang mondial, et l’Ouest canadien est l’un des plus importants producteurs mondiaux de gaz naturel. Actuellement, les producteurs albertains peinent à acheminer leurs ressources très prisées vers les marchés internationaux.

De plus, l’accès à de nouveaux marchés en Asie et en Europe est compromis par la quasi-impossibilité de bâtir de nouvelles infrastructures. Un meilleur accès aux marchés internationaux entraînerait des bénéfices considérables pour l’économie canadienne en général, mais aussi pour le Québec. La vente du pétrole de l’Ouest aux prix internationaux générerait des recettes fiscales supplémentaires pour le gouvernement fédéral.

Elle contribuerait à la création d’emplois de qualité non seulement en Alberta, mais aussi au sein de la chaîne d’approvisionnement des pipelines, qui inclut plusieurs entreprises québécoises. Enfin, quand le secteur énergétique albertain va bien, il est source d’emplois directs de qualité pour de nombreux travailleurs québécois.

Depuis des décennies, l’Alberta est un contributeur important à ce programme. Or, la détérioration de l’économie albertaine au cours des dernières années rend plus difficilement acceptables, aux yeux de bien des Canadiens, les versements octroyés au Québec. On peut donc s’attendre à des pressions de plus en plus fortes pour modifier le programme de péréquation.

Les Québécois préfèrent le pétrole de l’Ouest

Un sondage Léger réalisé pour le compte de l’IEDM et publié en décembre dernier a une fois de plus montré que la grande majorité des Québécois (66%) privilégient le pétrole de l’Ouest canadien, loin devant le pétrole provenant des États-Unis (7%), l’Algérie (3%), le Nigéria (1%) ou l’ensemble des pays du Moyen-Orient (1%).

En outre, 45% des Québécois croient que le pipeline est le moyen de transport le plus sécuritaire pour le pétrole, encore une fois loin devant les autres options. Bref, les Québécois veulent du pétrole albertain, et ils préfèrent qu’il soit acheminé par pipelines.

On doit enfin noter que l’émergence de la fracturation hydraulique du pétrole, qui a permis aux États-Unis de devenir le plus important producteur mondial, ne permet de produire que du pétrole très léger, qui doit être mélangé à du pétrole plus lourd avant d’être raffiné. Pour le moment, Les États-Unis importent ce pétrole soit du Mexique ou du Venezuela, où la production est en déclin, soit de l’Alberta.

Une plus grande ouverture de Québec envers les préoccupations d’Edmonton améliorerait les perspectives économiques du pays, qui sont intimement liées au développement du potentiel énergétique de l’Ouest canadien. Le Québec et l’Alberta ont déjà été des alliés naturels; ensemble, ces deux provinces pourraient mieux s’opposer aux velléités centralisatrices d’Ottawa.

S’appuyer sur un supposé manque d’acceptabilité sociale, un concept nébuleux que même ses promoteurs ont peine à définir, fait fi de la très large préférence des Québécois pour les ressources canadiennes, en plus de nuire à nos relations avec l’Alberta et d’être contreproductif sur le plan économique. Acceptons donc cette main tendue et travaillons ensemble à notre prospérité commune.

Germain Belzile est chercheur associé senior à l’IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.

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